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Embourgeoisement: et les pauvres dans tout ça ?

Chronique. J’ai tenté, par différentes interventions, notamment celle parue dans La Presse, ou celle parue dans QuartierHochelaga, d’humaniser un peu le débat entourant le développement de notre quartier. J’avais envie, dans le cadre de notre dossier sur la gentrification, d’alimenter encore une fois la réflexion.

Vandalisme et revitalisation

Certains soutiennent que les actes de vandalisme servent à mettre en avant les problématiques liées à la pauvreté, notamment la gentrification. De l’autre côté, le discours des autorités concernant la revitalisation du quartier laisse souvent entendre que le tout vise, du moins en partie, l’amélioration des conditions de vie des plus démunis. Une marée montante soulève tous les bateaux, comme disent nos voisins du sud.

Toutefois, j’ai souvent l’impression que, d’un côté comme de l’autre, on se fiche pas mal des principaux intéressés, ces gens du quartier qui vivent de l’aide sociale et qui en arrachent au quotidien. Je peux me tromper, mais entre les politicien-ne-s, les commerçant-e-s et les militant-e-s anarchistes, il ne semble pas y avoir un grand intérêt pour ce que pensent réellement ces gens. On paraît plus intéressé à mettre en avant un agenda politique, à tirer la couverte de son bord ou à définir ce dont auraient besoin ces gens, qu’à réellement les entendre.

 

La marée montante

Pensons d’abord à ces politicien-ne-s, certain-e-s déjà en politique avant même que je ne sois né, et qui affirment avoir des solutions novatrices pour « revitaliser » le quartier. Mais diantre, comment se fait-il que toutes ces belles propositions n’aient pas abouti au cours des 30 dernières années ? Et d’abord, est-ce bien ce que ces gens veulent, êtres revitalisés ? Est-ce que quelqu’un le leur a demandé ? Que la revitalisation du quartier fasse augmenter la valeur des propriétés, j’en suis conscient, que la construction de condos fasse grimper les revenus de la Ville, cela va sans dire, mais en quoi cela améliorera-t-il la vie de cette petite famille vivant de l’aide sociale et qui attend désespérément une place en HLM depuis cinq ans ? Au fond, il s’agit peut-être moins d’une marée montante que d’une houle incontrôlée saccageant des berges non protégées.

Des commerçant-e-s solidaires ?

On peut aussi penser à ces commerçant-e-s, « AUTHENTIQUES ET SOLIDAIRES », en majuscule s’il vous plaît, qui semblent plus facilement se solidariser avec leurs vitrines qu’avec la misère humaine dont ils sont entourés. Encore une fois, je suis conscient des efforts consentis par certain-e-s. Je sais qu’il n’est pas du rôle exclusif des commerçant-e-s de régler les problèmes de pauvreté ou de logement. Par contre, lorsque l’on s’arroge ainsi l’image de notre quartier, son histoire, effectivement solidaire et authentique, n’y a-t-il pas une obligation morale d’assumer le slogan ?

Enfant, ma famille et moi n’aurions jamais eu les moyens de manger dans la majorité des nouveaux restaurants du quartier. Nous n’aurions pas acheté de vêtements dispendieux dans de belles boutiques épurées. Est-ce à dire que tous ces commerçants devraient fermer boutique ? Certainement pas, mais ils doivent être conscient-e-s de leur impact sur le quartier et sur ses habitant-e-s, en particulier ceux et celles qui ne les visiteront jamais.

Casser des vitres… au nom des pauvres ?

Les militant-e-s anarchistes me reprocheront certainement cette « association ». Ceux-ci argueront notamment ne pas avoir le même pouvoir que leurs vis-à-vis. Ils n’ont certes pas ce pouvoir, mais ça ne les dispense pas d’une critique honnête et légitime de leur discours, de leurs actions et des conséquences qui en découlent.

