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Olympisme académique

Charlemagne a fondé l’école au VIIIe siècle afin d’éduquer ses sujets pour qu’ils puissent eux-mêmes trouver des remèdes à leur misère. La première université en Europe a été fondée à Bologne au XIe siècle. Au XIIe siècle, le monde universitaire a fait le choix de promouvoir les arts de l’intelligence cognitive plutôt que les habiletés manuelles.

NageurAcademiqueLe modèle olympique moderne est-il adapté à ce modèle de progrès humain ? Le modèle olympique actuel est-il un modèle désuet?Malcolm Gladwell (Les prodiges, Éditions Transcontinental) a, en 2009, approfondi une thèse très intéressante sur les talents exceptionnels, semblant parfois prématuré, de certains individus et groupes. Il a entre autres étudié le parcours de Bill Gates, Steve Jobs et les Beatles. En examinant plusieurs modèles, il a fait valoir que le talent n’est pas un don improbable, mais bien le résultat d’au moins 10 000 heures de concentration, d’encouragements facilitateurs, de conditions gagnantes et de passion, étalés sur une dizaine d’années.

Lorsqu’il s’agit des athlètes olympiques ou d’un sport professionnel d’équipe, nous respectons plus ou moins consciemment, du moins implicitement, cette règle. Les meilleurs sujets bénéficient d’un entraîneur attitré.

Lorsqu’il s’agit d’activité physique, nous obtenons de nos jours des performances qui auraient été impensables à l’époque des Grecs. Alors qu’il nous semble n’y avoir rien de plus naturel que marcher et courir, le premier homme à couvrir la distance d’un marathon, un soldat du nom de Philippidès, est mort d’épuisement à la fin de la course. Aujourd’hui, pépé court le marathon pratiquement en souriant.

Ce qui est bon pour l’athlétisme et le sport professionnel devrait aussi être une recette gagnante pour l’éducation. Elle l’est en pédiatrie sociale comme l’est la pratique de l’admirable docteur Julien.

J’ai enseigné au secondaire. Les élèves entre eux qualifient l’école secondaire de B.S. C’est tout dire de leur incitation à apprendre ce que cette école leur enseigne. Ils se sentent laissés-pour-compte, abandonnés à leur sort. Les classes du secteur d’enseignement régulier sont formées de 34 élèves dont près de 25 % sont dits émotivement désorganisés. L’enseignant ne dispose que d’une minute et demie d’attention personnalisée par élève.

Il y a deux fois trop d’élèves par classe. Tenant compte de la complexité de ce qui est enseigné, il devrait y avoir deux enseignants par groupe d’élèves. Au moins un enseignant et un assistant pédagogique et technique. Il est très difficile d’exiger de trente-quatre adolescents et adolescentes de se concentrer après avoir couru d’un bout à l’autre de l’école, d’un étage à l’autre, dans des corridors bondés, alors qu’ils savent qu’ils devront recommencer le même manège une heure plus tard.

L’école secondaire est un marathon continuel pour les élèves, dans des conditions qui seraient impensables en athlétisme ou en sport professionnel. En toute apparence, est-ce une épreuve pour voir lesquels s’en sortiront le mieux ? Une manière darwinienne de sélectionner les plus forts sur le tas ?

Il serait temps de comprendre la vraie nature de la société du savoir que nous avons mise sur pied depuis le XIIe siècle. Mesurer les difficultés insurmontables auxquelles notre monde soumet nos enfants, pourtant le résultat de millions d’années d’évolution naturelle. Chacun d’eux est descendant de milliers de générations s’étant adaptées avec succès à un environnement naturel indifférent, et ils peineraient à s’adapter à l’environnement humain ?

Nous savons que nous n’avons subi aucune mutation génétique depuis des milliers d’années. Ce n’est pas une raison pour maintenir les comportements hérités de l’antiquité. Ce qui était approprié du temps des Grecs ne l’est peut-être plus aujourd’hui. Qu’y a-t-il de moins naturel que la lecture, l’écriture et l’algèbre ? Il serait temps de le prendre en considération. Même si cela ne fait pas planter des drapeaux sur des podiums, il faudrait peut-être s’occuper de chacun des enfants à l’école comme on le fait des jeunes athlètes dont on espère qu’ils deviendront les meilleurs de tous.

Quels parent, entraîneur ou société s’attend à ce qu’un jeune athlète soit tout à la fois le meilleur en natation, le plus rapide à la course, le plus puissant aux haltères, le plus agile aux anneaux et le plus époustouflant au cheval d’arçon ?

La polymathie est tellement rare qu’elle n’est attribuée qu’à quelques personnages historiques. Cela fait plus de trente ans qu’Howard Gardner a découvert qu’il y aurait huit types d’intelligences.

Pourtant lorsqu’il s’agit des matières académiques aucune découverte récente ne compte autant qu’en athlétisme.

Sommes-nous réellement une société du savoir ? Serait-il temps d’intégrer arts cognitifs et arts manuels ? Faudrait-il qu’il y ait des olympiades académiques internationales ?

A propos Léopol Bourjoi

Pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, Bourjoi est l’ouvrier artiste. Il a depuis 1968, à 18 ans, présenté ses œuvres dans plus de 80 expositions solos et de groupe à Montréal, Laval, Québec, Labrador City et Washington. Durant un quart de siècle, il a parcouru usines et chantiers pour y apprendre les métiers et les valeurs des ouvriers qui construisent le monde matériel pour tous. À la fin de cette exploration, afin de valider son parcours d’artiste autodidacte, Bourjoi a à 46 ans obtenu une maîtrise en arts plastiques de l’UQAM. Depuis 2001 il produit ses oeuvres dans le bel atelier qu’il a construit de ses mains dans le quartier Hochelaga (son quartier) en 2000. Depuis il exprime par ses œuvres de plasticien et son écriture, la culture et les valeurs qu’il a adoptées.

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