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Juin 1932 : 30 victimes dans l’explosion du Cymbeline

Dans la nuit du 16 au 17 juin 1932, de nombreux résidents du quartier furent réveillés par deux puissantes explosions à la Canadian Vickers, section Viauville.

Le navire Cymbeline était amarré à la cale sèche Duke of Connaught de la Canadian Vickers. Ce navire, transportant du pétrole et parti de Port Arthur au Texas, s’était échoué à l’île d’Anticosti. Les ouvriers du quart de nuit de la Vickers, constitué d’environ 70 personnes, s’affairaient à réparer les avaries sur le pont et la soute. Une équipe de soudeurs chauffait des rivets et des plaques d’acier. Une première explosion se produisit à 3h55, probablement causée par une étincelle. Tous les ouvriers travaillant dans la cale sèche perdirent la vie tandis que ceux installés sur le pont furent projetés sur une distance approximative de 60 pieds.

L’intervention des pompiers de Montréal, dirigés par le chef du Service des incendies de Montréal Raoul Gauthier, fut rapide. Celui-ci voulut d’abord s’assurer qu’il ne restait aucune trace de carburant dans la soute. C’est alors, à 4h30, qu’une seconde explosion se produisit encore plus puissante que la premièrere. Elle projeta le chef Gauthier, deux pompiers et de nombreux employés de la Vickers dans un bassin d’eau. Une partie de la cale sèche fut propulsée 100 pieds plus loin. Un pompier, en train d’arroser depuis le pont, fut électrocuté.

Plus la nuit avançait, plus la foule était importante. Parmi ces personnes, des membres de la famille des ouvriers de la Vickers venus s’informer de leurs proches. Plusieurs d’entre eux apprendront la fatidique nouvelle du décès d’un des leurs.

Il fallut 14 heures pour éteindre le brasier. L’explosion fit 30 victimes : quatre pompiers, dont le chef Raoul Gauthier et trois pompiers d’Hochelaga-Maisonneuve (Napoléon Henrichon, Lucien Hamelin et Louis de Brienne) et 26 ouvriers de la Vickers. Trente-cinq personnes furent blessées, plusieurs étant gravement brulées. Près de la moitié des victimes civiles provenait du quartier.

Plusieurs jours furent nécessaires pour retrouver tous les corps des personnes disparues. Le corps du chef Gauthier ne fut retrouvé que le matin du 21 juin. Le frère André, ami intime du chef Gauthier, s’était rendu sur place la veille de la découverte du corps : il avait prié et lancé des médailles dans l’eau du bassin. La rumeur veut que ce soit à cet endroit qu’on découvrit le cadavre, le lendemain.

Les pompiers décédés furent exposés en chapelle ardente le 21 juin aux quartiers généraux du Services des incendies. Des dizaines de milliers de personnes défilèrent devant les dépouilles. Les obsèques eurent lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde devant 75 000 personnes, selon les estimations des journaux.

Il est assez ironique de penser que le matin du 16 juin, le chef Gauthier présidait la cérémonie annuelle d’hommage aux pompiers morts en devoir au Cimetière Côte-des-Neiges.

Le mois prochain, pour célébrer la réouverture de l’École Baril, nous parlerons du Dr. Georges Baril dont l’école porte le nom.

Crédit photo : Archives de la ville de Montréal

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1978, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

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