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La Place Simon-Valois, entre gentrification et mixité sociale (1/2)

 

La Place Simon-Valois, symbole pour certains d’un quartier dynamique, est aussi pour d’autres le porte-étendard d’un phénomène d’embourgeoisement défavorable aux populations moins bien nanties du quartier. Dans le cadre de son dossier Gentrification, Quartier Hochelaga met au jour quelques éléments à l’origine du projet où se côtoient maintenant tous les résidents d’ Hochelaga-Maisonneuve.

L’aménagement de la Place Simon-Valois, il y a près de vingt ans, a indéniablement changé la face du quartier. Aujourd’hui, les passants, sacs d’épicerie à la main, prennent une pause sur l’un de ses bancs de béton, alors que plusieurs discutent autour d’un café de la boulangerie. Triporteurs et poussettes se partagent un peu d’ombre en attendant que la journée s’épuise. C’est un jour comme un autre sur la Place Simon Valois.

« Non seulement la place se trouve aujourd’hui au coeur des déplacements quotidiens de nombreux citoyens du quartier, mais elle constitue l’épicentre de son activité culturelle et commerciale », écrit l’arrondissement lorsqu’invité par QuartierHochelaga à commenter sur le rôle du lieu pour le quartier.

Entre le 22 juin et le 26 octobre 2015, Mercier – Hochelaga-Maisonneuve y a enregistré 1 031 100 passages. En 2016, 12 permis ont été accordés à différents promoteurs pour l’organisation d’événements.

Mais malgré l’animation sur la place, des comités d’aide au logement déplorent l’arrivée de trop nombreux condos et de commerces favorisant l’embourgeoisement d’Hochelaga-Maisonneuve.

« La Place-Valois, c’est le meilleur exemple de la gentrification, parce que tant les promoteurs que l’arrondissement avaient pour but de revitaliser le secteur et d’amener une population qui allait enrichir le quartier. Mais on voit bien que ce ne sont pas les mêmes personnes à l’extérieur et à l’intérieur de ces commerces », affirme Émilie Lecavalier du Comité de base pour l’action et l’information sur le logement social (BAILS).

En effet, attirés par la perspective de devenir propriétaires, de 6000 à 7000 nouveaux résidents se seraient installés dans l’arrondissement entre 2003 et 2014, rapporte une étude de l’Institut national de recherche scientifique (INRS) commandée par l’arrondissement en 2015. En tenant compte des nouvelles constructions, le nombre d’unités de condos a plus que doublé durant la même période, passant de 1020 à 2350.

Selon le comité BAILS, les loyers dans Hochelaga-Maisonneuve auraient aussi connu une hausse d’environ 15% entre 2002 et 2006.

De son côté, l’arrondissement affirme que sur 600 unités d’habitation implantées aux abords du lien vert, 187 unités sont des logements sociaux.

L’usine Lavo était située sur l’avenue Valois, à l’angle d’Ontario.

La relocalisation de l’usine Lavo, située tout juste au sud de la rue Ontario entre Joliette et Nicolet, a permis l’aménagement de projets résidentiels comptant une centaine d’unités de logements sociaux.

Opinions divergentes

Avant d’être mis sur pied, le projet de la promenade Luc-Larivée et du secteur résidentiel de l’usine Lavo a fait l’objet de consultations où tous ont eu leur mot à dire: résidents, commerçants, groupes communautaires et table de concertation.

Bien qu’Émilie Lecavalier reconnaisse la grande réussite de ces projets, elle rappelle que des organismes demandaient que du logement social soit aussi développé à la Place Simon-Valois. Ce sont plutôt des unités privées et des commerces qui y sont apparus.

Malgré l’absence de consensus, beaucoup d’acteurs se montraient favorables à l’arrivée d’un projet diversifiant la population. Ils espéraient surtout voir de nouveaux propriétaires occuper leurs appartements, afin de créer un sentiment d’appartenance au quartier.

«L’idée qu’une gentrification « contrôlée » puisse être bénéfique pour un quartier pauvre et stigmatisé est assez répandue chez nos interlocuteurs (à l’exception des comités de logement)», écrivent les chercheuses de l’INRS, Annick Germain et Damaris Rose, qui ont interrogé divers intervenants du quartier en 2010.

Par ailleurs, le concept de mixité urbaine que prône M. Ménard n’est évidemment pas unique à Hochelaga-Maisonneuve. «La mixité sociale qui en résulte est le fruit d’un compromis immobilier assez typique d’un contexte néolibéral. […] Elle peut être un atout, non seulement pour casser l’image négative du quartier, mais aussi pour ouvrir les horizons des résidents traditionnels», poursuivent Mme Germain et Mme Rose.

À noter que selon les chercheuses, le modèle fonctionne lorsque les organismes communautaires sont très engagés pour l’inclusion sociale, ce qui est le cas dans Hochelaga-Maisonneuve.

Bien qu’il ait reconnu les chiffres de l’étude de l’INRS, le maire voit d’un bon oeil l’arrivée de ces nouveaux Hochelagais près de la Place Simon-Valois.

« Ces projets ont amené une nouvelle population dans le quartier, ce qui a contribué à l’augmentation de l’achalandage des commerces avoisinants. La revitalisation économique du secteur s’est également traduite par l’arrivée de nouveaux commerces de proximité sur

le territoire de la Promenade Ontario et a également généré de nouvelles opportunités pour l’emploi dans le secteur », écrit le bureau du maire dans un courriel.

La Place Simon-Valois continuera d’évoluer dans le même sens. L’arrondissement travaille actuellement sur un projet qui vise « l’amélioration des conditions de déplacement et l’augmentation de la superficie utilisable aux fins de détente et pour la tenue d’événements sur la Place Simon-Valois ». Une annonce est prévue au printemps.

Un article de Catherine Paquette.

Crédit photo : Simon Mauvieux

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