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Raïs Zaidi ou Le Pirate vert

Aux grands maux les grands moyens : pour lutter contre le gaspillage alimentaire et favoriser l’accès à la nourriture, Raïs Zaidi propose le verdissement comestible, une rue à la fois.

À une petite table de l’Anticafé, tasse assortie à la main, Raïs Zaidi s’emballe en racontant ses mille projets. Des « hobbys » qui sont au final un travail à temps plein, mais toujours bénévole, pour le plaisir et pour rendre service. D’une curiosité infinie et d’un appétit sans fin pour l’apprentissage, Le Pirate vit à son rythme et comme il l’entend.

L’été dernier, c’est la rue Dézéry qui a profité de son esprit créatif, lui qui y réside depuis maintenant sept ans. « Le coin où j’habite est l’un des plus gros déserts alimentaire d’Hochelaga-Maisonneuve, explique-t-il. C’est pour contrer ce phénomène que j’ai décidé de créer Dézéry verte et comestible, la première rue comestible de Montréal. »

Le pirate autodidacte

Rendre la nourriture accessible à tous est le grand cheval de bataille du Pirate vert, et, petit à petit, ses projets prennent vie et viennent en aide à plusieurs personnes. L’installation de barils bleus pour faire pousser des semis ou de jardinières chez des voisins ainsi que l’utilisation des carrés d’arbres ont porté fruit et ont même fait des petits. « Ça fait jaser ! Il y a des gens qui viennent me voir pour savoir ce que je fais, pour participer, témoigne Raïs Zaidi. Les gens veulent s’impliquer, c’est juste qu’ils ne savent pas nécessairement comment faire, mais ça s’apprend. »

Lui-même est du type autodidacte. Cuisinier depuis ses 16 ans, il a depuis élargi ses compétences et se définit aujourd’hui comme un « pirate à tout faire ». « Je travaille à contrat, explique-t-il. Ça me laisse davantage de flexibilité et de temps à consacrer à mes projets. » Et des projets, Raïs Zaidi en a plein la tête !

En plus d’entretenir une véritable jungle dans sa cour, il jardine depuis quatre ans sur une parcelle de terrain à Saint-Basile-le-Grand, « sa ferme ». « Jusqu’à il y a cinq ans, je ne savais pas comment faire pousser ma nourriture, déplore-t-il. J’ai voulu y remédier en suivant des formations pas chères, en apprenant de mes amis horticulteurs. Je ne suis pas un expert, mais je suis curieux et j’apprends vite ! » s’enthousiasme Raïs Zaidi, les yeux bleus pétillants et le sourire aux lèvres.

 

Le monde en marge

Toute son expertise, il s’acharne à la mettre au service de ceux qui en ont besoin, dans une optique d’économie sociale et communautaire. D’où le lien avec les pirates, d’ailleurs. « Le mode de vie des pirates avait beaucoup d’éléments commun avec l’anarchie moderne, constate-t-il. Chaque bateau était une société, ils [les pirates] s’excluaient volontairement du système autour. La plupart voulaient simplement être libres. Je m’identifie beaucoup à ça. »

C’est lorsqu’il travaillait au Café Chaos qu’il a embrassé les habits traditionnels de style « pirate ». « Mon ami et moi, on allait se promener dans le Vieux-Port et les gens nous arrêtaient pour prendre des photos », se rappelle-t-il en riant. Aujourd’hui, plusieurs le connaissent comme Le Pirate, ou Le Pirate vert pour les évènements liés à la nourriture. « Quand je distribue de la bouffe, je porte toujours mon tricorne ! »

Il a l’animation dans le sang et de l’énergie à revendre. Éternel optimiste, Raïs Zaidi espère rejoindre encore davantage de gens cet été pour participer à la mise en place d’agriculture urbaine comestible. « Il y a un grand besoin à Hochelaga pour des aliments frais et locaux, constate-t-il. Je rêve de créer un petit oasis de nourriture gratuite. » C’est bien parti, comme désormais il n’est plus le seul à remplir les glacières devant chez lui; d’autres gens ont embarqué et utilisent l’endroit pour y laisser de la nourriture.

La semaine dernière, il y avait un petit mot dans la glacière. « Ça disait quelque chose comme « Merci, tu as aidé à nourrir cinq végétariens cette semaine » avec des cœurs et tout. »

Crédit photo: Raïs Zaidi

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo

Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

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