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Maurice Richard

Cette chronique est le reflet de l’opinion de son auteur, Léopol Bourjoi. QuartierHochelaga ouvre son espace à cet Hochelagais plasticien une fois aux deux semaines.

Il y a, dans notre beau quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, plusieurs œuvres d’art public. Certaines œuvres sont dites monumentales, d’autres sont beaucoup plus discrètes.

Dans son ouvrage intitulé Human Natures: Genes, Cultures, and the Human Prospect, Paul R. Ehrlich explique que la diversité humaine serait culturelle plutôt que génétique. Heureusement, puisque cela peut se faire aisément et rapidement. Robin Dunbar, un anthropologue, considère que l’intelligence humaine ne serait pour ainsi dire que sociale. Nous avons naturellement évolué en petits groupes durant des millions d’années. Certaines recherches récentes portent à croire que l’empathie se limiterait à un groupe de 200 à 300 personnes. Un nombre qui ne semble pas absolu pour tous, mais qui expliquerait pourquoi il est souvent difficile de vivre la multitude anonyme.

Pour cela, les quartiers dans les villes sont de première importance. C’est pour cette raison que nous nous sentons si bien dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Il y règne une rassurante familiarité. Nous ne tentons pas de conquérir le monde, seulement d’y vivre.

Pour ce faire, son histoire et sa vie devraient s’y voir comme si nous étions dans un musée à ciel ouvert. Les pages ouvertes d’un livre d’histoire. Notre histoire.

La partie Maisonneuve est une belle histoire qui se raconte. On appelle cela le patrimoine immobilier. Nous devrions reprendre ce parcours et, par le fait même, consolider celui d’Hochelaga. Inscrire dans la brique et le mortier, comme on dit, une identité, un caractère, qui soient représentatifs de l’histoire, des valeurs et de l’esthétique d’Hochelaga-Maisonneuve.

YeuxMRWEBAu début des années 1990, Marc Campagna était directeur général du parc des Îles de Montréal (les îles de l’expo). À la suite d’une rencontre avec la responsable du service des sports et loisirs à l’exécutif de la Ville de Montréal qui s’inquiétait de l’état de l’aréna Maurice-Richard, monsieur Campagna a créé la Fondation Maurice-Richard. Monsieur Serge Savard en était le président.

Lorsqu’une société à but non lucratif ferme ses portes, elle doit remettre ses biens à une autre société du même type. La Fondation Maurice-Richard a pour cette raison reçu les biens des fondations Henri-Richard et Jean-Béliveau.

Comme premier geste d’importance, la Fondation Maurice-Richard a elle-même payé et réalisé les travaux de rénovation de quatre millions de dollars de l’aréna. La Fondation a sauvé l’aréna à l’architecture particulière dont nous pouvons assurément nous enorgueillir. Cela n’a pas été sans mal. On imagine aisément la complexité administrative du projet.

Ensuite, avec les objets personnels et les souvenirs que Maurice Richard lui a confiés, la Fondation a créé un musée interactif sur Maurice Richard dans l’aréna. À l’entrée du musée, il y avait une grande photographie de Maurice Richard en action. La photo avec les yeux de feu, comme on disait. La Fondation voulait en faire une sculpture.

Avant de démarrer le projet de sculpture, la Fondation a consulté l’exécutif de la Ville de Montréal, qui s’est opposé à la réalisation d’une œuvre publique représentant un homme vivant. Monsieur Pierre Bourque était maire de la ville. Il connaissait bien la société chinoise, une société polychrone qui n’hésite pas à honorer de leur vivant les personnages ayant contribué à la collectivité. Monsieur Bourque en a fait part au comité exécutif de la Ville de Montréal qui a finalement accepté. La sculptrice Annick Bourgeau, en collaboration avec le sculpteur Jules Lasalle, a réalisé la sculpture pour l’Atelier du bronze, une fonderie d’art située à Inverness. Maurice Richard a été personnellement impliqué dans chacune des étapes du processus. Il tenait au réalisme. Il tenait beaucoup à la rendre accessible pour les enfants. Les responsables de la Fondation, quant à eux, tenaient à l’aspect imposant.

Maurice «Rocket» Richard se disait simple joueur de hockey. Par sa simplicité, son authenticité et son talent, il transcendait les limites sociales. Il était exceptionnellement de tous les villages, de tous les quartiers.

Notre héros à tous est décédé le 27 mai de l’an 2000.

La famille de Maurice Richard a récupéré les objets qui étaient dans le musée, lequel a dû fermer ses portes. Ayant réalisé tous ses objectifs, la Fondation, nous devons en remercier Serge Savard et Marc Campagna, a cessé ses activités.

Maurice Richard, le citoyen culturel de bronze, est toujours parmi nous à témoigner de notre admiration pour un homme et son sport. Installée devant son aréna, à l’intersection des rues Viau et Pierre-De Coubertin, «l’imposante» sculpture de Maurice «Rocket» Richard aux yeux de feu anime ce coin de notre quartier. Une balise importante pour le musée à ciel ouvert immobilier, artistique et culturel d’Hochelaga-Maisonneuve. Nous en souhaitons d’autres. Beaucoup d’autres.

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(Site Web : Hommage à Maurice Richard)

A propos Léopol Bourjoi

Pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, Bourjoi est l’ouvrier artiste. Il a depuis 1968, à 18 ans, présenté ses œuvres dans plus de 80 expositions solos et de groupe à Montréal, Laval, Québec, Labrador City et Washington. Durant un quart de siècle, il a parcouru usines et chantiers pour y apprendre les métiers et les valeurs des ouvriers qui construisent le monde matériel pour tous. À la fin de cette exploration, afin de valider son parcours d’artiste autodidacte, Bourjoi a à 46 ans obtenu une maîtrise en arts plastiques de l’UQAM. Depuis 2001 il produit ses oeuvres dans le bel atelier qu’il a construit de ses mains dans le quartier Hochelaga (son quartier) en 2000. Depuis il exprime par ses œuvres de plasticien et son écriture, la culture et les valeurs qu’il a adoptées.

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