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Les citoyens doivent s’approprier les zones industrielles

L’exploration du terrain du futur pôle logistique de l’Assomption est l’occasion pour Amélie Desnoyers, citoyenne d’Hochelaga, de poser un regard critique sur le modele de développement de ce projet majeur et de revendiquer la participation essentielle des citoyens dans la définition de l’avenir de cette zone industrielle. 

Le 29 septembre 2016, en compagnie de Maia et Dominique de Wild City Mapping, j’ai exploré la friche industrielle de l’ancienne Canadian Steel Fundries située à l’est de la rue Viau. Notre but était de déceler les traces de la présence humaine et d’apprécier comment elles s’intégraient au paysage.

Il ne reste rien de l’immense fonderie dont les bâtiments ont été démantelés il y a une dizaine d’années, sinon une route asphaltée, des sols contaminés et des buttes de gravats sur lesquelles pousse une végétation guerrière, apte à croitre rapidement sur des sols pauvres et mal drainés. Le parc sauvage, tel a été baptisé cette friche industrielle par la population locale, toujours en quête de construction symbolique de l’espace. La friche, dite abandonnée, ne l’a jamais été.

Depuis longtemps, le parc sauvage se prête à différents types d’appropriation par les résidents. Par exemple, à deux pas de la rue Notre-Dame, où le flux de circulation des voitures et des camions est incessant, un vaste réseau de sentiers existe, tracé avec les années par les nombreux promeneurs. L’art s’est également invité en ce lieu. Dans ce qui est devenu un champ d’herbes hautes, j’ai été surprise par la découverte d’un bloc de béton qui a été peint, sorte de stèle ancienne évoquant le passé glorieux de la fonderie.

Ici, ce sont différentes manières d’habiter ce territoire industriel renaturalisé qui coexistent et je me suis demandée ce que ce processus d’appropriation avait opéré chez les gens. Ont-ils développé un sentiment d’appartenance au lieu ? S’identifient-ils à ce territoire et se sentent-ils concernés par ce qu’on en fera ? Les zones industrielles sont souvent perçues comme des espaces hors territoire où ce qui s’y décide et s’y passe relève surtout des instances politicoéconomiques et où l’apport des citoyens est peu légitimé. Pourquoi la participation des citoyens à la prise de décisions dans l’aménagement s’arrêterait-elle aux frontières des zones industrielles ? Quelle est cette logique de planification urbaine qui exclut les besoins de la population riveraine de ces zones industrielles ?

Je suis repartie avec tout un tas de questionnements par rapport à l’avenir de ce secteur qui est appelé à subir une transformation radicale dans les années à venir. Car afin de répondre à une stratégie d’expansion des activités du Port de Montréal et pour soutenir l’économie du transport des marchandises, on prévoit y développer un pôle logistique de transport et y construire des infrastructures routières majeures. On assistera alors à un déploiement de la zone industrialoportuaire de Montréal dans laquelle le pôle logistique aura certainement son rôle à jouer.     

Quels principes, quelles valeurs ont guidé l’élaboration de cette stratégie de développement ? Comment se déroulent les différentes actions de planification pour ce projet d’envergure ? Quels sont les objets de discussion autour de la table ? Les impacts socio-environnementaux de ce projet sont-ils connus et discutés ? Qu’est-ce qui fait poids sur la prise des décisions ? Il est difficile, voire impossible, pour la population locale d’avoir des réponses claires tant le processus décisionnel autour de ce projet est obscur et manque dangereusement de transparence. Il est encore plus difficile pour la population locale de trouver des espaces délibératifs adéquats pour débattre de ce projet. Les deux séances d’information publiques organisées par la conseillère d’arrondissement Laurence Lavigne-Lalonde les 29 et 30 septembre 2016 ont été une amorce plus que bienvenue pour rétablir le caractère participatif et démocratique de la démarche de planification. C’est un début, mais c’est loin d’être suffisant.

Parc sauvage AssomptionJe reconnais l’apport des activités portuaires et de transport de marchandises au développement économique et au dynamisme de la grande région de Montréal. Ce serait un fardeau énorme pour nous, la population, que de devoir démontrer le contraire. Par contre, je suis convaincue que la Ville ne peut planifier de manière réellement durable cette zone indutrialoportuaire sans changer de paradigme. Bon nombre d’études se penchent actuellement sur les grandes transitions à venir des zones industrialoportuaires et sur la pertinence des concepts d’écologie industrielle et d’économie circulaire pour la planification et l’intégration des projets au territoire d’ancrage. L’écologie industrielle serait le paradigme tout indiqué pour répondre aux enjeux du développement durable et pour dessiner de nouveaux modes de gouvernance axés sur la participation de la population locale.

Les décideurs auraient tout avantage à lire ces études afin de s’en inspirer. Quant aux citoyens, nous devons continuer à exiger une plus grande transparence et cohérence dans la planification de ce projet. Il faut absolument que nous puissions légitimement exercer notre pouvoir d’influence sur la prise de décisions. Il s’agit d’un enjeu démocratique important.

Photos Amélie Desnoyers/Courtoisie

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