Je ne souhaite pas tomber dans les clichés voulant que les mêmes personnes qui fracassent les vitrines de la boulangerie Arhoma ne sirotent que des bières de micro-brasserie est-allemande en feuilletant une réédition d’un bouquin de Gilles Deleuze acheté à la toute nouvelle librairie du quartier. On peut tout de même se demander combien de fois et avec quel résultat ils et elles ont fait du porte à porte dans les HLM du quartier pour inciter les résident-e-s à participer à leurs actions ? Combien d’Hochelagois-e-s, notamment parmi les plus anciens et les moins privilégiés, appuient leurs actions ?

Les critiques que portent ces anarchistes et le mouvement anti-gentrification dans son ensemble sont légitimes et pertinentes. Par contre, les changements sociaux ne se feront pas à 12 et ce n’est pas en prétendant parler au nom des pauvres, aussi juste cela puisse-t-il paraître, qu’ils convaincront qui que ce soit de la valeur de leurs propositions.

Et les pauvres dans tout ça ?

Au final, tous s’arrogent le droit de définir ce que les gens moins fortunés de notre quartier veulent, mais très peu s’y intéressent réellement. Tous prétendent avoir leurs intérêts à cœur sans jamais réellement leur demander ce qu’ils en pensent. Peut-être que si nous les écoutions un peu, ils sauraient nous surprendre.

Crédit photo: Samuel Lamoureux

A propos Sébastien Sinclair

Sébastien Sinclair

Bachelier et candidat à l’obtention d’une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal, Sébastien se passionne pour tout ce qui touche les questions politiques, sociales et économiques. Résidant d’Hochelaga depuis 2003, il s’y implique de diverses manières et continuera de le faire, notamment par sa collaboration à QuartierHochelaga.

3 Commentiares

  1. Belle réflexion, mais ce serait intéressant de faire un pas de plus et d’aller leur parler. Et puis je me demande, qui sont ces pauvres  »pauvres » qui n’ont pas de voix dans ce débat? Peut-être qu’il se sont déjà maintes fois exprimés, peut-être qu’on ne les écoute juste pas. Qui les côtoie et connait leur réalité? J’aurais tendance à dire le communautaire, mais pas que. Les organismes communautaires sont souvent assez actifs au niveau de la politique municipale. Sont-ils entendus ? Peut-être que oui, honnêtement je ne sais pas, je parle d’un point de vue extérieur. Par contre j’ai déjà travaillé dans le communautaire et au niveau municipal. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont un réel désir d’améliorer les choses. Mais évidemment, ce n’est pas si simple. Et on focus beaucoup sur les choses qui ne fonctionnent pas et peu sur les petites victoires remportées et les bons coups.

  2. George Laraque

    Ya aussi les militant.e.s du comité BAILS, des gens précaires, ancrés dans le quartier et en colère, que vous faites par exprès de laisser en dehors de votre dichtomie à 2 cennes.

    Commencer une phrase par je ne veut pas faire un cliché mais … revient à faire un cliché.

    Peut être qu’il y en a des anarchistes pauvres? Pis d’habitude, les anarchistes, ca trippe pas trop à représenter des gens, même les opprimés. Ca c’est le rôle des politiciens.

    Pis faites pas des accroires aux gens avec votre « marée montante » ou « trickle down effect ». C’est un argument pourri du néolibéralisme qui a créé de la misère partout aux États-Unis dans les 40 dernières années.

    Pis toé, tu parles avec des pauvres? Au lieu d’accuser les autres de pas le faire, bouge toi un peu.

  3. Vous écrivez souvent comme ça en québécois phonétique? Personne ne le fait sauf pour Michel Tremblay (qui le fait exprès) et les faux prolos qui n’ont jamais mis les pieds dans une usine de leur vie et qui caricaturent (et méprisent par le fait-même) ce qu’ils imaginent être la classe ouvrière. Parlant du BAILS, j’ai appris récemment que leur pittoresque et coloré ex-coordinateur s’est trouvé une planque très confortbale comme agent d’information à la CSN. Étant donné que les salaires y sont alignés sur ceux de la fonction publique du Québec, on parle de proche de 50,000$ à l’embauche et 75-80,000$ au sommet de l’échelle salariale. Pour la précarité on repassera George (avec un s?).

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