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Attentat de Québec: construire des ponts

C’est avec une immense tristesse, mais aussi une certaine crainte et beaucoup d’appréhension pour l’avenir que j’ai pris connaissance de la tragédie qui s’est abattue sur la communauté musulmane du Québec en ce dimanche 29 janvier. Comme la violence engendre trop souvent la violence et que la haine appelle trop souvent la haine, il est difficile, de prime abord, d’être optimiste à la suite d’évènements aussi dramatiques. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment demain pourrait-il être meilleur qu’hier, alors que des vies ont été aussi absurdement sacrifiées ?

Au moment où de plus en plus de murs se dressent, partout dans le monde, entre les individus et les communautés, que des évènements tragiques ont lieu, que les extrémistes de tout acabit semblent en mesure de nous éloigner les uns des autres, ne faut-il pas plutôt impérativement se rapprocher ? Ne faut-il pas dresser sur ces tragédies le socle de nos relations à venir ? Ne devons-nous pas y voir l’obligation de repenser les rapports que les communautés entretiennent entre elles ? Et plus particulièrement le rapport que la majorité entretien avec les communautés ethnoculturelles, notamment avec la minorité de confession musulmane ?

Je me suis beaucoup questionné, à la suite de cette attaque à la Mosquée de Québec. Un attentat de ce genre pourrait-il survenir ici, dans notre coin, au Centre communautaire musulman ayant pignon sur la rue Hochelaga, ou alors dans une mosquée de l’est de la ville de Montréal ? Se pourrait-il que nous vivions nous aussi, sans trop nous en rendre compte, sur un terreau fertile à la haine raciale et intercommunautaire pouvant mener à une tragédie de ce genre ?

Les levées de bouclier systématiques lorsqu’il est question de créer des institutions ou des organismes pour la communauté musulmane sont-elles  symptomatiques d’un abcès qu’il nous faudra crever pour avancer collectivement ? Pour le dire sans ornement, s’agit-il, ici comme ailleurs, de racisme plus ou moins larvé ? Le vandalisme dont sont victimes les lieux de culte de la communauté musulmane, notamment dans l’est de Montréal, n’illustrent-ils pas, eux aussi, beaucoup plus qu’un simple malaise dans nos rapports ? S’agit-il des germes d’une violence tout aussi destructrice que celle qui nous a été donné de voir la semaine dernière ? Pouvons-nous réellement nous permettre d’ignorer ces signes ? N’est-il pas plutôt nécessaire d’agir sans plus tarder ?

Il existe des structures locales et communautaires visant à répondre aux besoins divers de nos communautés, particulièrement à Hochelaga. Lorsque surviennent des enjeux importants ayant des impacts significatifs sur des membres de la communauté, il n’est pas rare de voir des organismes se créer, des tables de concertation naître, des consultations avoir lieu. N’est-il pas temps de voir apparaître ce genre de structures permettant à la fois de reconnaître nos concitoyens et concitoyennes de confession musulmane pour ce qu’ils et elles sont, c’est-à-dire des membres à part entière de notre communauté, et de les supporter comme nous le ferions avec n’importe lequel de nos membres ?
Les élans de solidarité spontanés auxquels nous avons assisté depuis l’attentat de Québec, en plus d’être de magnifiques expressions d’amour et de fraternité, doivent impérativement servir de catalyseur à la construction de ponts, d’espaces de rencontre, de partage et de solidarité.

ssinclair@quartierhochelaga.com

A propos Sébastien Sinclair

Sébastien Sinclair

Bachelier et candidat à l’obtention d’une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal, Sébastien se passionne pour tout ce qui touche les questions politiques, sociales et économiques. Résidant d’Hochelaga depuis 2003, il s’y implique de diverses manières et continuera de le faire, notamment par sa collaboration à QuartierHochelaga.

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