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L’étau se resserre | Boris Vian au Théâtre Denise-Pelletier

Après avoir présenté La Cantatrice chauve / La Leçon de Ionesco en hiver 2015, le Théâtre Denise-Pelletier poursuit sa quête de l’absurde en proposant cet automne Les Bâtisseurs d’empire ou Le Schmürz de l’auteur français Boris Vian, une tragédie inclassable mise en scène de manière prudente, mais réussie.

Créée à Paris en 1959, la pièce Les Bâtisseurs d’empire fait partie des dernières productions artistiques de Boris Vian, celui-ci ayant perdu la vie un peu plus tard cette même année. On y retrouve sa fameuse touche absurde, mais surtout un concentré de toutes ses angoisses : la guerre, la mort et la violence gratuite.

L’histoire est en fait très simple. Un bruit étrange force une famille bourgeoise à déménager constamment en montant d’un palier les étages d’un immeuble, chaque pièce étant de plus en plus petite.

L’histoire est simple, mais remplie de métaphore. Dans toutes les pièces, on retrouve Le Schmürz, un personnage recouvert de bandages sanguinolents (Sasha Samar, discret, mais très physique). Le personnage est frappé et maltraité par tous les personnages, sauf la petite Zénobie, formant une espèce de défouloir commun.

Nul sait ce que représente réellement Le Schmürz; au spectateur de décider de la signification de ce personnage situé entre la réalité et la fiction. Mais on peut voir dans ce bouc émissaire commun une représentation de la violence gratuite d’une époque dominée par les guerres mondiales que Vian le pacifique a toujours dénoncée.

Crédit photo: Gunther Gamper

Du côté des acteurs, le jeu est très réussi. Le père joué par Gabriel Sabourin émeut entre humour et gravité. Sa partenaire Josée Deschênes, plus discrète, est tout aussi efficace. Mais le coup de cœur va sans contredit à la bonne de la famille nommée Cruche, incarnée par Marie-Ève Trudel, qui est méconnaissable dans son habit d’époque hilarant.

Le jeune metteur en scène Michel-Maxime Legault réussit bien à faire vivre l’angoisse du texte de Boris Vian. Son approche est réaliste, il n’a pas voulu bousculer la pièce avec des interventions technologiques, tant mieux. Son idée de faire jouer la musique de Vian à quelques reprises peut toutefois être discutable. Son intention était de faire connaître le côté musical de l’auteur au public plus jeune, mais ces interventions font parfois perdre le fil d’un texte qui ne mérite pas de musique envahissante.

Pour tous les admirateurs de Boris Vian, ou même pour ceux qui n’ont lu que L’Écume des jours dans leur jeune temps, Les Bâtisseurs d’empire ou Le Schmürz est une replongée ravissante dans l’univers unique de cet auteur hyperactif. Autant pour son humour absurde que pour son message de fond tragique.

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux

Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l’a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l’avenir du quartier.

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