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Mathieu Saint-Onge: Rencontre avec un artiste de la contre-culture Web

Oeuvre de Mathieu Saint-Onge
Oeuvre de Mathieu Saint-Onge

En cognant à la porte de Mathieu Saint-Onge, je suis semi-surprise de me faire répondre par un autre hyperactif du web québécois, Matthieu Bonin. « On est coloc depuis le mois de mai. », me précise-t-on. Tant mieux, j’en ai deux pour le prix d’un!

Mathieu Saint-Onge vit dans Hochelaga depuis 2008. Il habite le quartier parce qu’il le trouve chouette. « J’aime beaucoup mon voisinage et j’ai travaillé au Arhoma, donc je salue souvent des gens dans la rue! », dit-il en faisant écho aux gens qui affirment que Hochelaga, c’est comme un gros village.

Il est difficile de trouver un terme exact pour qualifier ce que fait Mat Saint-Onge. C’est en quelque sorte un artiste du Web, dans un milieu qui carbure souvent aux « j’aime », aux abonnés, au nombre de visionnements et partages sur les réseaux sociaux.

Il vit de ses toiles, qu’il fait connaître via son compte Facebook et son site web. Il peint à la fois de l’art abstrait et des portraits de personnages viraux du web québécois, ainsi que des œuvres sur mesure. Il espère voir ses peintures éventuellement exposées dans Hochelaga.

Il fait également différents types de vidéos et des vlogues, sorte de vidéo-blogues où quelqu’un se place devant une caméra pour parler ou faire quelque chose. Il personnifie régulièrement Madame Coucoune, qu’on a pu voir dans les manifs étudiantes lors du printemps 2012 . Et son premier clip, Standing at the Gates of the Promenade Ontario, a atteint 65 000 visionnements et présente certains stéréotypes typiquement hochelaguais.

http://www.youtube.com/watch?v=73nFyv5BYoY

À ses débuts, Mathieu n’était pas actif sur le Web. Il a fait de la radio, entre autres des capsules à la Première chaîne de Radio-Canada. Un de ses faits d’armes a été une nomination au gala des Olivier en 2008 pour une de ses émissions qui tournaient dans les radioétudiantes du Québec.

Mais Mathieu a un humour qui tombe parfois dans le « heavy, le vulgaire et le tabou », ce qui passe beaucoup moins bien à la radio et à la télévision.

« On était écœurés de faire des démos propres pour des émissions dans les médias mainstream. Alors, on s’est dit, on va faire la pire affaire au monde, on va mettre ça sur le Web ! », s’exclame-t-il en riant.

Effectivement, sa première vidéo avec Madame Coucoune est assez provocante. Elle a circulé au festival Fantasia, au festival SPASM et a même gagné un prix dans un obscur festival en Suisse.

Pourquoi faire dans le vulgaire et la provocation?

Mathieu Saint-Onge est une personne réfléchie qui expose bien ses idées. Il qualifie sa démarche de réflexion artistique sur le bon goût.

« Les humoristes sur scène ne vont pas mettre leurs corps en jeu, ils ne vont pas exploiter la nudité ou les malaises. Et puis, la télé ne veut pas de ça. Pourtant, ça entre dans le burlesque. », analyse-t-il.

« De mon côté, je veux repousser les limites de l’acceptable pour voir ce que la société accepte ou non. C’est un pied de nez au mainstream, c’est contre le corporate. Sur le web, je fais ce que le capitalisme n’a pas voulu choisir. Je fais une critique sociale de ce qui est propre et contrôlé par ce que monsieur et madame tout le monde veulent voir dans leur salon. », explique-t-il.

Mathieu est très connecté sur ce qu’il se passe sur le moment. Tout bouge assez vite et ça réagit beaucoup plus sur le web qu’à la télé.

Pendant que je prends des notes, il regarde son Mac pendant que son colocataire parle à la police au sujet d’une histoire de kidnapping .

http://www.youtube.com/watch?v=XVVBrZRY65c&feature=youtu.be&a

« Bon, Éric Samson a publié un billet sur Urbania et ça commence avec le mot webjeu », soupire-t-il, un peu blasé.

