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Les promoteurs immobiliers contre la mixité sociale

La mise en chantier, prévue pour cette année, d’un important projet immobilier sur la rue Sainte-Catherine, constitué au départ uniquement de condominiums, tel que le rapportait Samuel Lamoureux[1] dans nos pages récemment, a créé de nombreux remous dans le quartier. Un projet similaire devrait aussi voir le jour sur la rue Sherbrooke cet été. Ce type de développements et la manière avec laquelle ils sont menés posent un nombre d’enjeux que l’on se doit d’adresser.

De la mixité ?

D’abord, ces deux projets ne contenaient à la base aucune proposition d’aménagement social ni d’inclusion d’une forme ou d’une autre de cette mixité que l’on nous vante si souvent : pas de logements sociaux, pas de HLM, pas de coopératives, pas de logements réservés, subventionnés ou abordables. Rien, niet, nada. On me répondra que les promoteurs immobiliers n’ont aucune raison de le faire, qu’ils n’y sont pas tenus et qu’en ce sens on ne peut le leur reprocher. C’est bien là où le bât blesse.

Qui décide ?

Considérez-vous qu’il soit normal que les élu-e-s ou les fonctionnaires de l’arrondissement aient pratiquement à supplier un promoteur immobilier simplement pour que celui-ci accepte d’intégrer un volet social à son projet ? Ne devrait-il pas aller de soi que des développements de cette ampleur dans un quartier comme le nôtre soient tenus d’intégrer une partie significative de logements sociaux ?

On affirme souvent que la manière de faire, c’est-à-dire un développement résidentiel sauvage et dépourvu de réel encadrement, ne pose pas vraiment de problème. De toute manière, nous dit-on, nous n’aurions pas les moyens de décider collectivement de ce qui se passe sur notre territoire. Comme nous ne sommes pas en mesure de trouver les sommes nécessaires à l’achat de terrains, à la construction d’habitations et à leur entretien, la solution serait de laisser le marché définir l’ensemble de nos besoins locatifs et donc d’organiser notre vie collective. L’Arrondissement, la Ville et les gouvernements provincial et fédéral n’auraient ni la mission, ni la capacité économique, politique et législative d’organiser le développement résidentiel au nom du bien commun.

Au fond, cela revient à dire que nos différents paliers de gouvernements ne sont rien de plus que des lobbys tâchant de faire pression sur les vrais décideurs. Ces derniers ne se situeraient pas à l’hôtel de ville ou au gouvernement mais siègeraient plutôt aux conseils d’administration de certaines grosses boites de développement immobilier. Vous comprendrez que ce n’est pas mon avis.

Des choix politiques

Je crois qu’au contraire, il s’agit de choix politiques reposant sur une vision du développement du quartier. Au fond, on peut simplement être favorable à la construction de condos tous azimut. On peut se dire que le marché est le plus apte à définir nos besoins. Que de riches actionnaires habitant on ne sait où savent mieux que les résident-e-s ce qui est bon pour eux. On peut vouloir que les pauvres déménagent. Souhaiter ne pas en avoir dans son secteur. Être content que leurs restos crades ferment. Penser que les friperies et les brocantes nuisent à notre image de marque. On peut penser comme ça et en faire un projet politique organisé et cohérent. Mais ce que l’on ne peut pas faire, c’est prétendre que cela relève de la fatalité. Des condos, ce n’est pas comme la foudre, ça ne tombe pas du ciel. Il existe des normes, des codes et des lois qui nous permettent de régir le développement de notre territoire. Ce n’est pas parce que nos élu-e-s ne souhaitent pas s’en servir que ces outils n’existent pas.

Peut-être suis-je trop radical, mais il me semble que le développement de notre quartier, particulièrement du point de vue résidentiel, devrait se faire dans l’intérêt de ceux et celles qui y demeurent et non pas dans celui du portefeuille d’une minorité bien nantie.

[1] http://www.quartierhochelaga.com/208-condos-de-plus-sainte-catherine/

A propos Sébastien Sinclair

Sébastien Sinclair

Bachelier et candidat à l’obtention d’une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal, Sébastien se passionne pour tout ce qui touche les questions politiques, sociales et économiques. Résidant d’Hochelaga depuis 2003, il s’y implique de diverses manières et continuera de le faire, notamment par sa collaboration à QuartierHochelaga.

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