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Luce Cuvillier, une femme du XIXe siècle non conventionnelle

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Dans les manuels d’histoire, Luce Cuvillier (1817-1900) est connue comme ayant été la maîtresse de Georges-Étienne Cartier, mais on oublie qu’elle a été une femme d’affaires, une philanthrope et surtout une femme non conformiste dans la rigidité morale de la société canadienne à cette époque.

Luce Cuvillier est fille du riche homme d’affaires Augustin Cuvillier, un des fondateurs de la Bank of Montreal. Important encanteur et importateur, il laisse à ses enfants, à sa mort en 1849, cinq commerces et seize propriétés. Parmi ses propriétés, on trouve The Review Cottage à Longue Pointe et la Villa Beaumont à Maisonneuve. Avec son frère Maurice, Luce Cuvillier va administrer ces propriétés, entre autres parce qu’elle excelle en mathématiques. Le nombre important de contrats notariés disponibles en témoigne.

Luce Cuvillier est une femme cultivée qui lit les grands romantiques. Son auteure préférée est cependant George Sand dont elle imite la tenue vestimentaire et les habitudes de vie : elle porte le pantalon, fume le cigare et la pipe. Elle n’hésite pas à donner son opinion sur différents sujets dont la politique.

Par sa mère Marie-Claire Perreault, elle est cousine d’Émilie Gamelin, fondatrice des Sœurs de la Providence. Toute sa vie, elle s’implique dans l’aide à cette communauté. Dès les années 1850, elle organise des dîners annuels pour les pauvres de la communauté. Dans les années 1860, elle est présidente des Dames de la Charité de l’Asile de la Providence.

Villa Beaumont habitée par Luce Cuvillier; Crédit: BAnQ, Collection numérique 

Toujours par sa mère, elle est cousine d’Hortense Fabre qui, en 1846, épouse l’avocat et politicien Georges-Étienne Cartier. Cartier et Hortense Fabre proviennent de deux milieux politiques différents : Cartier est devenu un politicien conservateur qui deviendra le lieutenant québécois de John A. MacDonald et la famille Fabre appuie les Rouges qui dénonceront le projet de Confédération des conservateurs. Luce Cuvillier fréquente la famille Fabre-Cartier et finit par s’éprendre de Cartier, elle qui défend des idées chères au politicien.

Pendant les 15 dernières années de la vie de Cartier, Luce Cuvillier sera l’amante du politicien, mais aussi sa conseillère. En 1866, elle l’accompagne en Angleterre lors de la Conférence de Londres pour faire accepter le projet de confédération au Parlement londonien. Elle se rend fréquemment à Québec lorsque le Parlement y siège. Elle ne voit aucun inconvénient à se promener au bras de Cartier lors de soirées ou d’événements officiels. Elle suggère même à Cartier d’acheter une propriété à Longue-Pointe, qu’il va nommer Limoilou. Elle s’en occupe lorsque celui-ci est absent.

En 1863, Cuvillier devient la tutrice de sa nièce Clara Symes et réussira à faire d’elle un membre de la noblesse française par son mariage au marquis de Bassano en 1872.

Luce Cuvillier passe les dernières années de sa vie à la Villa Beaumont qui deviendra après sa mort l’hôtel-restaurant du Parc Riverside, rue Notre-Dame, en face de la rue Desjardins. En 1907, le terrain est acheté par la Canadian Spool & Cotton qui y construit son usine textile. Ce bâtiment sert aujourd’hui d’entrepôt.

Après la mort de Cartier en 1873, elle lui reste fidèle et se rend régulièrement au cimetière Côte-des-Neiges où il est inhumé.

Bien qu’Hochelaga possède une rue Cuvillier, ce n’est pas pour honorer Luce Cuvillier, mais plutôt sa sœur Marie-Angélique, épouse d’Alexandre-Maurice Delisle qui possédait la terre sur laquelle est tracée cette rue.

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1978, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

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