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Patrimoine: Un train sur la glace entre Hochelaga et Longueuil

Une des rares photos du chemin de fer sur le fleuve, prise par le photographe William Notman en 1880. Musée McCord.
Une des rares photos du chemin de fer sur le fleuve, prise par le photographe William Notman en 1880. Musée McCord.

Montréal, à l’hiver 1879-1880. Le temps est glacial. Alors que le transport vers l’extérieur de la ville se fait principalement par train et par bateau, la situation se complique par grand froid. Le surintendant général de la compagnie ferroviaire Quebec, Montreal, Ottawa & Occidental Railway, Louis-Adélard Sénécal, cherche à poursuivre le transport traversier de Montréal vers Longueuil et les États-Unis malgré le gel du fleuve. Un seul pont relie la ville à la rive-sud, le Pont Victoria. Celui-ci appartient cependant à un compétiteur, la compagnie du Grand-Tronc, qui impose un tarif prohibitif au transport pour garder son exclusivité.

Ce financier et visionnaire trouve une solution surprenante : installer une voie ferrée sur la glace. Il s’inspire des études faites au moment de la construction du Pont Victoria qui démontrent la solidité de la glace, qui atteint 60 cm d’épaisseur au plus fort de l’hiver. À 45 cm, la glace pourrait supporter jusqu’à 25 tonnes. Il n’en faut pas plus pour lui donner l’assurance de réaliser son projet.

Un seul élément incontrôlable: Dame Nature

Si tout dans son projet peut être calculé, la température est imprévisible (rappelez-vous: on est en 1880!). En janvier 1878, le journal Le Nouveau Monde rapportait des températures trop clémentes pour l’utilisation des “voitures d’hiver” sur les routes. De plus, comme le courant du fleuve est tout de même fort entre les deux rives en raison des Rapides de Lachine, la glace ne gèle complètement qu’en cas de très grand froid.

L'ouverture du chemin de fer sur glace entre Hochelaga et Longueuil, telle que présentée dans l’hebdomadaire L'opinion publique du 19 février 1880. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
L’ouverture du chemin de fer sur glace entre Hochelaga et Longueuil, telle que présentée dans l’hebdomadaire L’opinion publique du 19 février 1880. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Début janvier 1880, les premiers travaux constituent donc à solidifier et à niveler la glace, principalement aux abords des rives. On appose ensuite des poutres à 7 pieds d’intervalle sur toute la distance de la voie, pour empêcher la “ transmission directe des vibrations à la glace”.

Une inauguration majeure

Le 30 janvier 1880, la voie ferrée de plus de 3 000 mètres est inaugurée en grande pompe dans Hochelaga, en présence de Joseph-Adolphe Chapleau, premier ministre du Québec et ami de Sénécal. Des marchands américains sont également présents et signent dès lors des contrats de transport de foin vers Boston. Dès le lendemain, un premier départ a lieu avec passagers à bord, dont le Premier ministre, devant une foule de curieux massée pour l’événement.

Dessins illustrant l’incident du train sur le fleuve dans le Canadian Illustrated News du 15 janvier 1881. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Dessins illustrant l’incident du train sur le fleuve dans le Canadian Illustrated News du 15 janvier 1881. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Un succès sur toute la ligne, à un incident près…

Malgré les appréhensions et le danger potentiel, le service fût un succès et dura quatre ans. Il s’agit de la plus longue durée de vie d’un service du genre, qu’on trouvait également aux États-Unis et en Finlande. Un seul incident ne venu marquer son histoire, et causa finalement plus de peur que de mal.

“En effet, le 5 janvier 1881, lors de l’ouverture du service, la locomotive s’approcha de la rive de Longueuil pour y aller chercher 17 wagons. Le poids de la locomotive fit céder une glace affaiblie et il s’en fallut de peu pour qu’Adélard Sénécal et les autres passagers de la locomotive ne prennent un bain forcé quand la locomotive disparut sous plus de 10 m d’eau glacée. Mais dès le lendemain, une locomotive plus légère rétablissait le service pendant que l’on repêchait l’engin disparu sous les eaux. »*

Un projet qui marqua tout le Québec

À l’hiver 1882, le temps est plus doux, donc le service est de moins en moins utilisé et utilisable. La voie, qui appartient maintenant à la South Eastern Railway, est finalement vendue au Canadien Pacifique qui met fin au service au printemps 1883. Louis-Adélard Sénécal est nommé sénateur par Chapleau en 1887, quelques années après avoir vendu son projet et récupéré pleinement son investissement. Il décéda cependant la même année.

Ce projet hors du commun permit à Hochelaga de jouer un rôle majeur en reliant Montréal à la rive-sud et au marché américain malgré les intempéries, et contribua à l’essor de la municipalité de Longueuil. Il laissa dans l’imaginaire québécois une profonde trace, puisqu’il fascine encore, plus de 130 ans plus tard.

* Extrait de Le chemin de fer sur la glace par Pierre Lefort, Histoire Québec, vol. 6, n° 1, 2000.

Les promoteurs du chemin de fer sur la glace, dont Louis-Adélard Sénécal, dans L'opinion publique, 19 février 1880. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Les promoteurs du chemin de fer sur la glace, dont Louis-Adélard Sénécal, dans L’opinion publique, 19 février 1880. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Pour en savoir plus:

Le chemin de fer sur la glace par Pierre Lefort, Histoire Québec, vol. 6, n° 1, 2000.

Le chemin de fer sur la glace: 1880-1883, Société historique du Marigot

Un chemin de fer sur le Saint-Laurent [1880-1883, Hochelaga-Longueuil], Patrimoine, Histoire et multimédia

A propos Christelle Lavoie

Christelle Lavoie

Christelle souhaite partager aux lecteurs de QH toute la beauté qu’elle voit dans son Hochelag’. Elle parcourt les rues pour relater l’histoire et le patrimoine unique de son quartier, comme pour rendre hommage à ceux qui y ont vécu, sa famille comme la vôtre. Vous pourrez la croiser quelque part entre la Vickers et la Gare Hochelaga, si vous savez où étaient ces institutions aujourd’hui disparues. Bachelière en communication publique de l’Université Laval, elle travaille depuis plus de six ans en communication marketing et en communication interne.

4 Commentiares

  1. Intéressant ! Merci.

  2. Vraiment curieux et très intéressant ! Mais que se passait-il avec le dégel au printemps ?

  3. Le conseil municipal de Saint-Come est fier d’avoir adopte a l’unanimite, le 10 novembre dernier, un reglement municipal identifiant la pratique du chant traditionnel comme element important et significatif de son patrimoine. Saint-Come est la premiere municipalite au Quebec a proceder a une telle identification en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

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