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Les coopératives d’habitation, un barrage à la gentrification ? (2/2)

Il suffit d’observer le nombre croissant de nouveaux condominiums construits ces dernières années dans le quartier pour constater l’ampleur du phénomène de gentrification à l’œuvre dans Hochelaga-Maisonneuve. Pourtant, certaines de ces nouvelles constructions ne participent pas toujours à l’embourgeoisement. Depuis 10 ans, près de 800 unités de logement en coopérative d’habitation ont vu le jour dans le quartier, comme la Coopérative Petits et Grands, qui a ouvert ses portes en juillet dernier et qui propose 50 % de logements à loyer subventionné.

Si des projets comme la Coopérative des Petits et Grands permettent de créer des logements abordables, Marjolaine Despars pense qu’il reste encore beaucoup de travail à faire. « Il y a vraiment un besoin pour plus de logements sociaux dans Hochelaga. Actuellement, il n’y a pas encore d’équilibre entre les constructions de logements communautaires et les conversions de logements locatifs en condos privés », regrette-t-elle.

Du côté de Bâtir son quartier, le constat est plus positif. « On a réussi dans les dix dernières années à faire plus de 800 logements. C’est très intéressant, car malgré les pertes de logements locatifs, on a réussi avec beaucoup d’efforts à en maintenir le nombre », se réjouit Manon Bouchard.

Outre la question du logement, Marjolaine Despars constate qu’à Hochelaga, la pauvreté continue de se creuser, tandis qu’une population plus aisée s’installe, provoquant d’importants changements de l’offre commerciale. « Le quartier change,on a de nouvelles boutiques, de nouveaux restaurants; on voit à qui ils s’adressent, relève-t-elle. Mais il ne faut pas tout rejeter en bloc; il faut avoir un regard critique », ajoute-t-elle.

Austérité

Pour Marjolaine, le logement est un facteur important de gentrification, mais ni Montréal ni Québec ne semblent prendre les mesures adéquates. Elle regrette par exemple l’absence de terrains réservés pour la construction de logements sociaux dans Hochelaga-Maisonneuve. Ou encore les coupures dans le programme provincial Accès logis, un programme qui est sensé financer le logement social, mais qui peine à subvenir aux besoins croissants de logements à faible loyer dans la province. « À Québec, ils ont fait des choix. On est passé de 3000 constructions de logements sociaux en 2014 à 1500 en 2015-2016 », dénonce-t-elle.

Même constat du côté de Bâtir son quartier, qui dénonce les coupures du gouvernement ou bien l’indexation des coûts de construction, qui ne sont pas à jour en 2017.

« On travaille très fort pour retrouver les niveaux des subventions de 2012. On a eu des budgets ajustés, puis coupés. Aujourd’hui, on crée des projets avec des budgets de 2009. En 2017, le marteau ne coûte pas le même prix. On voudrait que le gouvernement réinvestisse », explique Manon Bouchard de Bâtir son quartier.

Une manque de volonté politique

La décontamination de terrain est aussi un obstacle important à l’apparition de logements sociaux. Un obstacle qui permet aux promoteurs privés d’augmenter les loyers. « C’est facile pour le privé de décontaminer un terrain et d’augmenter le loyer pour rentabiliser les coûts importants de décontamination. Nous, on ne peut pas faire ça, on n’a aucune subvention pour décontaminer et on ne veut pas imposer de loyers élevés », dénonce-t-elle. Selon la présidente, le problème est entretenu par un manque de volonté politique, que ce soit de la mairie de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, de la ville centre ou même de Québec.

Pourtant, elle ne baisse pas les bras et se réjouit du succès de la Coopérative Petits et Grands. Sa plus grande fierté ? Le sentiment d’appartenance des locataires, leur engagement et le soin que chacun apporte à la gestion de la coop. « On a un gros sentiment d’appartenance. Ici, tout le monde prend soin de tout; en hiver, les escaliers sont déneigés, chacun s’implique, car tout le monde est propriétaire. C’est quelque chose qu’on retrouve dans le logement social, cette implication et ce sentiment d’appartenance », conclut-elle.

Crédit photo : Simon Mauvieux

A propos Simon Mauvieux

Simon Mauvieux
Simon est diplômé de journalisme et étudiant à la maîtrise en science politique. Récemment installé dans le quartier, il se plait à explorer sa vie communautaire et politique. Passionné par le reportage et la photographie, il traine son carnet et son appareil au gré de l’actualité.

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