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L’Iliade de Marc Beaupré : Tout en sons et en mouvements

Après avoir revisité des œuvres de Camus, Molière et Shakespeare avec les pièces Caligula (Remix), Don Juan uncensored et Hamlet_director’s cut avec François Blouin, Marc Beaupré s’attaque à L’Iliade d’Homère.

La pièce, passée sous le scalpel de Beaupré, dure une heure et demie; une version short and sweet de la « longuissime » œuvre d’Homère. Beaupré s’est également amusé à y coudre des passages de l’adaptation de l’auteur italien Baricco.

L’histoire commence alors que la neuvième année de guerre entre les Grecs et les Troyens, dont l’enlèvement d’Hélène, femme de Ménélas le Grec, par Pâris le Troyen est l’élément déclencheur, bat son plein. Alors que les deux peuples s’affrontent, Achille, le plus puissant des guerriers Grecs de par son statut de demi-dieu, se retranche. Tiraillé entre deux futurs possibles, révélés par un oracle, il doit choisir entre mener bataille et mourir dans la gloire ou vieillir en inconnu.

Unicité étonnante

Synchronisés et unis, les huit comédiens bougent, parlent et chantent en bloc sur scène. Tous habillés de gris, rigides et à leur place, ils semblent les représentations vivantes d’une phrase qu’on entend dans les débuts du spectacle : « Comme les pierres d’un mur, les hommes se joignent. » Se pointant à qui mieux mieux, particulièrement lorsque l’un des deux peuples en guerre est mentionné, ils nous indiquent qu’ils sont les Grecs et les Troyens à la fois. La masse, jouant l’extension d’un comédien ou animée d’une identité propre, rafle tous les personnages en son sein.

Aucun protagoniste n’est assez important pour se distinguer bien longtemps; l’anonymat les guette tous. Si, explicitement, Patrocle se réinvente en Achille afin de faire fuir les Troyens, créant ainsi une duplication du demi-dieu (« Je l’aimais comme moi-même », dit Achille), plusieurs effets semblent vouloir augmenter le nombre de « combattants »sur scène. Allongés à l’infini par leur ombre dans un effet de lumière et multipliés grâce à un miroir en pyramide inversée, Beaupré semble vouloir montrer les peuples derrière la guerre ainsi que leur réalité commune.

Il y a quelque chose de relaxant et de presque religieux dans les gestes lents répétés des comédiens : ils sont pratiqués avec tant de concentration qu’on croirait les comédiens en communion. Mouvements d’arts martiaux et mimes flirtant parfois avec le langage des signes s’y mêlent. Les mises à mort, violentes dans les mots, sont douces sur scène : les comédiens s’effleurent et se soutiennent. Ils se mettent même à genoux l’un devant l’autre au moment du combat final qui oppose Hector et Achille.

Malgré des forces importantes au niveau de la scénographie, la pièce est longue compte tenu du fait que les comédiens ne « jouent » pas réellement le texte. Il est dur de suivre le flot de paroles venues d’un autre temps sans ce support visuel.

Achille à La Voix

De tradition orale et composée de chants, l’Iliade d’Homère rencontre la marque résolument moderne de Beaupré, accompagnée de Stéfan Boucher comme directeur musical au niveau du son. Les coups sont remplacés par les mots et si chants traditionnels et prières côtoient musique électronique (le tout dirigé par deux chefs d’orchestre/DJ), c’est avec des rap battles que les champions vont vaincre.

Achille, interprété par l’excellent Emmanuel Schwartz, se transforme ici en rockstar lors de son combat final. Il chante, il crie, il hurle (attention les oreilles !), le tout frôle le métal. Mur de spotlights orangés (représentation du feu), lumière rougeâtre et stroboscope bombardent le héros grec, les bras en croix sur la scène qui s’est transformée en show du centre Bell ou en plateau de télévision. Une séance de breakdancing au ralenti vient agrémenter le tout. Pas pour tout le monde, la pièce a le mérite de surprendre.

La pièce, une coproduction Théâtre Denise-Pelletier – Terre des hommes, sera présentée du 8 novembre au 6 décembre.

crédit photo: Gunther Gamper

A propos Daphné Ouimet-Juteau

Daphné Ouimet-Juteau

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