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Mélanie Dusseault, la photographe ninja

Vous connaissez une personne œuvrant dans le quartier et qui mériterait, selon vous, qu'on s'intéresse à son travail? Contactez info@quartierhochelaga.com
Vous connaissez une personne œuvrant dans le quartier et qui mériterait, selon vous, qu’on s’intéresse à son travail? Contactez info@quartierhochelaga.com

Attablée au comptoir de l’Atomic Café, la photographe Mélanie Dusseault finit son café avec une pointe de nostalgie. « Je suis très contente d’être ici, car ça a été mon premier contact avec Hochelaga. Par la suite, je venais louer des films d’horreur asiatiques, quand il y avait les films au fond », dit-elle avec une certaine pudeur à se raconter.

Sa vie est loin d’être un scénario de son genre de films préféré. Photographe auprès des organismes communautaires, de la mairie d’arrondissement ou encore de la Société de développement commercial (SDC), collaboratrice chez QuartierHochelaga depuis ses débuts, cette jeune mère de 33 ans originaire de Lac-Brome a su s’imposer dans un milieu difficile, à la force de son talent et son aptitude à prendre de la hauteur, malgré les vertiges. « C’est parce que j’ai grimpé sur un toit que j’ai eu une place à la SDC, se remémore-t-elle avec le sourire. Ils m’ont engagée parce que David Chevrier, qui y travaillait à l’époque, a vu une photo que j’avais prise sur un toit lors de la Fête de la famille en 2013, organisée par 200 portes HM. Je n’ai pas peur de grimper, de me salir, de me mettre à terre, de trouver un angle différent. On m’a dit que j’étais une photographe ninja, parce que j’étais là et partout à la fois. »

La photographie, c’est ça passion. Déjà, au cégep, elle plongeait son regard dans celui des autres, qui se découvrait dans les bacs révélateurs. « Ça me manque l’argentique. Sauf le côté très polluant. C’est comme un fumeur qui a un rituel pour fumer ; le rituel de la chambre noire, être toute seule, voir les choses se révéler, ça me manque vraiment. »

Elle décide alors de quitter ses Cantons-de-l’Est natals pour venir étudier en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal. Après cinq quartiers et autant d’appartements, elle pose ses valises dans Hochelaga en 2009. « Je suis tombée en amour, avoue-t-elle. C’est un quartier qui me ressemble beaucoup, qui a une dualité. J’ai toujours été mélangée entre deux mondes : fille de campagne, fille de ville, fille anglais/français –à cause de mon village très bilingue –, très sociale, mais très gênée, fille des arts et à la fois j’ai été très bonne en maths et intéressée par les sciences. »

Maternité

Pourtant, elle ne se destinait pas faire de la photo un métier. À la sortie de l’université, elle prend un emploi « payant » en communications chez Telbec. Mais lorsqu’elle apprend qu’elle va devenir mère, Mélanie Dusseault décide de changer de vie. « Je voulais avoir plus de temps avec mon enfant, Je ne voulais pas être la maman qui rentre blasée à la maison, parce qu’elle n’aime pas sa job. »

Engagée sur les comités des établissements que fréquente son fils, elle ne compte plus les heures passées derrière un objectif. « Je réalise aujourd’hui que je travaille 70 h semaine ; ce n’est pas mauvais, parce que j’adore ma job. Puis mon fils me voit tellement aimer ça qu’il la fait avec moi, souvent. Lorsque je fais du repérage, il vient avec moi, je lui donne une caméra. Maintenant, il veut sa caméra pour Noël. À six ans ! »

Dans son travail, ce qui la fascine dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, c’est « sa richesse humaine [qui] est surprenante. Je n’aime pas m’ennuyer ; je ne m’ennuie pas ici. » Portraits d’enfants, évènementiel, corporatif, culinaire, l’artiste ne se refuse rien, sauf le publicitaire : « je n’aime pas les trucs léchés ». Son objectif, depuis ses débuts, c’est « laisser une trace, de raconter des souvenirs, des gens, l’histoire d’Hochelaga, c’est ce qui m’intéresse le plus en photo. » Comme les objets de son autre passion, l’archéologie, dont elle voulait en faire un métier, enfant.

Pourtant, à l’ère moderne où tout possesseur de téléphone intelligent s’estime photographe, le monde professionnel est dur. Très dur. « C’est très requin. Dès le début, j’ai dû travailler bon nombre d’heures à tarif réduit, parfois bénévolement, pour créer des partenariats et des liens avec les gens. J’avais une base d’organismes communautaires solide parce que je travaillais avec eux à l’année, j’étais leur photographe officielle. Je voulais créer des liens avec les gens et mettre leur travail en valeur. »

À l’approche des cinq ans d’activités, étape cruciale dans la vie d’une jeune entrepreneure, elle a le sourire. « C’était très difficile au départ, mais je vais commencer à récolter les taxes » s’amuse-t-elle, signe que les affaires vont bien.

Son avenir professionnel, c’est, pour celle qui engage déjà des pigistes, de créer des emplois. Quant à ses rêves personnels, ils restent artistiques. « J’ai toujours des idées créatives en tête, j’écris beaucoup, je peins, ça me fait énormément de bien. Pour la photo, j’atteins mon potentiel créatif par mon travail. Mais j’ai hâte d’avoir quelque chose à moi pour exposer à nouveau. »

 

Photos Arnaud Stopa/QuartierHochelaga

A propos Arnaud Stopa

Diplômé d’histoire et de journalisme, un océan sépare le quartier qui l’a adopté en 2013 et ses origines. Surnuméraire au journal le Devoir, (vidéo) journaliste pigiste occasionnel, critique de musique métal à ses heures perdues, il souhaite faire connaître Hochelaga et son évolution actuelle.

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