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Les coopératives d’habitation, un barrage à la gentrification ? (1/2)

Il suffit d’observer le nombre croissant de nouveaux condominiums construits ces dernières années dans le quartier pour constater l’ampleur du phénomène de gentrification à l’œuvre dans Hochelaga-Maisonneuve. Pourtant, certaines de ces nouvelles constructions ne participent pas toujours à l’embourgeoisement. Depuis 10 ans, près de 800 unités de logement en coopérative d’habitation ont vu le jour dans le quartier, comme la Coopérative Petits et Grands, qui a ouvert ses portes en juillet dernier et qui propose 50 % de logements à loyer subventionné.

Marjolaine Despars est la présidente de cette nouvelle coopérative, située sur les rues Darling et Davidson, entre Hochelaga et de Rouen, à deux pas de l’école primaire Notre-Dame-de-l’Assomption. Cet imposant bâtiment de 47 logements a été imaginé par des citoyens, désireux d’offrir aux habitants d’Hochelaga une solution pour se loger sans payer un loyer exorbitant. Le projet est né dans la tête de Marjolaine et de trois autres membres fondateurs il y a six ans et a pu voir le jour après un long et difficile processus. Aujourd’hui, ce sont principalement des familles qui habitent dans cette coop autogérée par ses habitants. Des familles qui étaient, pour la plupart, déjà résidantes du quartier.

« On était beaucoup à habiter le quartier avant d’emménager ici. On est tous très fiers d’habiter dans une coop. On a des gens de différents horizons, de différentes origines, et c’est très harmonieux », se réjouit Marjolaine Despars.

Manon Bouchard est agente de développement à Bâtir son quartier, un organisme qui permet d’accompagner les citoyens à concevoir les projets de logements communautaires. Ce sont eux qui ont aidé les fondateurs de la Coopérative Petits et Grands à réaliser ce projet, une de leur dernière réalisation dans le quartier.  « Sur ce terrain, il y aurait pu avoir au moins 80 condos, mais on voulait répondre aux besoins de la population et offrir des logements pour des familles », précise Mme Bouchard.

Harmonie

L’harmonie est un aspect primordial dans une coopérative d’habitation. Ici, une personne par logement doit prendre part à la vie démocratique de la coopérative, en s’impliquant dans un des comités, que ce soit le comité de bon voisinage qui organise des fêtes de voisins, ou encore le comité finances, qui gère le budget de la coop. Pour favoriser la socialisation entre voisins, les membres fondateurs ont imaginé une cour centrale, avec des jeux pour les  enfants, un jardin géré par les résidents et des tables de pique-nique. Et ce choix porte ses fruits. Marjolaine avoue mieux connaitre ses voisins depuis qu’elle a posé ses cartons en juillet, qu’en 14 ans de vie à Hochelaga. Les nouveaux arrivants sont choisis par un comité de sélection, avec des critères bien précis. « On choisit d’abord des familles, mais on met aussi beaucoup l’accent sur la diversité culturelle; on veut un milieu de vie varié et sans discrimination d’origine ou de genre », précise la présidente.

50 % de loyers subventionnés

La moitié des logements de la coopérative ont un loyer proche du prix médian du quartier, tandis que l’autre moitié est subventionnée par le gouvernement pour permettre aux habitants de ne pas consacrer plus 25% de leurs revenus à leur loyer. Pour Marjolaine, il était impensable de construire une coop sans logements subventionnés. « Trop de gens dans le quartier utilisent plus de 30% de leur revenu pour payer leur loyer, c’est trop », estime-t-elle. Pour elle, les loyers non subventionnés sont même trop chers pour certains dans la coopérative. « Il y a des personnes pour qui les loyers sont élevés ici, mais on a été contraint de faire ça. C’était une décision difficile, mais on n’aurait pas pu construire de coop sinon », se désole-t-elle. La décontamination du terrain, qu’aucune subvention ne prend en charge, augmente drastiquement les coûts de construction et donc, les coûts des loyers. Mais dans la coop, il existe toujours des solutions. « Si quelqu’un a des difficultés à payer son loyer, on peut l’aider; on peut faire une entente pour étaler le loyer sur un mois, en plusieurs versements », explique Marjolaine Despars. De plus, les habitants étant aussi les propriétaires, ils s’assurent que les loyers augmentent le moins possible, même si le budget est souvent très serré. Ici, pas question de faire du profit, l’argent est intégralement réinvesti dans la coopérative.

Crédit photo : Simon Mauvieux

A propos Simon Mauvieux

Simon Mauvieux
Simon est diplômé de journalisme et étudiant à la maîtrise en science politique. Récemment installé dans le quartier, il se plait à explorer sa vie communautaire et politique. Passionné par le reportage et la photographie, il traine son carnet et son appareil au gré de l’actualité.

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