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Assises sur la gentrification : Projet Montréal en mode solution

Les assises sur la gentrification devront aboutir à des solutions concrètes pour remédier au départ forcé de citoyens du quartier, espèrent les conseillers d’arrondissement de Projet Montréal.

L’atteinte du résultat escompté pourrait passer par un rôle plus actif de la Ville dans la question immobilière. « Notre premier constat est que les gens qui vivent dans une précarité financière ne devraient pas d’office vivre aussi dans des conditions de vie précaires, défend la conseillère de Maisonneuve–Longue-Pointe, Laurence Lavigne-Lalonde. Il faut proposer des logements convenables aux gens qui ont de plus faibles revenus. » Pour se faire, il semble impératif que la Ville investisse dans l’achat de logements afin de protéger leur statut locatif.

Le projet de loi 121 « augmentant l’autonomie et les pouvoirs de la Ville de Montréal », par l’attribution d’un statut de métropole, pourrait être un élément-clé de solution. Cette loi accorderait un droit de préemption à la Ville, ce qui signifie que si un immeuble locatif est mis à vendre et qu’un acheteur émet une offre d’achat, la Ville aurait le droit d’acquérir la bâtisse au prix proposé, et ce, avant tout autre acheteur. Il s’agit d’un droit de premier achat, dès que l’immeuble est sur le marché.

« La Ville se porterait acquéreur de l’immeuble pour pérenniser la fonction locative, évitant ainsi qu’il soit transformé en condos, explique le conseiller d’Hochelaga, Éric Alan Caldwell. Avec le temps, ça serait une opération à coût nul grâce au revenu des loyers. Ça permettrait aux locataires de rester là, et que la hausse de loyers soit normale. » Cette solution passerait par la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), la faction immobilière de la Ville, qui s’autofinance par des investissements.

Repousser les limites

« Le fait que la Ville devienne un acteur dans le marché immobilier, c’est robuste comme moyen d’intervention, car ça nous sort de la zone de confort, où il y a consensus. Ça force la Ville à avoir un rôle très actif qu’elle n’a peut-être pas joué jusqu’à maintenant », estime Laurence Lavigne-Lalonde.

L’idée d’imposer un gel ou des quotas sur la conversion de logements locatifs en copropriétés indivises fait également partie des pistes de réflexion sur la table. Le terme « indivise » fait référence aux « plex » (duplex, triplex, etc.), alors que la propriété « divise » fait plutôt référence aux condominiums. « Il y a déjà des mesures pour encadrer la conversion de logements locatifs en copropriétés divises; le phénomène est assez contrôlé et marginal, explique Éric Alan Caldwell. Ce qui est plus important, c’est la conversion de logements en copropriétés indivises, parce qu’on n’a pas de pouvoir là-dessus actuellement. »  

Une étude de Gilles Sénécal et Nathalie Vachon rapportait en juillet dernier que 835 logements locatifs ont été perdus entre 2003 et 2014 dans le quartier. « La Ville répond souvent qu’elle ne peut rien faire, qu’elle n’a pas de pouvoir. Ce qu’on souhaite, c’est qu’on réfléchisse ensemble à des solutions créatives afin d’aller chercher les pouvoirs pour imposer des gels et des quotas, plutôt que de pelleter les problèmes dans la cour d’à-côté », affirme Laurence Lavigne-Lalonde.

Les assises pourraient également être l’occasion de créer un registre des baux, qui consignerait le prix de loyer payé par les locataires et en éviterait donc les hausses abusives. L’idée est sur la table depuis une dizaine d’années, et des initiatives citoyennes ont même été mises en place, mais la Régie du logement n’a toujours pas concrétisé le projet, qui fait pourtant consensus parmi les acteurs de l’arrondissement.

Les assises sur la gentrification dans Hochelaga-Maisonneuve se dérouleront le dimanche 7 mai prochain au Chic Resto Pop. Les citoyens désirant y prendre part peuvent encore s’inscrire sur le site internet de l’Arrondissement, ou par téléphone au 514-523-5395 poste 200.

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo
Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

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