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208 condos de plus sur Sainte-Catherine Est

 

Le plus gros projet immobilier du district d’Hochelaga en 2017-2018 sera un complexe de 208 unités de condos sur la rue Sainte-Catherine Est, comprenant toutefois un volet social d’environ 40 logements sociaux. Le complexe sera situé sur le terrain du concessionnaire automobile Goyette auto. Portrait de ce ce futur développement à l’origine de plusieurs mois de pourparlers.

 

Le projet de développement MAP, situé dans un des secteurs les plus défavorisés du sud-ouest du quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, a fait l’objet de négociations intense entre les fonctionnaires de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve et le promoteur. Le sujet des pourparlers : convaincre les maîtres d’œuvre du projet de condominiums d’inclure quelques logements sociaux dans le futur développement. Entre mai 2014 et mai 2016, quatre scénarios ont été proposés avant d’arriver à une entente.

 

Une première version sans volet social

Comme le démontre le document sur l’évolution du projet obtenu par Quartier-Hochelaga, la première version des plans déposée en mai 2014 comportait 231 unités de condos et aucun logement social. À la suite de négociations importantes réalisées par l’arrondissement, la dernière version du projet comporte 208 unités de condos, et surtout, un nouveau bâtiment de 40 logements sociaux situés à l’ouest du terrain.

Le conseiller d’Hochelaga, Éric Alan Caldwell, considère que l’inclusion d’un volet social est une victoire pour le quartier. « Nous avons réussi à négocier qu’environ 15 % du projet soit consacré aux logements sociaux et que le verdissement soit grandement maintenu dans le stationnement », explique-t-il.

Il faut spécifier que le terrain du concessionnaire automobile Goyette Auto, au coin des rues Sainte-Catherine Est et Nicolet, est situé dans une zone qui autorise seulement les bâtiments résidentiels. Un tel zonage donne un rapport de force important au promoteur immobilier puisque le projet est protégé par des droits acquis. Celui-ci n’est pas obligé de négocier pour aller de l’avant, à moins d’y voir certains avantages.

Deux facteurs ont pu favoriser l’arrondissement dans ses négociations avec le promoteur immobilier. Premièrement, les fonctionnaires ont proposé de permettre l’ajout d’un quatrième étage au projet en échange de la construction d’un volet social. Cet étage supplémentaire a permis au promoteur de planifier des logements plus gros et plus spacieux.

Le deuxième argument des fonctionnaires s’occupant du projet était le permis de démolition. L’arrondissement aurait pu retarder et même bloquer le permis de démolition de l’ancien site si le volet social n’était pas pris en compte dans le projet. Ce blocage aurait pu être invoqué seulement dans la dernière partie du processus.

Bataille pour les logements sociaux

Le conseiller Éric Alan Caldwell affirme que le moyen le plus efficace de protéger les habitants d’Hochelaga-Maisonneuve est la construction de logements sociaux. Par contre, un des seuls moyens de construire des logements sociaux est de convaincre les promoteurs d’en inclure dans leurs projets de condominiums. Cette façon de faire n’est pas un problème pour le conseiller de Projet Montréal.

« La bataille des logements sociaux comporte trois étapes : acheter un terrain, trouver de l’argent pour les construire et trouver encore de l’argent pour les opérer, affirme-t-il. En ce moment, nous ne disposons pas de fonds suffisants pour remplir ces trois étapes. »

En d’autres termes, la construction de logements sociaux dans le quartier dépendra du bon vouloir des promoteurs immobiliers. Or, ces promoteurs n’acceptent pas d’inclure un volet social s’ils n’en retirent pas un avantage. Dans le cas du projet de condos sur le terrain de l’ancien garage Goyette, le promoteur a flairé qu’un étage de plus serait bénéfique pour la valeur du projet.

Le scénario d’un projet immobilier qui n’inclurait que des logements sociaux n’est pas impossible. Mais dans ce cas, l’arrondissement aurait dû acheter le terrain situé au coin de la rue Sainte-Catherine Est et de Nicolet. Celle-ci affirme ne pas avoir de fonds en ce moment pour l’achat de terrains privés.

Pour infirmer l’argument de la hausse de l’embourgeoisement causé par ce projet, Éric Alan Caldwell explique que le projet ne provoquera pas une hausse des loyers, car il est construit à partir de rien. La transformation d’un duplex en condos, par exemple, augmente le prix des loyers, mais pas le projet qui nous concerne, pense le conseiller.

 

 

Moratoire sur les projets de condos

Du côté du comité BAILS, ce projet immobilier est inacceptable vu sa grandeur, mais aussi vu la fragilité sociale du coin. « Le projet d’inclusion sociale n’est vraiment pas suffisant dans ce projet. En plus, il faut attendre que tous les condos soient construits pour que le promoteur commence à penser aux logements sociaux », dénonce la porte-parole Danielle Holyk. Le groupe qui s’occupe de protéger les locataires vulnérables pense que l’arrondissement devrait imposer un moratoire pur et net sur la construction de condos dans le quartier. « Notre revendication, c’est aucun condo sur Goyette », énonce Danielle Holyk.

Pour l’instant, la démolition du garage Goyette n’est pas commencée. Le promoteur a 24 mois pour commencer la démolition, et un autre 24 mois pour réaliser le projet en entier. La construction des 208 unités de condos sera divisée en six phases et les logements sociaux seront construits dans la dernière phase du projet.

 

 

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux
Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l'a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l'avenir du quartier.

Un commentaire

  1. Pierre Langlois

    Mais où est le scandale? Vu la localisation du projet on peut s’attendre à des condos d’entrée de gamme s’adressant à des premiers acheteurs, du genre jeune couple avec deux salaires de 35,000$-50,000$. Pour qualifier ces gens de bourgeois il faut être de bien mauvaise foi ou encore faire vraiment pitié dans la vie. Mais rien n’arrête nos Donald Trump de gauche qui voudraient ériger des murs de HLM autour du quartier pour confirmer la situation de pauvreté.

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