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Christine Cadet, tisserande et syndicaliste

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Voici un exemple de femme peu connue et qui fait partie des tisserandes honorées par la Place des Tisserandes devant La Nativité : Christine Cadet.

Christine Cadet est d’origine belge. Née en 1884, elle immigre au Québec avec sa mère, son frère et sa jeune sœur en 1895, son père étant arrivé l’année précédente. La famille s’installe d’abord dans St-Henri, puis déménage dans Hochelaga vers 1898. Comme son père n’a qu’un maigre salaire de journalier, elle commence à travailler très tôt à la Filature Hudon comme tisserande. Selon le recensement de 1901, elle aurait gagné 350 $ l’année précédente, soit environ 6 $ par semaine. Son jeune frère Guillaume, également jeune tisserand de 14 ans, en a fait 150 $. Christine Cadet habite à ce moment-là, la rue Davidson. Les familles voisines travaillent presque toutes à la Hudon.

En 1901, il n’existe pas encore de syndicats dans les filatures de la province. À l’hiver de 1905, une première tentative avec un syndicat affilié au Congrès national des métiers et du travail est un échec. Plus tard cette année-là, les fileurs intègrent un syndicat américain, l’International Spinners’ Union. Ils déclenchent une grève au début avril, puis réussissent à sensibiliser les cardeurs et les tisserandes à leurs revendications. Le 1er mai, la grève est générale à la Hudon.

Le lendemain, comme la grève risque de s’étendre à d’autres filatures, la compagnie accepte de relever les salaires de tous les ouvriers. En juin, les employés de la Hudon forment une des 14 cellules affiliées à United Textile Workers of America. Grâce au travail d’un organisateur syndical issu de la Hudon, Wilfrid Paquette, les ouvriers des filatures du Québec vont quitter le syndicat international pour former la Fédération des ouvriers textiles du Canada (FOTC) le 1er septembre 1906.

Les ouvriers sont formés en cellules et chaque cellule comprend les ouvriers d’un même département. La Hudon et la Sainte-Anne (angle des rues Notre-Dame et du Havre) comptent six cellules. Christine devient représentante syndicale des tisserandes de la Hudon. Le congrès de fondation de la FOTC se tiendra le 16 décembre 1906 à la salle Tremblay au 3109, rue Sainte-Catherine Est. À l’âge de 22 ans, Christine Cadet est l’une des plus jeunes déléguées syndicales. Deux sujets brûlants vont être abordés lors de ce congrès. D’abord, la question des tarifs douaniers, essentielle à la survie de l’industrie canadienne face à l’importation des filés anglais. Les délégués décident d’envoyer une délégation de trois hommes et deux femmes à Ottawa pour sensibiliser le gouvernement fédéral à cette situation. Christine Cadet sera membre de cette délégation.

L’autre question importante est celle du travail des enfants qui travaille 60 heures à de très petits salaires. Des enfants de 10 ans travaillent encore dans les filatures. Lorsque les inspecteurs du gouvernement se présentent sur les lieux de travail, on cache les enfants. On décide donc de mettre sur pied un comité dont feront partie deux collègues de Christine, Blanche Germain et Louisa Morin.

La FOTC a le vent dans les voiles. Malheureusement, des dissensions internes et l’intransigeance des manufacturiers auront raison de la fédération à compter de mai 1908. Le 1er mai 1908, les compagnies décident unilatéralement de baisser les salaires de 10 %. Une grève des employés ne réussira pas à faire plier les compagnies. À partir du 10 juin, les ouvriers se voient forcés de retourner au travail.

Devant cette défaite amère et la disparition de son syndicat, Christine Cadet se résigne à abandonner le travail de tisserande. Le 20 juin 1909, elle épouse Raoul Bergeron, agriculteur de La Présentation. Elle quitte Hochelaga et l’on perd sa trace par la suite.

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1978, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

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