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Hochelaga, mon quartier

Opinion- Mon amour pour toi est sans limite et mon cœur bat la chamade tellement je suis en colère. Je me sens rejetée, à tort, par une partie de mon propre quartier. Je n’ose même pas imaginer comment ceux qui t’ont pris en adoption s’y sente en ce moment.

Hochelaga, ton parc Morgan m’a vu jouer dans ton carré de sable pis me casser le nez sur une balançoire. J’en ai mangé des coups dans ce parc-là… Pis j’me suis faite des sous avec mon frère en faisant les poubelles pour changer les cannettes au dépanneur, à 8 h. On pouvait s’acheter des bonbons. T’en souviens-tu comme j’avais honte de magasiner au Village des Valeurs à 10 ans ? À c’t’heure, j’achète dans les friperies parce que c’est dans mes valeurs.

J’t’ais révoltée à 14 ans, j’t’ais écoeurée de m’faire suivre pis accoster par les chars sur Sainte-Cath. Non, j’pas une pute. Fuck you. Avant, pis après l’école, depuis l’école primaire. Ça arrive encore. Le quartier est bien connu des touristes et des banlieusards pour ça. Je serais donc fière qu’il le soit pour autre chose aussi !

J’t’ais aussi déprimée à 14 ans. Je voyais que mon quartier était triste. Était pauvre. Comme moi, comme nous. Je rêvais d’un café artistique, d’exposition dans les vitrines, de lieux de spectacle autres que le théâtre. Je rêvais de festivités, de couleurs et que les espaces soient habités par d’autre monde que les chercheurs de putes en voiture, pis que les buveurs de bière sur les bancs de parc. Je rêvais de ressentir la beauté, la vie et l’éclosion de diversité.

Hochelaga, je t’ai quitté et, à mon retour, tu avais changé. Tu es devenu tout ce dont j’avais rêvé.

À mon grand désarroi, y a du monde tellement fâché contre cette diversité, au nom de la pauvreté, qu’ils ont décidé de la démolir, sans égard aux valeurs de ses créateurs. J’ai appris à sortir de la pauvreté; de ma pauvreté. J’ai mis en place tout c’que j’pouvais pour réaliser mes rêves pis m’offrir des choix à la hauteur de mes attentes, de mes aspirations et de mes valeurs. Je n’ai plus envie d’avoir peur, encore, dans mon quartier.

Comment leur faire comprendre que cette violence ne mène nulle part et encourage la pauvreté d’esprit ? Comment sortir de ce dialogue de sourds ? Je sais que nous pouvons tous nous exprimer et trouver des solutions constructives qui répondront aux besoins de chacun.

Parce que dans l’fond, Hochelaga, t’es le quartier de tous. Pas juste le mien. Je t’aime.

A propos Véronique Morissette

Véronique Morissette

Native de Montréal, Véronique réside Hochelaga-Maisonneuve depuis 1986. Elle travaille au sein d’un organisme communautaire du quartier et elle a une profonde attirance pour la relation d’aide, l’accompagnement des personnes vers leur mieux-être et la communication. La croissance personnelle, la spiritualité et le dépassement de soi font partis de ses intérêts majeurs. Elle pense que le quartier et les gens qui l’habite méritent qu’on valorise leur potentiel et qu’on fasse rayonner leur richesse.

2 Commentiares

  1. Parce qu’arrêter de se faire suivre en char par des dudes pour du sexe passe par l’arrivée des magasins pas abordables?! Se sentir plus en sécurité dans son quartier, ça passe par plus d’éducation dès la petite enfance, plus de services communautaires et gratuits pour la famille, des conditions de vies respectables pour toutes et tous, plus de soutien psycho-social et un meilleur aménagement de la ville, portée sur les citoyens et non sur les businessmans et les adeptes du profit !

    Aussi, j’aimerais bien entendre parler de mixité sociale à Westmount par exemple, j’aimerais bien qu’on amène des pauvres chez riches pour une fois au lieu que ça soit toujours le contraire ! La mixité sociale ce n’est pas juste une question de mixité économique.

  2. Richard Letendre

    S.,
    Véronique a raison, les gens et le quartier méritent d’être valorisés. Revendiquer c’est oui, mais violenter c’est non!
    Tu vois, je suis un p’tit cul qui réussi bien dans la vie et qui a adopté Hochelaga comme milieu de vie. Je crois à la mixité, au partage, et au travail. Il faut encourager d’autres employeurs comme la Fédération Desjardins à venir s’installer dans notre quartier. Il faut acheter local chez des entrepreneurs qui travaillent comme des forçâts pour nous. Il le faut car après tout, les bons emplois se trouve rarement dans des quartiers dits pauvres ou violent.
    Mais il faut croire que ce concept t’échappe totalement.
    Richard Letendre

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