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Alphonse Verville, député ouvrier de Maisonneuve

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Le soir du 23 février 1906, plusieurs centaines d’ouvriers défilent au centre-ville afin de célébrer la victoire d’Alphonse Verville dans le comté de Maisonneuve. Celui-ci est le tout premier député ouvrier québécois à jamais être élu dans une élection provinciale ou fédérale.

Alphonse Verville est né à Montréal, en 1864. Plombier de son métier, il occupera plusieurs postes dans différentes organisations syndicales, dont la plus importante est le Congrès des métiers et du travail du Canada.

Au début du 20e siècle, le sujet de l’action politique ouvrière est d’actualité dans le mouvement syndical québécois. Pour Verville, le meilleur moyen de faire avancer la cause ouvrière est l’élection de candidats issus du mouvement syndical à l’Assemblée législative ou à la Chambre des communes. C’est aux élections du 25 novembre 1904 qu’il tente sa chance pour la première fois, comme représentant du Parti ouvrier dans le comté provincial d’Hochelaga. Il affronte l’avocat Jérémie-Louis Décarie, à qui il mène une chaude lutte en obtenant 4 123 votes contre 5 462 pour le candidat libéral.

À la suite du décès de Raymond Préfontaine en décembre 1905, le comté fédéral de Maisonneuve fera l’objet d’une élection partielle le 23 février 1906. Alphonse Verville y affronte le libéral Louis-Ovide Grothé, fabricant de cigares. L’industrie du cigare traîne une très mauvaise réputation : présence de nombreux enfants en bas âge, faibles salaires, etc. Grothé lui-même s’est souvent opposé aux premiers syndicats apparus dans son industrie. Son attitude va favoriser l’élection de Verville dans ce très vaste comté à majorité ouvrière. Il sera réélu en 1908 et en 1911, puis en 1917 dans Saint-Denis.

Les premières interventions de Verville portent sur l’immigration qui, selon lui, exerce une pression à la baisse sur les salaires. Il appuie le nouveau projet de loi sur les différends industriels de 1907, qui prévoit la conciliation obligatoire dans les entreprises de services publics. Pour lui, la négociation est un moyen d’empêcher la grève. Le projet de loi qui lui tient le plus à cœur est la limitation des heures de travail pour les employés des travaux publics. Il présente le projet à plusieurs reprises, mais celui-ci meurt au feuilleton. Il est finalement adopté par la Chambre des Communes à la session de 1910-1911, après d’importantes modifications, avant d’être rejeté par le Sénat. Après la défaite de Laurier et l’arrivée des conservateurs en 1911, il représentera le projet de loi sans plus de succès. Durant la Première Guerre mondiale il s’oppose à la conscription pour les ouvriers.

Verville est le seul député ouvrier en chambre et il doit compter sur l’un des deux partis pour faire avancer les dossiers. Il est de plus en plus associé au parti libéral et finira par être étiqueté de libéral-travailliste, si bien que les critiques du mouvement syndical à son égard commencent à pleuvoir. De plus, son travail au sein de la Commission administrative de la Cité de Montréal lui attire d’autres reproches. Il finira par être expulsé du Parti ouvrier du Canada en 1918.

Il se retire de la vie politique en 1921. Il meurt à Montréal en 1930 et est inhumé au Repos Saint-François d’Assise.

A propos André Cousineau

André Cousineau

André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l’histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1979, s’est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l’arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l’histoire urbaine de ce quartier.

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