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Un atelier littéraire pour flâner dans Hochelaga

Stimulé par la poésie sale des ruelles, la rumeur des cafés, le parler populaire de la rue Ontario et la trace de ses commerces disparus, un étudiant du quartier a démarré un atelier littéraire pour raconter en images, en mots et en sons les mille et une vies d’Hochelaga ou d’Hoche’élague, comme il aime appeler son coin de pays.

Benoît Bordeleau et l’équipe de l’Atelier québécois de géopoétique de l’Université du Québec à Montréal veulent recueillir les histoires, les sensations et les souvenirs des gens qui traversent, habitent ou apprivoisent le quartier. Pour y arriver, le projet Hochelaga imaginaire propose aux Montréalais de participer à des flâneries encadrées, carnet de notes ou crayon à dessin à la main.

« En ville, c’est métro-boulot-dodo. Nous voulons favoriser une certaine lenteur dans notre façon de marcher le quartier ou de le regarder en s’assoyant sur un banc de parc », raconte Benoît Bordeleau, qui a accompagné sur le terrain le groupe d’une trentaine de participants qui a donné le coup d’envoi cet automne à cet atelier atypique.

Hochelaga Imaginaire
Crédit photo : Benoît Bordeleau

Traverser la frontière de nos souvenirs

Inspiré par la géopoétique, une approche littéraire au croisement de la philosophie, de la géographie et de la poésie, Benoît Bordeleau mise sur ce projet pour recueillir des anecdotes populaires et surtout, réfléchir aux réalités urbaines en dehors du cadre universitaire. Et il veut entendre la parole de toutes et tous.

Qu’est-ce que la géopoétique ?

La géopoétique, inventée par le poète écossais Kenneth White, est une théorie-pratique transdisciplinaire applicable à tous les domaines de la vie et de la recherche, qui a pour but de rétablir et d’enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu, avec les conséquences que l’on sait sur les plans écologique, psychologique et intellectuel, développant ainsi de nouvelles perspectives existentielles dans un monde refondé. – Source : www.kennethwhite.org

Sa thèse en études littéraires portant sur les représentations d’Hochelaga dans la littérature québécoise des années 1950 à aujourd’hui, c’est tout naturellement que l’étudiant rieur de 28 ans a choisi d’arpenter le territoire de son quartier d’adoption, en portant attention à ses frontières imaginaires ou réelles.

« Hochelaga, c’est en bas de la côte, comme l’était le Saint-Henri de Gabrielle Roy. C’est resté dans l’imaginaire, comme une frontière psychologique. Les tracks de chemins de fer et le fleuve, auquel nous n’avons pas accès, sont d’autres frontières », souligne celui qui propose aux citoyens non pas de faire un simple récit d’eux-mêmes, mais plutôt de réfléchir à comment est la géographie des lieux en leur présence.

Crédit photo : André Carpentier
Crédit photo : André Carpentier

Et en bas de la côte, il y a un quartier qui se transforme et une mémoire orale à dérouter de l’oubli. Mais comment? En tendant l’oreille à la vie locale et en faisant parler sa mémoire. Une participante qui a grandi dans le quartier a écrit un texte sur la rumeur du Tim Horton’s de la rue Ontario, lieu de rassemblement des Hochelagais de toutes origines. Dans son récit, Marjolaine Deneault évoque ses souvenirs d’enfance au Dunkins Donuts du coin.

« Quand j’étais jeune, le Tim Hortons le plus proche, c’était celui l’autre bord du viaduc, en face du Sexe Mania. Y en avait pas dans Hochelaga » – Marjolaine Deneault

Jusqu’où la parole nous mènera

Le projet Hochelaga imaginaire atteindra sa maturité après environ un an de déambulations hasardeuses et d’observations poétiques, qui seront recensées sur un site internet bientôt en ligne. « Les conclusions seront celles que le chemin nous aura permis de faire », explique Benoît Bordeleau, convaincu que le projet aboutira à quelque chose comme « une fresque hétéroclite avec des points de jonction ».

Une certaine poésie émane déjà des photos et des textes publiés. Et c’est tant mieux, selon l’idéateur du projet, qui veut rendre ce langage accessible à tous. « Faut se défaire de l’idée que la poésie, c’est quelque chose de compliqué. La tendance du moment, c’est d’aller vers quelque chose de plus rough, de plus près de la sensation », dit celui qui veut composer dans le cadre d’Hochelaga imaginaire des chansons dont les paroles seraient celles des graffitis du quartier.

Benoît Bordeleau, pour qui la flânerie est devenue un mode de vie, est prêt à déployer plusieurs moyens pour recueillir les histoires des citoyens. Discussions avec des chauffeurs de taxi, micros ouverts dans des cafés et rencontres à domicile avec une enregistreuse sont autant de stratagèmes qui seront déployés au cours des prochains mois.

Hochelaga Imaginaire
Crédit photo : Benoît Bordeleau

Pour participer à Hochelaga imaginaire, contactez Myriam Marcil-Bergeron au 514 987-3000, poste 4283 ou à la_traversee@uqam.ca.

Pour suivre Hochelaga imaginaire sur Twitter : twitter.com/Hocheima

A propos Alexandra Viau

Alexandra Viau

Alexandra est journaliste pigiste et hochelagaise d’adoption. Elle commence à s’intéresser au quartier en 2006, alors qu’elle réalise une biographie radiophonique sur la carrière de Louise Harel. Son attachement aux Expos et aux paysages industriels la convainc d’emménager quatre ans plus tard dans Hochelaga, petit coin de pays dont elle aime l’âme, les cordes à linge, l’architecture… et sa merveilleuse boulangerie. Elle se joint à QuartierHochelaga parce qu’elle croit en la pertinence de réaliser des choses collectivement.

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