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Airbnb, un futur fléau dans Hochelaga-Maisonneuve ?

À l’instar de plusieurs phénomènes, comme la gentrification, le cas des Airbnb prend de plus en plus d’ampleur dans des quartiers centraux à Montréal. Pour le moment moins présent dans Hochelaga-Maisonneuve, Airbnb pourrait éventuellement s’étendre dans le quartier.

Fondée en 2008, la plateforme propose à des particuliers de mettre en location une chambre, un appartement ou une maison pour une courte période de temps. Ce sont généralement des touristes en voyage qui utilisent ce service, ici comme ailleurs dans le monde. Si l’idée de base présente des bénéfices généraux, la mise en application s’est révélée souvent catastrophique pour les quartiers touchés.

« On voit le fléau global s’accroître, de plus en plus de locataires se font mettre à la porte [parce que les propriétaires préfèrent louer leur logement sur Airbnb] », explique Maxime Roy-Allard, du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

Le 1er décembre 2015, le gouvernement provincial a adopté la Loi 67 visant à encadrer l’hébergement touristique. En ajoutant des inspecteurs du ministère du Tourisme sur le terrain et en salant les amendes pour les contrevenants, la loi visait surtout à freiner l’hébergement illégal et les abus. De nombreux acteurs ont toutefois dénoncé l’inefficacité de la Loi 67, dont la mise en application demeure très difficile, sinon pratiquement impossible. « La réglementation est pourrie, résume Philippe T. Desmarais, organisateur communautaire au Comité logement du Plateau Mont-Royal (CLPMR). Elle n’est pas applicable parce qu’il manque d’inspecteurs sur le terrain, que les procédures sont longues et que la preuve est difficile à monter. »

 

Un phénomène qui s’étend insidieusement

Il peut être difficile de prendre la mesure des conséquences d’Airbnb sur un quartier, et souvent, il est déjà trop tard. Guillaume Dostaler, coordonnateur d’Entraide Logement Hochelaga-Maisonneuve, reconnaît d’ailleurs qu’il faudra évaluer l’importance du phénomène dans le quartier dans les semaines à venir. « Éventuellement, ça pourrait devenir un enjeu important dans la perte de logements locatifs. Je n’ai pas encore investigué, mais à ce jour, je n’ai pas reçu d’appels à ce sujet », nuance-t-il.

Sur le Plateau, la situation est plus critique, comme de nombreux résidents du quartier se sont plaints du bruit occasionné par les locataires d’Airbnb. « Ça amène souvent des touristes qui veulent faire le party, et qui font peu attention au voisinage. C’est une clientèle qui n’était pas nécessairement présente avant dans les quartiers résidentiels », observe Philippe T. Desmarais.

La venue de cette nouvelle population « de passage » est d’ailleurs un outil du processus de gentrification. « Pas directement, suggère Guillaume Dostaler, mais l’attrait du quartier entraîne une perte de logements locatifs au profit de la plateforme, ainsi que des troubles liés au voisinage. » De plus, les besoins de cette clientèle ne correspondent pas toujours à ceux de la population du quartier. « C’est peut-être un bout qui nous a échappé dans les assises sur la gentrification, c’est passé sous le radar », reconnaît-il.

Agir avant qu’il ne soit trop tard

D’après les données du site Inside Airbnb, l’arrondissement Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM) compterait 538 logements en location sur la plateforme, soit 55 % d’appartements et 45 % de chambres uniques. La majorité se trouverait à l’ouest de la rue Viau.

En décembre 2015, Radio-Canada avait réalisé une carte de tous les Airbnb à Montréal. Leur classement par arrondissement plaçait MHM en 7e position avec ses 468 annonces sur la plateforme. « Il y en a toujours de plus en plus, ça gagne en popularité […] Airbnb contribue à l’effritement du parc locatif et fait monter les loyers », déplore Maxime Roy-Allard.

