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Beaucoup d’Hochelagais craignent d’être évincés

Les Hochelagais aiment leur quartier, mais beaucoup ont peur d’être évincés de leur logement. Voici un des constats qui a émergé lors de la soirée de réflexion sur la gentrification organisée par QuartierHochelaga.com et la revue l’Esprit Libre le 30 mai à l’Anticafé.

Devant quelque cinquante personnes, quatre experts de l’embourgeoisement ont exposé leurs études respectives pour rationaliser le débat autour du phénomène de la gentrification. Rappelons que la gentrification, selon l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), est « l’établissement dans un quartier pauvre ou populaire d’une nouvelle population mieux nantie sur le plan culturel ou financier ».

Tout d’abord, Pierre J. Hamel de l’INRS a raconté l’histoire du quartier afin de permettre de remonter jusqu’aux racines du phénomène. Celui-ci a rappelé que Hochelaga-Maisonneuve a perdu la moitié de sa population entre les années 1960 et les années 1990. Depuis ce temps, la population a connu une légère remontée et le nombre de jeunes entre 18 et 34 ans a littéralement explosé. « Ce qu’on a remarqué dans nos études, c’est que la majorité des résidents aiment leur quartier, mais beaucoup ont peur d’être évincés en réaction aux changements sociaux », explique le chercheur qui a participé aux assises sur la gentrification.

Ensuite, la professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal, Hélène Bélanger, a expliqué le phénomène de la « studification ». Loin de s’embourgeoiser comme Vancouver à coup de grands investisseurs étrangers, Hochelaga-Maisonneuve est plutôt victime d’une gentrification modérée causée par des étudiants de passage pendant quelques années dans le quartier. « Parfois, le déplacement des citoyens n’est pas forcé, mais plutôt induit. Ils partent volontairement par peur, ou faute de moyens », énonce-t-elle.

Registre des baux

De son côté, Guillaume Dostaler d’Entraide Logement Hochelaga-Maisonneuve a critiqué la gentrification qui, selon lui, fait augmenter le coût d’accès au logement. « Nous remarquons qu’il y a une grande différence entre le loyer des personnes qui sont là depuis une dizaine d’années et les nouveaux arrivants, parfois dans le même bâtiment », explique-t-il. Pour M. Dostaler, une des solutions importantes et faciles à mettre en branle pour apaiser la gentrification serait un registre des baux. Avec un tel registre, un futur locataire pourrait consulter l’historique du loyer payé dans son logement et ainsi éviter une hausse excessive lors de son aménagement.

Le cofondateur de la microbrasserie l’Espace Public, Pierre Lessard-Blais, n’est quant à lui pas convaincu qu’un registre des baux soit si facile à implanter en ce moment. « Un registre des baux, c’est une responsabilité provinciale, et ça n’arrivera jamais sous le gouvernement libéral », explique-t-il. L’ancien président de la Société de développement commercial Hochelaga-Maisonneuve a aussi défendu les petits commerçants, en démontrant que parfois les « gentrificateurs » peuvent se faire gentrifier. Par exemple, un petit commerce d’artisan peut être victime de la hausse des loyers et des taxes foncières.

Au final, tous les intervenants s’entendent à l’effet que la gentrification est un phénomène structurel et obligé pour le quartier. « Une ville qui n’a pas de gentrification, c’est Détroit » rappelle Pierre J. Hamel. Reste que des mesures peuvent être adoptées pour éviter de bousculer et d’expulser les plus vulnérables. La création d’une fiducie foncière communautaire, la mise en place d’un registre des baux et le réinvestissement dans le logement social semblent être des consensus dans la recherche de cet équilibre.

 

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux
Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l'a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l'avenir du quartier.

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