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La police ne s’inquiète pas de l’ouverture du site d’injection supervisée

Le site d’injection supervisée (SIS) dans Hochelaga-Maisonneuve verra le jour sous peu, la demande d’exemption ayant été accordée par Santé Canada. Les acteurs du projet se disent fin prêts à l’ouverture, et des balises seront mises en place pour assurer la saine gestion du site.

« Il y a une exemption pour la salle d’injection, mais il n’y aura aucune zone de tolérance à l’extérieur, affirme d’emblée le chef du poste de quartier 22, Simon Durocher. Les trafiquants qui voudraient en profiter, on va les avoir à l’œil et faire les opérations nécessaires. » L’idée derrière les SIS est d’assurer la sécurité d’une population qui, autrement, consommerait tout de même, mais dans des conditions plus malsaines.

Il va donc de soi que le site sera grandement supervisé et que des mesures seront prises pour éviter les débordements. « Ça diminue les problèmes liés aux injections dans des lieux publics, assure le Directeur de la santé publique à Montréal, le docteur Richard Massé. Selon les données, l’environnement est meilleur à la suite de l’implantation d’un SIS. On a fait des tournées et rencontré des gens, des comités locaux, afin d’impliquer des citoyens. » Le rôle des groupes communautaires sera de première importance.

Chapeauté par l’organisme communautaire Dopamine, l’endroit comportera une équipe multidisciplinaire composée de personnel médical, d’intervenants du milieu ainsi que de « pairs aidants ». L’implantation du site est inspirée de ce qui a été fait à Vancouver, seul autre endroit au Canada à accueillir un SIS.

Concernant les impacts visibles, les données tirées de l’expérience de Vancouver concluent que 30 % des utilisateurs adhèrent ultimement à des programmes de lutte contre la dépendance. On observe également une chute du nombre de décès par surdose, ainsi qu’une diminution du VIH et de l’hépatite C, qui se transmettent par le sang et donc par les seringues impropres. « On est à peu près sûrs qu’il y aura un impact positif à long terme, parce qu’il y aura un meilleur contact avec le milieu et une meilleure prise en charge. D’autres programmes seront aussi offerts pendant que les gens seront là », explique le directeur de Dopamine, Martin Pagé.

Des améliorations pour l’environnement

« On attend ce projet-là depuis longtemps. Dopamine, c’est neuf ans de travail dans le quartier avec des partenaires communautaires et autres. Maintenant, on est sur le dernier droit et nous sommes prêts », se réjouit le directeur de l’organisme, Martin Pagé. Celui-ci était présent à l’annonce de la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, quand tous ont appris que le droit d’exemption avait été accordé par Santé Canada pour deux SIS. L’autre site, géré par l’organisme Cactus, se trouvera dans Ville-Marie.

Des études de terrain ont jusqu’ici démontré le bien-fondé des sites d’injection supervisée, ce qui a contribué à l’acceptation sociale du projet, d’après les acteurs présents à la conférence de presse. « On vient aider les plus vulnérables, et par le fait même améliorer l’environnement autour du soi. C’est une population qui est présente, donc il faut agir du mieux qu’on peut, en offrant des conditions hygiéniques et un personnel qualifié », estime la ministre déléguée.

Le site dans Hochelaga-Maisonneuve sera de moindre ampleur que celui géré par Cactus. Les estimations quotidiennes tournent autour de 15 à 18 personnes, alors que celui dans Ville-Marie pourrait accueillir entre 140 et 215 personnes par jour. « On est déjà fréquentés par la communauté locale, donc on va probablement desservir les mêmes personnes, mais avec un programme de plus pour l’injection à même le local », estime Martin Pagé. L’équipe de Dopamine s’agrandira tout de même pour répondre aux besoins du site. Les « pairs aidants », qui ont déjà consommé, connaissent cette réalité et ont souvent un lien de confiance avec la communauté. Ils seront notamment présents pour accompagner les utilisateurs.

Aucune date n’a été précisée, mais la ministre déléguée affirme que les sites seront ouverts à court terme, d’ici quelques semaines. Les heures d’ouverture seront les mêmes que celles des groupes communautaires, pour une couverture totale de 22 heures par jour, sept jours sur sept, pour les deux centres.

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo
Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

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