Webjeu ?

« C’est mettre du contenu sur le Web, regarder les réactions du monde et ensuite réagir sur les réactions. On joue avec ça, ça permet un contact direct avec les gens qui nous suivent. », explique-t-il.

Il affirme que c’est plus facile de percer sur le web que dans l’industrie mainstream, plus lourde et moins accessible. Toutefois, il faut être prêt à tout faire par soi-même et ce n’est pas un milieu très rentable même si « on peut tout faire ».

Il souhaite développer des projets futurs qui intègrent une forme de critique sociale. Il voit plusieurs avantages à ne pas être soumis à des contraintes potentielles provenant d’annonceurs comme c’est le cas dans les médias traditionnels. « Je veux aller confronter directement certaines grandes corporations, me rendre sur place et les filmer en leur posant des questions, faire des trucs en pigiste. »

Mais il souligne que les gens veulent du contenu diversifié et qu’il ne veut pas juste parler de politique et d’actualité. À côté de lui, Matthieu Bonin opine : « Tu ne peux pas rejoindre autant de monde si tu parles juste d’actualité. Ça a plus d’impact quand tu dis un truc politique et que tu appelles à une action une fois par mois plutôt que tous les jours. »

Matthieu est connu pour ses vlogues, notamment ses « pétages de coche ». Il rejoint un bassin d’environ 85 000 personnes, ce qui est gros au Québec. Parfois, il rejoint jusqu’à 300 000 personnes en ligne. Mathieu Saint-Onge explique que le public sur le Web est sévère et que les gens ont des attentes, « Les critiques sont plus difficiles. »

Donc ça prend confiance en soi, quand on est visible sur le Web?

Étalé à plat ventre sur un matelas, Matthieu Bonin rit à haute voix, un peu caustique.

Les deux admettent que la polémique aide à se faire connaître et que les scandales font monter le nombre d’abonnés sur Facebook ou YouTube. « On va chercher plus de « like » et de « share » avec ça. », dit Mathieu Saint-Onge.

En manque d’attention, les gens du Web?

Matthieu Bonin se lève, piqué au vif. « On a quelque chose à dire et à faire avant de simplement juste vouloir de l’attention. C’est surtout qu’on a besoin de produire quelque chose. Le public vient après parce qu’il aime ce qu’on fait et oui, on en a besoin. De toute façon, un artiste aussi est à la base est un peu en manque d’attention. » Explique-t-il.

« Les gens veulent que tu fasses un spectacle, même si toi ça ne te tente pas toujours. », ajoute Mathieu Saint-Onge.

Le milieu des « personnalités du Web » au Québec est diversifié. Chacun rejoint un public spécifique et a ses attitudes en ligne qui lui sont propres, dans un espace où tout ce beau monde s’entremêle et réagit les uns sur les autres.

Mais à écouter parler les deux Mat(t)hieu, on a parfois l’impression qu’ils sont prisonniers de leur public et de l’approbation qu’ils récoltent en ligne, même s’ils font des choses qui les passionnent.

Alors que certains passent du Web à la télé, Mathieu Saint-Onge préfère rester où il est même si il reste ouvert à toutes les suggestions. « J’ai tellement d’idées à faire sur le Web et qui ne se font pas à la télé que je n’ai pas envie d’aller à la télé », dit-il.

"excepté une fois au chalet..." - toile de Mathieu Saint-Onge
« excepté une fois au chalet… » – toile de Mathieu Saint-Onge

A propos Anne-Marie Provost

Anne-Marie Provost
Anne-Marie est journaliste au 24 Heures et chef de pupitre au magazine Trente. Elle a auparavant travaillé comme comme stratège médias sociaux et gestionnaire de communauté, en plus de toucher aux relations de presse. Elle détient un baccalauréat en science-politique de l'Université de Québec à Montréal et un DESS en journalisme de l'Université de Montréal. Elle est passionnée par son quartier et s'intéresse à tout ce que les gens ne savent pas encore.

Un commentaire

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