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Repartir à zéro, un coup de rame à la fois

Traverser l’océan Atlantique à la rame, en moins de 48 jours, 4 heures et 30 minutes : c’est le pari de Mahée Blais-Bernatchez et de son équipe pour battre le record Guiness actuel. La Hochelagaise d’adoption s’est découvert une passion pour ce sport d’aventure et veut désormais y plonger tête première.

« Avant, je n’avais jamais vraiment fait de sport de ma vie. Je ne suis vraiment pas athlétique à la base! », avoue la jeune femme en riant. Ça ne l’empêchera pas de se mesurer à l’Atlantique en mars prochain, un défi réalisé par de plus en plus d’aventuriers en quête de sensations fortes. La Québécoise Mylène Paquette a grandement contribué à faire connaître la rame par son expédition de 5000 km sur l’Atlantique Nord, en 2013. « Personne au Québec n’avait fait ça avant elle. Ça a été très difficile parce que les gens ne la croyaient pas, mais elle a ouvert la voie », s’enthousiasme Mahée Blais-Bernatchez.

Jusqu’à tout récemment, celle-ci avait plutôt le regard tourné vers la Great Pacific Race 2018. Ce trajet d’environ 3800 km sur le Pacifique lui aurait assuré de remporter un record, puisque personne au Canada n’a encore réalisé cette traversée. « En 2014, deux Canadiennes se sont inscrites, mais l’une d’entre elles a voulu virer de bord après une journée », laissant le titre vacant, explique la rameuse.

Une suite d’évènements l’a finalement poussée à plutôt choisir de traverser l’Atlantique, dans l’équipe de l’aventurier irlandais Ralph Tuijn. C’est d’ailleurs son propre record que tentera de battre l’équipage de 4 à 5 rameurs à bord du Rannoch 45, en mars 2018. Du Portugal à la Guyane française, l’embarcation avalera au minimum 6111 km, pour une traversée optimale. Si l’expédition est réussie, Mahée Blais-Bernatchez deviendra la deuxième femme québécoise à réussir cet exploit.

Mahée Blais-Bernatchez

Épuisante routine

Sur le bateau, la vie est rythmée par des blocs de temps : deux heures de rame, puis deux heures de repos. Le but est de ramer 24 heures sur 24. « Ça va être vraiment difficile physiquement et mentalement. On rame douze heures par jour. Dans le douze heures de repos, il faut aussi manger, se laver, diriger le bateau, entretenir les réseaux sociaux… et le reste du temps, on dort! », prévoit la jeune femme.

Pour réussir à faire avancer l’embarcation, ce ne sont pas moins de 5000 calories par jour que devront avaler les rameurs, sous forme de nourriture lyophilisée. Bœuf Stroganoff, Pad thaï, couscous; les choix ne manquent pas, même si la qualité varie. « Par contre, je suis végétalienne, donc ça réduit les options », nuance la rameuse qui a fait appel à plusieurs organismes pour organiser son menu.

Le coût d’une expédition de rame océanique peut aller de 35 000 $, en équipe, à 300 000 $ pour une expédition solo comme celle de Mylène Paquette. Dans tous les cas, la plupart des aventuriers financent le tout à coup de commanditaires et de collectes de fonds, puis de conférences à leur retour. « Ma Visa est pleine en ce moment!, s’affole Mahée Blais-Bernatchez. Je planifie me rembourser quand j’aurai trouvé des commanditaires. Je compte aussi faire une campagne de sociofinancement, une chanson en langues des signes pour expliquer mon projet, par exemple. » Car avant de se lancer dans ce projet d’envergure, la jeune femme est avant tout interprète en langue des signes. « Ça fait cinq ans que je fais ça. Je vais continuer après mon voyage, mais pas tout de suite, parce que je sais que j’aurai la tête ailleurs », reconnaît-elle.

Mahée Blais-Bernatchez

Défier ses limites

« Je sais que je vais avoir mal, mais je ne dirais pas que ça me fait peur. Il paraît qu’après un moment on hallucine, on dort presque éveillé, tout le monde craque un peu. Mais je veux voir ce que je suis capable de faire, jusqu’où je peux aller », raisonne l’aventurière.

Pour le moment, ses expéditions se sont limitées au canal Lachine, où les sportifs d’aviron s’entraînent durant l’été. Si ces avant-goûts ont filé à la vitesse de l’éclair, ce pourrait être tout autrement pour les nombreuses semaines sur l’Atlantique. « Si après l’expédition, je me rends compte que la rame, ce n’est pas pour moi, je ferai autre chose! Traverser des déserts à la marche, par exemple. Mais en ce moment, je suis trop fascinée pour laisser passer ça », assure-t-elle.

À travers les tempêtes océaniques, les éventuels chavirements d’embarcation et les obstacles imprévus, vous pourrez suivre Mahée Blais-Bernatchez sur Facebook à @MaheePublic ou sur Instagram à @maheeblaisbernatchez. Un traceur GPS permettra de suivre le cheminement de l’équipage à bord du Rannoch 45.

Crédit photo: Ericka Muzzo

A propos Ericka Muzzo

Ericka Muzzo

Nouvellement installée à Hochelaga-Maisonneuve, Ericka est étudiante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Elle se passionne pour ces histoires en apparence banales qui épicent la vie et créent des ponts entre nous, individus à la fois si uniques et pourtant si semblables.

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