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Délocalisations d’usines dans MHM : quel avenir pour les travailleurs?

Après les usines Viau (2001), Camco (2014) et Energizer (2014), c’est au tour de l’usine Mondelez d’avoir fermé ses portes dans l’arrondissement, le 27 février dernier. Une forte vague de mobilisation avait eu lieu à l’annonce de fermeture, fin 2016, puis plus rien. Peu d’actions ont été prises pour remédier à la situation.

« Ce qui a déçu les travailleurs, c’est qu’après décembre 2016, plus personne ne s’est intéressé à eux », constate le porte-parole syndical Pierre Grenier. Par ailleurs, aucun des ex-employés de l’usine de 454 employés n’a voulu commenter la situation, malgré les requêtes formulées. À l’heure actuelle, quelques-uns d’entre eux s’occupent toujours de démanteler les installations, alors que d’autres tentent de trouver un nouvel emploi, souvent ailleurs que dans l’arrondissement.

« La majorité des travailleurs et travailleuses ne restaient pas dans le quartier. Ce qui nous inquiète, c’est qu’ils et elles avaient un pouvoir d’achat, et que désormais l’argent ira ailleurs que dans nos commerces locaux », explique la députée d’Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier. Celle-ci déplore que le gouvernement n’ait pas suffisamment négocié avec la multinationale lorsque cette dernière a annoncé son départ. « Rien n’a été mis sur la table. Tant qu’on n’a pas essayé, on ne peut pas savoir si ça fonctionnera ou non », constate-t-elle.

Le candidat de Québec Solidaire (QS) dans Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, a affirmé à QuartierHochelaga.com qu’il aurait souhaité voir une étude de rentabilité sur l’usine qui fabrique entre autres des biscuits Oreo, et sa reprise comme coopérative avec l’aide de l’État si l’usine s’était avérée rentable. « Ça aurait été une solution. C’est ce qu’on avait annoncé, dès le lendemain, mais il n’y avait pas d’appétit pour ça, pas même au point de vue syndical », considère Carole Poirier.

Crédit photo: Ericka Muzzo

Agir en amont

L’idée de délocaliser la production – d’abord en Ontario dans le cas de Mondelez – afin de faire baisser les coûts de production n’est pas nouvelle. Le Québec demeure un maillon faible de la chaîne économique à ce niveau. « C’est trop facile au Québec de se vendre, de déménager son siège social ailleurs », estime l’économiste Pierre Fortin, et lorsque le siège social change de pays, la production ne tarde pas à suivre.

D’après le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), des mesures peuvent être prises par le gouvernement : rencontres préventives avec les entreprises, hausse des coûts de la délocalisation, remboursement obligatoire des prêts gouvernementaux accordés pour favoriser la création d’emplois. Un meilleur soutien des travailleurs et travailleuses limiterait aussi les conséquences. « L’amélioration de la protection sociale, des régimes d’assurance chômage et des régimes de retraite permettraient d’offrir aux travailleurs et travailleuses touché(e)s par les délocalisations un accès à des protections sociales satisfaisantes », rapporte une fiche rédigée par le CISO.

« On prône trois mesures : un programme de relance des entreprises, une aide financière pour le maintien des activités et des subventions aux entreprises », défend Carole Poirier. Celle-ci assure être régulièrement en contact avec l’usine de sucre Lantic, bien qu’elle n’ait pas su au moment de l’entrevue si Mondelez y achetait toujours son sucre, tel qu’affirmé à QuartierHochelaga.com en décembre 2016. 

La suite des choses

Plusieurs usines ayant fermé dans MHM se sont vues transformées en logements de types condos et communautaires, par le programme Accès Condos. C’est le cas de l’usine Viau, devenue La Biscuiterie, et de l’usine Hershey, aujourd’hui le projet La Confiserie. Ce pourrait aussi être le cas de l’usine Mondelez. « Elle pourrait être incluse dans le plan de l’Assomption. Initialement c’était un secteur industriel, mais maintenant il faudrait que l’entreprise démolisse et décontamine le terrain afin de le réhabiliter », estime Carole Poirier.

Le programme Accès Condos se veut « un outil efficace pour accéder à la propriété à Montréal », d’après le site web. Dans le cas de La Biscuiterie, 72 logements communautaires ont vu le jour, en plus des 182 condos.

En ce qui concerne les emplois, la députée Carole Poirier se dit surtout concernée par la situation des petites et moyennes entreprises (PME) dans l’arrondissement. « La clé du succès, c’est qu’elles réussissent à exporter [leur marchandise]. Le Parti Québécois propose de ne pas taxer les exportations, donc une baisse de taxes progressive. » Cela passerait notamment par la mise sur pied d’un organisme de concertation qui veillerait aux besoins locaux, sur le terrain.

À l’usine Mondelez, les panneaux ont été retirés et le stationnement est désormais vide. Les équipements seront mis aux enchères et personne ne sait encore ce qu’il adviendra du bâtiment. La délocalisation et les pertes d’emplois qu’elle engendre sont des phénomènes internationaux, mais les solutions, elles, devront vraisemblablement être à toutes les échelles.

 

 

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo
Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

4 Commentiares

  1. Sylvie bernier

    Les multiples nationales ce n’est que le profit qui les importent puisque nous avions de bon salaire nous n’étions plus rentable juste dans mon département nous avons passer de 17 employer à 3 et ce n’était pas assez encore

  2. Pierre Langlois

    Très bon article. Bien écrit, bien documenté et instructif. Ce qui me surprend, c’est la déclaration de la députée Mme. Poirier voulant que très peu d’ouvriers, dans une parmi les dernières usines encore en activité, habitaient Hochelaga-Maisonneuve. Et pourtant c’est au nom de la classe ouvrière, ou encore de la « culture ouvrière » de ce « quartier ouvrier » que sévissent les groupuscules du quartier. Par ailleurs, quand l’usine ferma, on parlait de salaires allant de 20$ l’heure à 25$ l’heure pour les ouvriers de production. Ce qui, convertit sur une base annuelle, va de 40,000$ à 50,000$, soit largement suffisant pour faire partie de la classe moyenne. Question pour les grands penseurs de la gentrification: Est-ce à dire que si ces ouvriers habitaient dans Hochelaga-Maisonneuve ils seraient considérés comme des « gentrificateurs », ou pire encore, comme des ennemis de la « classe ouvrière »? Tout cela est bien compliqué…

  3. Sylvie bernier

    Je ne crois pas que aucun employer aie voulu vous parler

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