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CLAP : Les citoyens toujours dans le flou

La centaine de résidents de l’arrondissement présents à la « séance d’information » du 31 mai sont restés sur leur faim. La consultation publique, mise en place dans le cadre du droit d’initiative, a débouché sur beaucoup de questions et peu de réponses, malgré la présence sur scène de plusieurs acteurs du projet.

Ce sont 6600 signatures qui ont permis la tenue d’une telle consultation. Il s’agit de citoyens de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve exaspérés par les problèmes de bruits intermittents en provenance du terminal Viau et de la gare de triage du Canadien National (CN). C’est de ces nuisances auditives constantes et de celles qui seront possiblement engendrées par la future Cité de la logistique de l’Assomption et du Port de Montréal (CLAP) qu’ont voulu parler les citoyens rassemblés mercredi soir.

Pour la première fois, des représentants des entreprises concernées, CargoM, œuvrant dans l’industrie de la logistique, et CN, étaient invités à répondre aux citoyens. Des représentants de la Direction de la santé publique (DSP), du ministère des Transports du Québec (MTQ) et de l’administration du Port de Montréal y étaient aussi.  « C’est la première fois que ces intervenants-là osent nous répondre », a constaté Émilie Dupuis, résidente du secteur. Celle-ci déplore toutefois un manque d’ouverture et de communication de certains intervenants, notamment du CN, qui sont demeurés très évasifs. La voie ferrée opérée près du secteur résidentiel occasionne beaucoup de désagréments depuis quelques semaines.

Sentiment d’improvisation de l’Arrondissement

Du côté citoyen, la pertinence du projet de Cité de la logistique pour la collectivité est depuis longtemps remise en question. L’objectif de la consultation était toutefois d’avoir une meilleure idée de planification du projet à long terme. « L’accent actuel du projet est mis sur les mesures d’atténuation des nuisances. La démarche qu’on veut se donner, c’est plutôt de prendre le temps de réfléchir à une architecture viable, bien faite », a défendu l’un des représentants des signataires de la pétition, Luc Gallant.

Il est ressorti une crainte générale d’une détérioration des conditions de vie pour les résidents du secteur. Hausse de la circulation, bruits de jour comme de nuit, accroissement de la pollution de l’air : autant de facteurs qui n’ont pas encore été mesurés, malgré les demandes répétées des citoyens. À deux reprises, le représentant de la DSP, Stéphane Perron, a reconnu que le manque de données terrain empêchait de faire des études d’impacts. Il a également déploré l’absence de politique concernant le bruit à Montréal. Les recommandations actuelles sont celles de l’Organisation mondiale de la Santé, soit un maximum de 55db le jour et de 40db la nuit. Les incertitudes quant à l’éventuel trajet de « l’autoroute Souligny » et de l’Assomption vers Notre-Dame sont également au cœur des préoccupations.

En attendant l’OCPM

« Est-ce qu’il devrait y avoir un moratoire, comme les citoyens l’ont demandé plusieurs fois ? Je pense que oui, a affirmé la conseillère de Maisonneuve Longue-Pointe, Laurence Lavigne-Lalonde. Le temps de faire un vrai plan d’ensemble, une vraie réglementation et d’avoir une vraie idée de ce qu’on a envie de faire sur le terrain. » Plusieurs espèrent qu’une telle planification ressortira de la consultation de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), dont le mandat demeure un mystère et devra être déterminé par le comité exécutif de la Ville de Montréal.

« Il y a un flou de juridiction parce que le mandat de l’OCPM doit être donné par la Ville centre, et le droit d’initiative a été obtenu en arrondissement. Mais le municipal pourrait voter des règlements pour faire en sorte que notre demande soit entendue à l’OCPM, par une partie neutre qui aura le pouvoir d’obtenir les réponses à nos questions », constate Émilie Dupuis, en déplorant une fois de plus le manque de vision à long terme de l’Arrondissement.

Il a été répété à plusieurs reprises dans la soirée qu’il s’agissait d’une « séance d’information, et non pas d’opinions ». Plusieurs ont senti recevoir bien peu d’information et beaucoup de réponses creuses, et espèrent que la deuxième consultation, le 15 juin, ira plus loin. Les citoyens pourront y déposer des mémoires dans l’espoir de modifier les paramètres de la CLAP, qui semble là pour rester, mais qui devra encore être précisée. « Ce qu’on déplore, en ce moment, c’est qu’on n’a rien à gagner, mais tout à perdre avec ce projet-là », a résumé Julie Morissette, également résidente du secteur.

Les élections de l’automne 2017 seront un point culminant de la saga de la Cité de la logistique. Plusieurs espèrent que le mandat de l’OCPM sera révélé d’ici là et qu’une planification beaucoup plus précise du projet sera élaborée en collaboration avec les citoyens. Au vu de la soirée du 31 mai, ils sont toujours nombreux à être mobilisés et plusieurs espèrent que le mouvement continuera de prendre de l’ampleur.

La seconde partie de la consultation publique en vertu du droit d’initiative aura lieu le 15 juin, à 19 h, au Centre de loisirs et d’animation culturelle de Guybourg, situé au 1905, rue de Cadillac. Elle sera réservée à l’expression des opinions et à la présentation des mémoires déposés.

Crédit photo : Ericka Muzzo

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo

Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

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