La Ville de Montréal n’a pour l’instant pas montré d’intention de resserrer le règlement. Le parti Québec Solidaire a pour sa part déposé, fin avril, le projet de loi 798 visant à raffermir l’encadrement et à protéger le parc locatif des centres urbains. « Ça peut se jouer au niveau des arrondissements », estime Maxime Roy-Allard. Le Comité logement de la Petite Patrie a clairement indiqué, en novembre 2016, sa volonté que l’arrondissement interdisse carrément les plateformes comme Airbnb. Le Comité du Plateau prône la même solution.

« Aucun arrondissement ne veut interdire Airbnb parce que les politiciens ont un électorat qui aime la plateforme. Ils auraient le pouvoir d’au moins mettre de la pression sur les autres paliers gouvernementaux, mais il y a un manque flagrant de volonté politique », constate Philippe T. Desmarais.

Le danger est que, si les arrondissements légifèrent, le problème se déplace, notamment vers Hochelaga. « Il faut agir au niveau de la conscientisation publique, pas juste au niveau politique. Il faut faire prendre conscience qu’Airbnb amène des problèmes à long terme, et faire le choix éclairé de ne pas l’utiliser, même s’il y a des bénéfices à court terme », estime l’organisateur communautaire du CLPMR.

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo
Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

2 Commentiares

  1. C’est effectivement une vraie plaie.

    Les propriotaires, investissent « massivement » dans des terrasses sur les toits, d’immeuble et de garage, créant des droits de vue sur les logements des locataires, puis décident finalement de louer un appartement sur AirBnB et ne se gênent pas de « vendre » ces aménagements extérieurs comme étant des places communes pour tout le monde.

    Résultats : droits de vue sur votre cuisine, votre salle de bain, vos toilettes, bruits (discussions, musique, cris, rires forts jusqu’à très tard dans la nuit ou au petit matin, car ces touristes s’en contrefichent de déranger les citoyens qui eux doivent travailler le lendemain matin et de tout leur confort lié à un appartement locatif.

    C’est le free-for-all et ça génère et ça va générer bien des tensions à court, moyen et long terme.

    Le risque est évidemment que les propriétaires décident effectivement de consacrer 100% de leur logement à cette lucrative « économie de partage » En une semaine, ils peuvent facturer le prix d’un loyer mensuel, alors on imagine qu’ils peuvent espérer quadrupler leur revenu, sans avoir trop d’argent à déclarer aux impôts et à la mairie.

    Les municipalités et particulièrement celles dans lesquelles beaucoup de touristes débarquent, doivent légiférer de toute urgence pour limiter ce fléau

    En autorisant simplemen les propriétaires de maison individuelle à pouvoir les louer. Vous verrez que les proprios seront beaucoup plus frileux à partir de leur maison pour laisser la place à des inconnus.
    Ils s’arrangeront pour ne louer que le sous-sol ou qu’une chambre et imposeront des réglements strictes à respecter pour le propre respect de leur intimité et leur sommeil.

    Un propriétaire ne pourrait pas louer à court terme une maison secondaire par exemple, car sinon, le problème ne serait que déplacer.

    Mais je me rends compte (et je ne pensais jamais à avoir dire ou écrire ce genre d’affaire concernant le tourisme et l’accueil de touristes) que finalement, le free-for-all est parfois bien plus une nuisance qu’un apport bénéfique à la société.

    Les Uber et AirBnB de ce monde n’ont strictement rien d’une économie de partage. Ils veulent simplement casser les industries en place qui elles payent tous les permis et les taxes pour pouvoir bénéficier de cette industrie alors que les autres, ne veulent que court-circuiter tous le système mis en place et réfléchit depuis des décennies.

    • Je rajouterai que la municipalité, l’arrondissement vous répondront, en lien avec la création de droits de vue, que ça n’est pas leur problème, qu’ils ne sont pas là pour brimer les investissements privés (et je les comprends, plus il y a des améliorations locatives, plus les taxes municipales vont pouvoir augmenter).
      Ils vont référer le citoyen à la Régie du Logement, qui va souvent qu’imposer une réduction de loyer sans demander à détruire les terrasses, puisque les propriétaires expliqueront qu’ils ont fait la demande de permis de construction à la ville qui la leur a accordé.
      Le serpent qui se mord la queue et les locataires qui sont encore les dindons de la farce.

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