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Hochelaga en 1825, un territoire majoritairement anglophone!

En 1825, le futur maire de Montréal, Jacques Viger, effectue un dénombrement de toute l’île de Montréal. À ce moment, le territoire de l’extérieur de la cité de Montréal est divisé en côtes. Le territoire d’Hochelaga correspond à la Côte Sainte-Marie, et celui de Maisonneuve à la Côte Saint-Martin. Précisons qu’Hochelaga, à l’époque, allait de l’actuelle rue Valois jusqu’à la rue Iberville.

Les résultats du dénombrement sont assez surprenants : 72,6% de la population de la Côte Sainte-Marie est anglophone (257/354 personnes) tandis que 33% (46/139) des résidents Côte Saint-Martin parlent la langue de Shakespeare. Il faut dire qu’à partir de 1815, nous assistons à une immigration massive de Britanniques (Anglais, Écossais et surtout Irlandais). Lors du dénombrement de 1781, un seul anglophone possédait une terre à Hochelaga, ce qui signifie que plusieurs Canadiens français ont vendu leurs terres à des anglophones au tournant du 19e siècle.

Jacques Viger, auteur du dénombrement de 1825 et premier maire de Montréal en 1833; Source: Archives de la ville de Montréal.

Nous trouvons des fermiers, des artisans, mais aussi quelques marchands et aubergistes. La communauté anglophone commence à s’organiser : une école anglaise existe déjà à Maisonneuve. Pour le culte, les Anglais fréquentent l’église anglicane Christ Church dans le Vieux-Montréal. Beaucoup d’Écossais sont presbytériens : leurs églises se trouvent également dans le Vieux-Montréal. Quant aux Irlandais, souvent catholiques, ils font baptiser leurs enfants à Notre-Dame de Montréal comme Saint-Patrick n’existe pas encore.

Avec le temps, se développeront deux pôles linguistiques dans Hochelaga : un pôle anglophone autour de la rue Marlborough (aujourd’hui Alphonse-D.-Roy) et un pôle francophone autour de la rue Dézéry. Nous avons parlé dans un précédent article du développement du Square Dézéry.

Le fermier Herman Seaver va donner le terrain nécessaire sur la rue Marlborough pour la construction de la première église anglicane en 1828 (déménagée plus tard sur la rue Préfontaine) et de l’école protestante. Plus tard s’installeront un bain public et un bureau de poste. Au bout de la rue Marlborough, il y a un quai et petit chantier naval. D’ailleurs, Viger indique que deux charpentiers de navire ont trois bateaux en chantier. Un marchand, Oliver Wait, possède un horse boat, traversier dont la roue à aubes est mue par des chevaux. Ce traversier relie Hochelaga à Longueuil. Un autre quai, au bout de la rue Iberville, relie aussi Longueuil par un bateau à vapeur.

Le Chemin du Roy, qui passait au sud de l’actuelle rue Notre-Dame, est dans un état lamentable. Trois marchands anglophones vont d’ailleurs faire une pétition en 1828 à la chambre du Bas-Canada pour réclamer un chemin à barrières, ancêtre des postes de péage, pour financer l’entretien et la construction de routes plus carrossables.

Il est intéressant de noter que certains marchands résident à Hochelaga, mais ont leur place de commerce dans le Vieux-Montréal. C’est le cas d’Amasa Gilbert, tavernier. Pierre-Amable Dézéry, arpenteur, est dans une situation semblable. Ses contrats sont à majorité au centre-ville.

Plusieurs habitants d’Hochelaga sont également dans les milices. D’autres sont grands jurés (affaires criminelles) et petits jurés (affaires civiles). Ce sont majoritairement des anglophones.

Les descendants de ces anglophones seront nombreux à participer à la vie démocratique d’Hochelaga (1870-1883) et de Maisonneuve (1883-1918) comme maires, conseillers et fonctionnaires.

Le mois prochain, nous parlerons de l’explosion du Cymbeline à la Vickers en 1932.

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1979, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

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