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L’affaire du Tunnel Ontario: l’enquête du juge Coderre

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Nous concluons aujourd’hui notre série de quatre articles sur l’affaire du Tunnel Ontario. Pour lire le premier article de cette série, cliquez ici.

L’affaire du tunnel Ontario et l’implication d’un ex-policier dans l’attaque soulèveront un tollé dans la population. Nombreux sont ceux qui dénoncent la corruption généralisée autant dans la police que dans l’administration municipale. Par conséquent, le 17 septembre 1924, un groupe de 82 personnes, dont le conseiller municipal Ovila Casavant, signe une requête qui sera présentée à la Cour supérieure pour la tenue d’une enquête. Celle-ci, présidée par le juge Louis Coderre, débutera le 6 octobre de la même année. Pour démontrer les liens troubles entre la police et les milieux criminels, précisons qu’Alban Germain, avocat du surintendant de la police de Montréal, est le même qui servit d’avocat principal du groupe des six accusés dans le procès du tunnel Ontario. Dès le deuxième jour, un témoin affirme que la police avait été mise au courant qu’une attaque devait se dérouler le 1er avril. L’information n’a cependant pas été relayée en haut lieu pour éviter la commission du crime.

Plusieurs enquêtes viendront secouer périodiquement le monde municipal de Montréal : mentionnons l’enquête du juge Lawrence John Cannon en décembre 1909, l’enquête du juge François Caron en octobre 1954 et évidemment la Commission Charbonneau en 2015. Des années 1920 aux années 1960, Montréal est connue comme une capitale du vice et du crime en Amérique du Nord. Le Red Light, autour des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine, compte de nombreux bars clandestins, des maisons de passe et des maisons de jeu. Les bootleggers, bookmakers et souteneurs y prolifèrent sans que la police n’intervienne. De plus, dans les années 1920, contrairement aux villes américaines, Montréal ne connaît pas la prohibition. La nouvelle loi de 1921 sur la création de la Commission des Liqueurs (ancêtre de la SAQ), seule autorisée à émettre des permis de vente d’alcool, vient éteindre toutes les velléités de prohibition au Québec. Les restaurants, bars, hôtels peuvent donc obtenir facilement un permis d’alcool.

Le rapport du juge Coderre est déposé le 13 mars 1925 et est reproduit dans son intégralité dans plusieurs journaux. Il est dévastateur pour la police de Montréal et le comité exécutif. Les principales conclusions sont :

  • Le comité exécutif est tenu responsable de la situation parce qu’il refuse de nommer un chef de police qualifié et qu’il intervient continuellement dans les affaires de la police;
  • Le surintendant Pierre Bélanger est déclaré incompétent et le juge Coderre recommande sa mise à la retraite;
  • De nombreux officiers sont accusés de faire fortune avec les pots-de-vin, de souffrir d’incompétence, de fermer les yeux sur les maisons de débauche, etc.
  • Les pompiers du service d’incendie ne sont pas nommés selon leurs qualifications, mais par népotisme, favoritisme et pots-de-vin.

Malheureusement, le rapport sera vite oublié par le comité exécutif directement visé et il faudra attendre les années 1960 avec le deuxième mandat du maire Jean Drapeau pour que la situation ne commence à changer.

Mentionnons que le Musée de la Civilisation du Québec possède plusieurs objets relatifs à cette cause dont une cagoule, les cisailles et la corde ayant servi à la pendaison de Morel.

Le juge Louis Coderre

Notes

Rapport du juge Louis Coderre, Le Canada, édition du 14 mars 1924, BAnQ, Collection numérique

 

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1979, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

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