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Réal Ménard : « Nous n’allons pas mettre de conteneurs dans la cour des gens »

Enjeu politique majeur de cette dernière année, la Cité logistique de L’Assomption et du Port de Montréal (CLAP) a fait couler beaucoup d’encre. Le maire Réal Ménard, fervent défenseur de ce pôle logistique, s’est heurté à une mobilisation citoyenne d’envergure soutenue par les élus de Projet Montréal. Consultation publique après consultation publique, les citoyens n’ont pas été satisfaits, ni par le projet, ni par les informations que leur fournissait la Ville.

En entretien avec Réal Ménard, QuartierHochelaga.com est revenu sur l’un des dossiers les plus chauds de son mandat.

Lorsque l’on évoque la CLAP avec le maire, il exprime quelques regrets, mais une volonté implacable d’aller de l’avant. « La pertinence d’une cité logistique dans un terrain qui est industriel depuis 1898, je vais la défendre et ça va faire partie de mes engagements électoraux », clame-t-il.

Comme pour légitimer encore plus le projet, le maire joue sa réélection en partie sur la CLAP. Les citoyens le sauront : voter pour Réal Ménard, c’est aussi voter pour la Cité logistique.

Lors des élections municipales de 2013, Réal Ménard, alors membre de Coalition Montréal, avait déjà évoqué sa volonté de voir se créer un pôle logistique dans ce secteur. « On regarde avec la Ville-centre pour que ce soit un pôle dédié à la logistique des transports », avait-il confié au journal Métro en 2013, lors d’une conférence de presse avec Marcel Côté, défunt chef de Coalition Montréal.

Bien conscient de l’ampleur de l’opposition à ce projet, Réal Ménard sait que les citoyens s’opposant à la CLAP ne voteront pas pour lui. « Moi, ce que je ne voulais pas, c’est qu’on m’accuse de ne pas avoir de position claire », explique-t-il. Confiant, il pense qu’il a tout de même de bonnes chances de remporter la brigade à la mairie le 5 novembre prochain.

Polarisation

« Quand je discute avec les citoyens, ils ont une vision très polarisée de ce débat, qui demande beaucoup de nuances. On n’a pas émis le premier permis parce que mon administration a adopté un règlement efficace pour la qualité de vie des gens », explique le maire. Ray-Mont Logistics, une entreprise de transport de marchandises, avait fait une demande pour s’installer sur le terrain de la CLAP. Ne respectant pas toutes les règles instaurées par l’Arrondissement, son permis a été refusé par l’administration.

« Je suis déçu qu’on ne reconnaisse pas que le règlement nous permette d’atteindre les deux objectifs qu’on poursuivait. Les entreprises qui veulent venir s’établir dans ce secteur connaissent les règles du jeu. Nous ne sommes pas « Bonheur d’occasion », nous n’allons pas mettre des conteneurs dans la cour des gens. »

Consultation

Depuis plus d’un an, des citoyens se sont mobilisés contre le projet défendu par la mairie. Ces citoyens remettent en cause le besoin d’un tel pôle industriel et voudraient être consultés quant à l’utilisation que pourrait faire la Ville de ce terrain. Ils ont recueilli plus de 6600 signatures dans le cadre d’une pétition afin d’organiser une consultation publique régie par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), un organisme indépendant dont les mandats sont donnés par la Ville de Montréal.

Malgré les deux consultations organisées par la mairie et animées par l’Institut du Nouveau Monde (INM), ces citoyens n’ont pas été satisfaits et dénoncent un passage en force de l’administration Ménard, voire un déni de démocratie. Le règlement régissant l’implantation architecturale des entreprises sur le terrain de la CLAP a pourtant été voté après une consultation visant à en définir les grandes lignes. Les citoyens souhaitent être consultés sur les usages concrets de cet immense terrain ainsi que sur le type d’entreprises qui s’y implanteront.

« Ce que je trouve triste, c’est qu’on ait profité d’un dossier stratégique de positionnement pour l’est de Montréal en le renvoyant rapidement à des enjeux de démocratie, alors que ça aurait dû être vécu différemment », explique le maire. Il reconnait toutefois que des erreurs ont été commises par la mairie, notamment dans la communication et l’explication des enjeux du dossier. « Il y a une partie de responsabilité de ma part, de la part de fonctionnaires, concède-t-il. On n’a pas réussi à faire connaître nécessairement les enjeux », ajoute le maire.

Acteurs

Les déclarations de Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), qui a affirmé devant une commission parlementaire que des expropriations seraient envisageables, ont rendu Réal Ménard furieux. Le maire a qualifié ces propos « d’imbéciles » et de « mal fondés ».

« Il n’y a pas d’expropriation, il n’y a pas de résidence sur le périmètre du règlement, il n’a jamais été question qu’il y ait des expropriations résidentielles », clame-t-il.

La Cité logistique ne se joue pas exclusivement dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Convoitée par le Port de Montréal et par la CCMM, elle est aussi un enjeu stratégique pour la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec. « Oui, le maire Coderre tient à ce projet-là. Oui le président du comité exécutif tient à ce projet-là. Oui, le milieu du développement économique tient à ce projet-là. Moi, je dois être un équilibriste qui ne doit jamais perdre de vue l’intérêt des citoyens, mais également la pertinence d’avoir un projet comme celui-là », explique le maire. Il ajoute que le fait de faire désormais partie de l’Équipe Coderre l’oblige à avoir une ligne cohérente avec son parti : « Il n’y aurait pas eu de place à la dissidence dans ce dossier », reconnait-il.

A propos Simon Mauvieux

Simon Mauvieux

Simon est diplômé de journalisme et étudiant à la maîtrise en science politique. Récemment installé dans le quartier, il se plait à explorer sa vie communautaire et politique. Passionné par le reportage et la photographie, il traine son carnet et son appareil au gré de l’actualité.

Un commentaire

  1. Pierre Laberge

    Merci de cet article honnête qui laisse place à un regard critique, mais ne noircit ou blanchit personne dans ce dossier difficile à cerner. Il ne s’agit pas d’arrêter tout projet de développement dans notre quartier, qui quoi qu’on en dise, a pris beaucoup de mieux depuis une dizaine d’années, ni de crier au loup et aux affres d’un enfer capitaliste parce qu’on parle de développement. Et c’est très bien que les citoyens se mobilisent pour connaître tous les détails de ce projet et aient en mains les informations pour décider si c’est la seule option de développement pour ces terrains. Personnellement, je crois qu’il y a d’autres options qui méritent d’être explorées avant de se lancer à toute vapeur dans un développement forcené et mal réglementé. Une chose est sûre, personne n’a envie de voir s’installer près de chez soi un méga complexe de containers et de camions qui circuleront 24 heures sur 24 dans des zones densément peuplées. Une économie mixte et saine ne doit pas être dépendante d’un seul pôle de développement. Osons voir plus loin et plus grand, comme le secteur de l’agriculture urbaine pour ne citer qu’un exemple, ou encore comme le proposait notre députée fédérale Marjolaine Boutin-Sweet récemment, un accès récréatif et culturel au fleuve.

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