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Hochelaga, prochain Plateau-Mont-Royal ?

« Le Plateau n’a jamais été un quartier ouvrier comme Saint-Henri ou Hochelaga-Maisonneuve l’ont été », tranche le professeur émérite au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Jean-Claude Robert. Ce dernier précise que le Plateau, même à l’époque, connaissait un mélange d’ouvriers qualifiés de manœuvre, d’employés de commerce ou de gens qui étaient commis de bureau, par exemple. Le type de population y était différent, « ce n’était pas aussi pauvre qu’en bas de la rue Sherbrooke », précise-t-il.

Si les médias ont souvent comparé la situation d’embourgeoisement dans Hochelaga-Maisonneuve à celle du Plateau à l’époque, et même si plusieurs articles semblent insister sur cette analogie (http://bit.ly/2lTODfJ), qu’en est-il réellement ?

Le contexte de gentrification sur le Plateau a été très différent de ce qui se passe présentement dans Hochelaga-Maisonneuve. Le Plateau a connu un temps où il y avait une très grande mixité sociale et ce n’est que « dans les années 50-60, avec l’essor de la banlieue, que beaucoup de gens plus mobiles et avec de meilleurs revenus ont quitté le Plateau, créant un appauvrissement du quartier » explique l’historien.

Il faudra attendre les années 70 pour qu’il y ait « un retour du balancier », c’est-à-dire une recrudescence de résidents plus fortunés. Un des points tournants de cet embourgeoisement selon Jean-Claude Robert : la fondation de l’UQAM et l’arrivée d’une population plus intellectuelle. « On peut facilement voir que le développement de l’enseignement supérieur a eu un effet sur le quartier [Plateau] », ajoute-t-il.

Des ressemblances demeurent

S’il y a des différences bien marquées entre le contexte dans lequel se situe la gentrification du Plateau et celle d’Hochelaga-Maisonneuve, certains aspects se ressemblent. L’augmentation du prix des logements autant sur le Plateau qu’à Hochelaga est un des premiers effets « gentrifiants », aussi bien que l’accroissement du nombre de condominiums « qui poussent comme des champignons », précise le doctorant en histoire à l’Université Concordia, Fred Burrill. « Si les pouvoirs publics ne réagissent pas avec un appui au logement social, on s’en va vers un problème social. Il faut vraiment qu’on s’en préoccupe, pour ne pas expulser tout le monde », averti le professeur Jean-Claude Robert.

De son côté, Fred Burrill expliquait, lors d’un colloque sur la gentrification à l’UQAM en mars dernier, que « c’est une expérience déchirante et aliénante que de voir son quartier dépossédé et de voir s’effriter le sentiment d’appartenance que l’on avait pour lui », et ce peu importe quel est le quartier.

Et les commerces ?

L’avenue Mont-Royal n’est plus ce qu’elle était dans les années 50. Le professeur Jean-Claude Robert raconte qu’à l’époque, on y aurait trouvé « un chapelet de tavernes d’est en ouest, ainsi que des magasins d’alimentation. » On y retrouve maintenant de nombreuses grandes chaînes ou des commerces plus « haut de gamme ». Du côté d’Hochelaga-Maisonneuve, si les grandes chaînes sont moins présentes, aucune mesure ne pourrait les empêcher d’y prendre place. « On ne se braque pas contre des commerçants qui voudraient s’ouvrir dans le quartier. Nous ne jugeons pas qui est bon, qui ne l’est pas. Nous ne sommes pas là pour décider qui va être là ou pas, mais dans notre créneau, on essaie de favoriser les plus petits entrepreneurs », explique le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Hochelaga-Maisonneuve, Jimmy Vigneux.

Le changement dans l’offre commerciale est un autre phénomène qui déplace les populations, selon M. Robert. Fred Burrill rappelle quant à lui que « la gentrification ne transforme pas seulement l’offre commerciale et le cadre bâti, mais aussi les relations entre les gens » et c’est peut-être un des aspects qui se répètent dans chaque quartier que la gentrification frappe, que ce soit ici ou ailleurs dans le monde.

Si plusieurs analogies peuvent être faites entre le Plateau et Hochelaga-Maisonneuve, reste que certaines particularités ne s’appliquent qu’au cas du Plateau. « La montée de tout ce qui est lié à l’industrie informatique a aussi joué un rôle ainsi que la concentration de l’immigration française depuis une quinzaine d’années », conclut le professeur.

Crédit photo : Simon Mauvieux

A propos Raphaëlle Ritchot

Raphaëlle Ritchot

Raphaëlle est étudiante en journalisme à l’UQAM, fraîchement revenue d’un séjour en Suède où elle y a étudié les études du genre. Elle vient de s’installer tout près d’Hochelaga-Maisonneuve, un quartier qu’elle ne peut attendre de mieux connaître.

