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D’église à bain turc : l’Église Très-Saint-Nom-de-Jésus vue autrement

Intérieur, Église TSNJ

Intérieur, Église TSNJ

Vous sortez des vestiaires, il fait chaud et humide autour de vous. L’eau est absolument splendide. En regardant dans les airs, vous admirez les fresques peinturées il y a presque cent ans, les colonnes qui semblent monter jusqu’aux cieux, les différentes teintes dorées et argentées qui vous entourent — quel magnifique paysage pour se baigner. Vous voilà à l’intérieur de ce qui fut jadis, l’Église Très-Saint-Nom-de-Jésus.

C’est ce que nous propose Emad Ghatas, candidat à la maîtrise en architecture à l’Université de Waterloo en Ontario. Emad est originaire de la région de Montréal et il est tombé amoureux avec l’église abandonnée à l’été 2010 alors qu’il animait une marche pour l’organisme Héritage Montréal intitulée « Maisonneuve : sa cathédrale et ses boulevards » — une visite guidée du quartier qui se terminait justement à l’Église Très-Saint-Nom-de-Jésus.

« À l’époque, et encore aujourd’hui, j’étais épaté de constater qu’une si grande église, occupant une place si importante dans le voisinage, soit fermée au public. Je ne pouvais croire qu’un tel joyau architectural soit laissé à l’abandon », mentionne l’aspirant architecte. « J’ai décidé de l’étudier dans le cadre d’une thèse architecturale, ce qui me permet d’investir du temps pour explorer des idées de réutilisation et de découvrir le potentiel que l’architecture des églises peut offrir dans un contexte sécularisé. »

Donc on transforme l’Église TSNJ en piscine géante? L’idée semble un peu loufoque, mais à y penser, c’est bien plus que ça. Ce qu’Emad suggère c’est la création d’un espace public – une piazza hochelagaise en sorte. « Je propose un bain public, inspiré des bains romains et turcs… », passer d’une église à un bain public, c’est un peu sauter du coq à l’âne j’ai l’impression, mais Emad m’explique : « [À Montréal], la mentalité actuelle en préservation architecturale est conservatrice. Il faut tout garder, tout conserver, tout restaurer. Cette stratégie est adéquate pour certains types de bâtiments, je ne pense pas qu’elle est applicable pour toutes les églises. »

« [Si] une église, fermée au culte, n’est plus utilisée en tant que Maison de Dieu, pourquoi la regarder encore comme étant une église? Il faut observer le bâtiment différemment et comprendre sa véritable vocation : un espace public qui abrite un rituel pratiqué à la fois de manière publique et privée. À l’époque, ce rituel consistait à célébrer la religion chrétienne. Aujourd’hui, avec le retrait de la religion, il s’agit de penser à un autre rituel qui célèbre une activité sécularisée. »

Tout le monde dans le bain alors…

L’Église TSNJ transformée en bain public ne serait donc pas une piscine communautaire, il s’agirait avant tout d’un lieu où nous pourrions nous rendre pour vivre une expérience en communauté – « [C’est] la célébration de l’action de se laver, via l’eau. En quelque sorte, c’est un rituel, qui est généralement pratiqué de manière individuelle, mais dont l’architecture de Très-Saint-Nom-de-Jésus  permettra également une expérience publique. »

Emad réussit donc à rappeler l’aspect communautaire du bâtiment religieux – celui qui, à une autre époque, accueillait les fidèles du quartier pendant les cérémonies religieuses, mais qui agissait aussi de plaque tournante pour la vie socioculturelle des résidents de la paroisse.

Les églises du Québec ferment leurs portes – ce n’est plus tellement une nouvelle en soi. Nous faisons face à un problème qui demeure sans réponse réelle pour l’instant : quoi faire avec nos églises? C’est bien la conversion en centres culturels ou en habitations, mais quelles sont les autres pistes de solutions? « J’ai eu la chance de débuter ma maîtrise à l’Université de Waterloo, par une session à Rome, en Italie. Dans la cité Éternelle, les conversions d’églises ne datent pas d’hier. J’ai vu des églises qui sont devenues des centres communautaires, des  salles de conférences et d’expositions, mais aussi des théâtres, une école d’arts visuels, des restaurants, un bar, un bureau d’architectes et un magasin de luxe. (…) l’important est de préserver l’aspect public du bâtiment. »

Justement, l’organisme « Le complexe Très-Saint-Nom-de-Jésus », suggère le projet La place de l’orgue – un projet axé sur l’orgue Casavant qu’on retrouve actuellement à l’intérieur de l’église. C’est sans contredire que le projet suggéré d’Emad et celui de l’organisme communautaire diffèrent grandement. « (…) je me concentre sur l’architecture, les espaces, la lumière, etc. J’emprunte une direction qui est très différente de celle qui est préférée : je retire l’orgue du bâtiment. » Dommage, je m’imaginais déjà en train de patauger dans l’eau avec un concerto d’orgue en arrière-plan. Emad m’a tout de même rassuré au sujet du projet La place de l’orgue – « [C’est] tout à fait faisable et viable. » Ça me rassure.

L’Église Très-Saint-Nom-de-Jésus demeure fermée depuis 2009 – depuis 2010 le bâtiment a même été déclaré dangereux. On la retrouve non seulement sur la liste des lieux patrimoniaux menacés d’Héritage Montréal, mais également dans la liste des 10 lieux menacés d’Héritage Canada

A propos de Jean-Pierre J. Godbout

Jean-Pierre J. Godbout
Ancien rédacteur en chef de QuartierHochelaga entre 2013 et 2014, Jean-Pierre prend un plaisir fou à découvrir les belles et bonnes choses qui l’entourent dans le quartier qu’il habite; Hochelaga-Maisonneuve. Franco-ontarien déraciné, il détient un baccalauréat en communication sociale de l’UQTR et travaille actuellement une maîtrise en administration publique. Il œuvre dans le domaine des relations publiques et des communications depuis près de 10 ans au sein d’institutions gouvernementales et communautaires.

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