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Carole Poirier : une époque révolue?

Diverses informations circulent depuis la parution la semaine dernière d’un article du Journal de Québec concernant la députée du Parti Québécois d’Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier, laissant entendre qu’il y aurait eu malversation dans l’utilisation de fonds publics pour financer des activités partisanes à mêmes le budget de l’Assemblée nationale.

La députée occupe le poste de whip de son parti, sorte d’assistante capitaine de l’équipe s’assurant que tous ses coéquipiers entrent dans le rang et suivent la ligne imposée par le chef. Cette fonction relève de l’Assemblée nationale, elle n’est donc pas, à proprement parler, partisane. Il s’agit plutôt d’un poste parlementaire et c’est la raison pour laquelle le personnel attribué au whip dans le cadre de ses fonctions est financé à même les fonds publics et non par les partis politiques. Jusqu’ici, tout va bien. Les choses se corsent lorsque nous apprenons que des membres de l’équipe de la whip, payés à même les fonds publics, ne fréquentent pas les bureaux de l’Assemblée nationale et effectuent, dans les faits, un travail politique et partisan.

Toute cette histoire paraitra probablement très technique et pas très intéressante à plusieurs. Par contre, je crois qu’elle est représentative d’une culture que l’on croyait révolue, ou du moins, que l’on souhaitait fortement voir disparaitre.

Cette culture, c’est celle du mépris des règles, de l’éthique élastique, du « je n’étais pas là» ou bien «je ne m’en souviens plus », c’est cette culture que l’on nous a étalée comme de la confiture pendant des mois à la télé, lors de la commission Charbonneau. Une culture où la fin justifie les moyens, où l’on peut transgresser les règles tant et aussi longtemps que l’on ne se fait pas prendre.

Cette culture, on le sait bien, est très présente au Parti libéral du Québec. En effet, de Nathalie Normandeau à Tony Tomassi en passant par Sam Hamad, les exemples à ne pas suivre y sont légion. Chacun reconnaitra aisément que l’éthique n’est pas une valeur très présente au sein des gouvernements libéraux provinciaux qui se sont succédés au pouvoir depuis de (trop) longues années. Par contre, le Parti québécois se targue, notamment suite au dépôt du projet de loi 1 visant à renforcer la lutte à la corruption par le gouvernement Marois en 2012, de laver plus blanc que blanc, de respecter les règles et d’avoir une éthique irréprochable.

S’il s’avère, le cas de Carole Poirier et de l’utilisation de fonds publics pour financer des activités partisanes nous forcera à remettre en question cette version des faits. Il pourrait plutôt sembler à plusieurs que tout cela n’a été au fond qu’une vaste campagne publicitaire, que le Parti québécois n’a jamais eu l’intention de changer la culture politique au Québec, ni même ses propres pratiques. La députée d’Hochelaga-Maisonneuve, en tant que responsable des embauches et de la gestion de son personnel, doit être tenue responsable des pratiques qui ont cours dans son bureau. Si certaines de ces pratiques consistent à utiliser les ressources allouées au travail parlementaire pour financer des activités partisanes, et pire encore, si la députée d’Hochelaga n’y voit rien de répréhensible, peut-être participe-elle plus du problème que des solutions.

Toutefois, il revient aux citoyens, non seulement de notre quartier mais du Québec tout entier, de mettre de côté les clivages partisans et de faire en sorte que cette culture et que cette époque, soit véritablement révolue. Tant et aussi longtemps que nous continuerons de ne dénoncer que les pratiques douteuses de nos rivaux et de justifier les nôtres, les changements demeureront cosmétiques.

ssinclair@quartierhochelaga.com

A propos Sébastien Sinclair

Sébastien Sinclair
Bachelier et candidat à l’obtention d’une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal, Sébastien se passionne pour tout ce qui touche les questions politiques, sociales et économiques. Résidant d’Hochelaga depuis 2003, il s’y implique de diverses manières et continuera de le faire, notamment par sa collaboration à QuartierHochelaga.

3 Commentiares

  1. Jérémie Dunn

    Pourtant monsieur, les réglements sont noir sur blanc à l’Assemblée Nationale : le poste d’agent de liaison fait partie des usages possibles de la masse salariale de la Whip. D’où pourquoi aussi la plupart des médias sont maintenant passés à un autre appel.

    • Ce n’est pas parce que les règles sont respectées qu’elles ont nécessairement du sens et qu’elles reflètent ce que l’on souhaiterait. La vraie question est : Qui rédige et vote ces règlements et à qui profitent-ils?

      Règlement ou pas, je vois mal comment on peut se sentir dans un système honnête si les gens qui sont à sa tête se dotent de moyens destinés au bien commun pour leur propres intérêts.

  2. Renaud Campeau

    Intéressant. Elle ne doit malheureusement pas être la seule dans le cambouis.

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