4 Commentiares

  1. Pierre Langlois

    Je suis sceptique devant l’affirmation de l’historien Robert selon laquelle Hochelaga-Maisonneuve était un quartier pauvre comparativement au Plateau. Ce n’est pas ce que j’ai entendu des anciens résidents qui ont habité le quartier avant son déclin. Et, au-delà des impressions, ce n’est pas non plus ce qu’indique une carte du service d’urbanisme de la ville de Montréal (datant des années 1930) qu’a publiée le journal Métro en 2016. Le quartier est classé zone 3 (travailleurs qualifiés) comme Verdun et le Plateau. La zone 4 (non qualifiés) correspond plutôt à St-Henri, Pointe St-Charles et le Centre-Sud.

    http://journalmetro.com/actualites/montreal/899241/la-segregation-a-montreal-de-ghettos-a-condos/

  2. Pierre Langlois

    En passant, l’auteure de cet article omet de mentionner (volontairement?) que Fred Burrill, présenté comme un doctorant en histoire, est surtout connu comme étant le porte-parole du POPIR, l’antenne locale du FRAPRU dans le Sud-Ouest. C’est aussi un individu douteux qui cultive l’ambiguïté vis-à-vis la violence urbaine (en autant qu’elle soit perpétrée au nom de son idéologie indigeste). Bref, on aimerait voir, à défaut d’un débat équilibré, un peu plus de rigueur (ce n’est quand même pas détail anodin n’est-ce pas?). Pour plus d’infos sur Burrill et la situation dans le Sud-Ouest, voir le lien suivant (c’est en anglais mais c’est surtout une formidable déconstruction de tout ce discours délirant)

    http://cultmontreal.com/2016/06/anti-gentrification-st-henri/

    • Raphaëlle Ritchot

      Bonjour M.Langlois,

      Je suis l’auteure de cet article. Non, je n’omets pas de mentionner volontairement le poste de Fred Burrill. J’ai croisé ce dernier dans le cadre d’un colloque sur la gentrification où il était présenté comme doctorant en histoire. Vous le qualifiez d’individu douteux, reste qu’il a bel et bien étudié la gentrification et ses recherches étaient le sujet qu’il abordait lors de cet évènement.

      En regardant le site web du comité de logement POPIR, je ne vois aucunement le nom de ce dernier dans leur équipe, je n’étais pas au courant. Il y était surement impliqué au moment où l’article que vous mentionnez a été publié en juin 2016, mais ce n’est visiblement plus le cas, puisqu’une porte-parole du comité POPIR était aussi présente à ce même colloque.

      J’espère que ces précisions vous éclaire.
      Merci.

      • Pierre Langlois

        Bonjour Mme. Ritchot,

        Merci d’avoir pris la peine de me répondre: je conviens que F. Burrill n’est pas un nom qui sonne beaucoup de cloches dans les chaumières du Québec. Mais vous comprendrez que le lecteur que je suis prends avec un gros grain de sel son propos quand il tient compte de son passé récent: où s’arrête le militant et où commence l’observateur impartial?

        Par ailleurs (et là je m’adresse à la rédaction et non pas à vous personnellement) on serait moins soupçonneux si votre dossier était plus équilibré. Je ne suis pas journaliste, ni même étudié dans le domaine, mais il me semble qu’un des principes de base du journalisme dans une société démocratique est de présenter les deux côtés de chaque débat pour que le lecteur puisse se faire sa propre idée; sinon ça devient de la propagande. Or, au cas où cela vous aurait échappé, le discours des militants anti-gentrification est loin de faire l’unanimité.

        Les «experts» que vous citez sont tous d’accord pour dire que le quartier est en voie de perdre son âme parce qu’il est en proie à une spéculation foncière éhontée et qu’il est envahi par des «bobos» qui chassent les «résidents de longue date». Pourtant, je peux vous nommer trois des urbanistes qui sont probablement les plus renommés au Québec et qui ont tous, un jour ou l’autre, dénoncés l’imposture et la démagogie du discours anti-gentrification dans Hochelaga-Maisonneuve: Gérard Beaudet, Daniel Gill et Paul Lewis. Et qu’en est-il de la Table de Concertation? Leur position est la suivante (et corrigez-moi si je me trompe): non aux forces du marché sans entraves et non aussi à ceux qui voudraient faire du quartier un ghetto de pauvreté.

        Et pour en finir avec le concept de la spéculation éhontée: lors de la publication du dernier rôle d’évaluation foncière on apprenait que la valeur des immeubles de l’arrondissement a progressé de 6,1% au cours des trois dernières années (contre 6,2% en moyenne à Montréal). Lors du rôle précédent c’était 16,5% contre 19,7% à Montréal. On voit mal où est la gentrification (qui implique un rattrapage vers la moyenne).

        Pierre Langlois

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