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Gentrification : de la parole aux actes !

En assistant la semaine dernière à un évènement organisé conjointement par QuartierHochelaga.com et la revue L’Esprit Libre portant sur le phénomène de la gentrification, j’ai tenté de me remémorer l’ensemble des évènements, activités, tables rondes, colloques, panels, discussions, assises, et j’en passe, auxquels j’avais participé depuis quelques années. J’en suis venu à la conclusion que le temps de la discussion était depuis longtemps dépassé.

Parole, parole, parole…

Loin de moi l’idée de critiquer l’initiative de QuartierHochelaga.com visant à promouvoir la participation citoyenne et la recherche collective de solutions aux problèmes et enjeux que soulèvent les changements dans le quartier. Toutes les initiatives émanant des mouvements sociaux, des groupes communautaires et de la société civile doivent toujours être soulignées positivement.

Par contre, et c’est là où le bât blesse, cela fait plus de dix ans qu’on parle de gentrification à Hochelaga et je n’ai pas l’impression qu’une seule initiative concrète et structurante n’a été mise en place. On en parle, on fait des colloques, des assises, des tables rondes, des évènements partisans, militants, scientifiques, on organise des panels et des débats, on met sur pied des comités synergiques, on parle, on parle, on parle, mais on ne fait rien !

Il ne s’agit pourtant pas d’alchimie. Les transformations sont visibles au quotidien et il ne faut pas être un sorcier par une nuit de pleine lune sans étoile avec à la main une rune magique pour être en mesure de les observer. Il suffit de se promener dans le quartier à l’approche du premier juillet, fête nationale du déménagement, pour constater que les logements locatifs se sont métamorphosés en condos.

Passer de la parole aux actes

Il ne faut pas non plus être le crayon le plus aiguisé du coffre à crayons pour s’apercevoir que ce qu’il manque, ce ne sont pas les solutions ; c’est la conviction de devoir les réaliser. Je ne parle pas ici de solutions radicales et révolutionnaires, mais bien de réformes simples, faisables et tout ce qu’il y a de plus politiquement correcte. On peut penser à un registre obligatoire des baux, qu’on pourrait implanter au niveau local en attendant que Québec se sorte les doigts du nez. La création d’une fiducie foncière communautaire permettant l’achat et la gestion de terrains et d’habitations à des fins autres que l’enrichissement individuel, l’obligation d’inclure une portion significative de logement social dans tout nouveau projet de développement résidentiel et l’application du moratoire sur l’interdiction de transformer le parc locatif en condos sont autant de solutions simples, faisables et dont les résultats se feraient sentir rapidement. Comprenez-moi bien, aucune de ces options n’est parfaite, mais personne n’exige la perfection.

Pourquoi, alors que l’on sait ce qu’il est possible de faire depuis des années, ceux et celles qui contrôlent l’agenda politique persistent à vouloir parler plutôt que d’agir ? Est-ce parce que la situation présente leur convient ? Si c’est le cas, plutôt que de nous faire perdre notre temps en palabre, qu’ils le disent une bonne fois pour toutes, nous en tirerons tous les conclusions qui s’imposent. Mais, de grâce, cessons cette hypocrisie !

A propos Sébastien Sinclair

Sébastien Sinclair
Bachelier et candidat à l’obtention d’une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal, Sébastien se passionne pour tout ce qui touche les questions politiques, sociales et économiques. Résidant d’Hochelaga depuis 2003, il s’y implique de diverses manières et continuera de le faire, notamment par sa collaboration à QuartierHochelaga.

2 Commentiares

  1. Pierre Laberge

    J’aime bien votre titre qui à mon avis reflète fidèlement les 2 mots-clés qui caractérisent tout ce remue-ménage sur la gentrification. Polémique, parce qu’un groupe d’activistes bien visible s’évertue sans trop de succès depuis 10 ans à faire de la « gentrification » le fer de lance d’une opération de mobilisation citoyenne beaucoup plus radicale et globale, et politique parce que nos élus, croyant sentir la vague, sont tous montés dans le train pour montrer qu’ils prenaient le problème au sérieux, question de garder leur siège aux élections toutes proches.

    Je suis plutôt en accord avec les mesures que vous proposez pour éviter qu’une spéculation immobilière à outrance se développe dans le quartier. Par contre, je trouve votre analyse un peu courte en ce qui a trait à la situation actuelle. Je vous rappelle pour mémoire une analyse de l’INRS commandée par l’arondissement qui a été publiée en juin 2016, et qui trace un portrait très précis et bien documenté sur la conversion de logements locatifs en condos. Permettez-moi de vous en citer quelques chiffres:

    Sur un total actuel de 27 200 unités de logement disponibles dans le quartier, il y a eu entre 2002 et 2014 (malheureusement, les chiffres de 2015 n’étaient pas disponibles au moment de la recherche) 1 662 conversions du locatif vers la propriété, avec une pointe entre 2002 et 2010, et un ralentissement par la suite jusqu’en 2014. Rien ne permet d’affirmer que la tendance s’est accélérée depuis, les dérogations à au règlement interdisant la conversion étant de plus en plus difficiles à obtenir. Bien sûr, ces chiffres ne tiennent pas compte des usines transformées en immeubles locatifs ou de condos, puisqu’il s’agit là de nouvelles unités, et non d’une perte de logements.

    Je vous ferai grâce de tous les autres chiffres et mode de calcul, pour ne citer que la conclusion de l’étude sur la perte de logements:
    « Au total, pour toutes copropriétés confondues (divise ou indivise avec propriétaires multioccupants), on estime que 835 logements peuvent être considérés comme soustraits à la location. »
    Je ne doute pas de la justesse de vos observations au cours d’une promenade du premier juillet sur la rue Bennett ou Davidson, mais je crois que ces chiffres sont quand même plus précis. Notons aussi que toujours pendant cette période, il y a eu 1 722 unités de logement à prix modiques qui ont été construits dans le quartier. La reprise de la construction de logements à loyers modiques est certes souhaitable, mais on est loin de l’apocalypse!

    Je ne souhaite pas reprendre tous les éléments de ce débat qui semble ne jamais vouloir finir, mais je constate que malgré tous ces feux de boucane, l’évolution actuelle du quartier semble faire consensus, et est appuyée par une très grande majorité des résidents du quartier, anciens et nouveaux, et ce dans toutes les classes sociales qui y cohabitent. La gentrification doit être envisagée, au premier chef, comme un changement populationnel, et nul doute que c’est ce qui se passe ici, comme ailleurs à Rosemont ou Villeray, où on en parle beaucoup moins. Il est clair qu’il y a dans Hochelaga-Maisonneuve un élargissement de la mixité, dans les classes sociales sans doute, mais aussi dans la composition ethnique, linguistique et générationnelle. On retrouve maintenant par exemple de plus en plus de jeunes anglophones, des personnes des minorités visibles, des jeunes familles, bref une diversité de plus en plus large et ouverte comme dans cette ville qui s’appelle Montréal et dont nous faisons partie.Est-ce que ce phénomène produit des effets, certains positifs et d’autres négatifs? Sans doute, comme toute transformation sociale. Prendre des mesures d’atténuation pour s’assurer que les effets soient plutôt de la première que de la deuxième catégorie, absolument. Mais de grâce, cessons de crier au loup et regardons le quartier grandir, se développer, changer, puisqu’il est plus vivant que jamais.

  2. Richard Letendre

    Je suis déçu. Voilà le vrai mot déçu par la qualité du reportage et du populisme et de M. Sinclair.

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