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Une œuvre d’art public mise en péril

Nombre de citoyens connaissent monsieur Léopol Bourjoi, chroniqueur de QuartierHochelaga.com et artiste sculpteur local depuis « toujours ». Son œuvre Pourquoi naître ? est appelée à être déplacée de sa position actuelle, devant l’église Nativité-de-la-Sainte-Vierge d’Hochelaga, alors que l’Arrondissement y installera une place publique, legs du 375e de Montréal. La libraire La Flèche rouge a accueilli le 25 avril la conférence de monsieur Bourjoi sur les thèmes de l’art populaire et du legs du 375e de Montréal.

Le 1er décembre 2016, en accord avec le Diocèse et le curé de la paroisse, l’œuvre Pourquoi naître ? a été installée devant l’église, symbole du travail ouvrier ancré dans la mémoire collective d’Hochelaga. Pour Léopol Bourjoi, qui l’a imaginée en hommage aux racines du quartier, c’était un « oui » parmi tous les « peut-être ». « J’ai fait l’œuvre pour les citoyens d’Hochelaga, pas pour m’enfarger dans des problèmes politiques. Et là, quand j’ai proposé l’œuvre à l’Arrondissement, ça a été des réponses floues et jamais d’actions », déplore-t-il. Le devant de l’église étant un terrain privé, l’œuvre y avait trouvé refuge.

Le 21 mars dernier, dans le cadre de la consultation publique sur le legs du 375e de Montréal, l’Arrondissement a révélé aux citoyens que la nouvelle place publique sera désormais située devant l’église. Cela implique que l’Arrondissement aura dorénavant un droit d’utilisation sur le site, qui tombera dans le domaine public. Or, pour qu’une œuvre soit exposée sur un terrain public, il y a une marche à suivre : un concours d’art public à remporter. Un concours qui peut sembler un sinueux chemin pour une œuvre déjà en place.

Devoir d’égalité

« On veut que la statue demeure dans le quartier, mais il faut suivre les règles du jeu, explique le maire de l’arrondissement, Réal Ménard. On se doit d’être équitable envers tous les artistes, qui doivent passer par le même processus s’ils veulent que leur œuvre soit exposée sur un terrain public. »

Une fois le terrain privé devenu public, l’œuvre d’art populaire qui s’y trouve devra respecter le processus administratif, ou déménager.

Plusieurs possibilités sont à envisager : « Premièrement, je pourrais offrir l’œuvre à l’arrondissement dans l’espoir qu’elle se retrouve sur un terrain public, relate monsieur Bourjoi. Deuxièmement, je pourrais l’offrir à l’église pour qu’elle la garde sur la parcelle de terrain privé. Troisièmement, je pourrais l’offrir à un autre quartier ouvrier, mais ça ne serait vraiment pas la meilleure solution », estime-t-il. Il pourrait effectivement être plus simple que l’église garde l’œuvre sur son terrain privé, mais cela impliquerait de la reculer de plusieurs pieds, donc de la mettre plus en retrait.

La situation entraîne un questionnement sur la place de l’art populaire. Obligations administratives et volonté citoyenne de conserver le patrimoine culturel du quartier se frottent et se piquent; il n’y a pas de solution facile.

Réunir les origines

Patsy Van Roost, ou la Fée du Mile-End, est une artiste d’art public reconnue dans le milieu pour ses créations collectives éphémères. Si elle a tenu à être présente à la conférence de monsieur Bourjoi, c’est parce qu’en arrivant dans le quartier, il y a deux semaines, elle a immédiatement remarqué l’œuvre sur le parvis de l’église. « L’histoire racontée par l’œuvre m’a intriguée, parce que je savais que c’était lié aux ouvriers et qu’Hochelaga est reconnu pour son passé ouvrier », affirme-t-elle.

Les œuvres de madame Van Roost ne s’inscrivent pas dans la longévité, contrairement à Pourquoi naître ?, qui se veut en quelque sorte un monument d’histoire. Le travail des deux artistes a toutefois quelque chose en commun : il se veut rassembleur. « Moi, je crée des expériences participatives, pour que les gens se rencontrent. On souffre d’isolement derrière nos écrans. Ce soir, je suis venue pour voir des gens et parler d’art », conclut-elle.

L’œuvre de Léopol Bourjoi rassemble la communauté autour de son histoire, rappelle d’où viennent les citoyens du quartier. La Fée du Mile-End, pour sa part, réunit les curieux. L’artiste a d’ailleurs proposé un projet éphémère à l’Arrondissement « qui a tout de suite dit oui et a ouvert des portes », relate-t-elle. Les situations sont différentes, les règles administratives sont évidemment moins rigides pour ce qui ne durera qu’un temps.

Les travaux de la place publique du 375e devraient être terminés en septembre 2017. D’ici là, la statue conservera vraisemblablement un emplacement sur le terrain privé de l’église, à moins d’un nouveau développement. Pour sa part, monsieur Bourjoi invite les citoyens à signer sa pétition afin que l’œuvre conserve son emplacement actuel. La Flèche rouge en tiendra notamment une copie.

Crédit photo: Ericka Muzzo

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo
Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

Un commentaire

  1. Le même processus? Quels en sont les modalités? Choisir dans le lot des nombreuses oeuvres venant naturellement de l’esprit commun offertes gratuitement à la collectivité locale? ;-))

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