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Le ronron monotone du conformisme ambiant / La chronique de Leopol Bourjoi

Depuis que j’écris pour notre cher média collaboratif QuartierHochelaga, des lecteurs et des amis me font des commentaires et me questionnent parfois sur les craintes que je devrais avoir à critiquer la pensée conformiste ambiante.

Je ne peux dire que je n’y pense jamais, puisque tous ont remarqué comme moi que la commission Charbonneau s’est pour ainsi dire limitée à reprocher à un ouvrier de faire usage de gros yeux autoritaires alors que la société ne lui accordait aucun droit à l’autorité; mais je prends ça avec un grain de sel, même si j’admets que l’idée de provoquer quelques réactions, aussi petites soient-elles, me plaît. Autrement, à quoi cela servirait-il d’être devenu l’artiste ouvrier chercheur de sens d’Hochelaga ?

Cela n’était pas mon intention à l’origine, puisque l’enfant complexé et timide que j’étais, qui cachait sa main recroquevillée dans sa manche, ne souhaitait candidement, mais ardemment, qu’à comprendre comme les grands, les cultivés, les vérités de ce monde.

La candeur disparue, l’adulte a fini par accepter la singularité de pensée de l’intellectuel autodidacte issu du monde ouvrier, même si un diplôme de maîtrise en enseignement des arts, contrairement à ce qui est permis au citoyen dit populiste, vient avec le droit de penser le ronron du prêt-à-penser conformiste.

Étant né infirme, je connais aussi assez bien, pour l’avoir longtemps subie, la marginalité qui a longtemps été évidente et qui, sauf lorsque j’ai enseigné au secondaire, est devenue avec le temps beaucoup plus discrète en adoptant d’autres formes.

Pour le marginal conscient de son état, l’inconscience conformiste, qui peut trop aisément le transformer en victime invisible, ne peut être satisfaisante.

C’est pour cela que l’artiste, l’ouvrier, l’infirme et tous les autres doivent écrire sur ce qui les concerne directement. Étant vraiment impliqués, ils sont les premiers à devoir comprendre ce que la société leur fait vivre avant qu’elle-même ne le sache. Ce ne peut être que pour se plaindre ou accuser, puisque tous se plaignent de tous de toute manière, mais plutôt parce qu’à force d’être dit, cela pourrait finir par être entendu par ceux qui peuvent faire une différence, bien qu’ils soient trop peu nombreux pour que cela soit confortable pour la démocratie.

Je ne suis pas arrivé à ces constatations par hasard ou en maintenant une pose pensive sur un banc à l’image du Penseur de Rodin. J’y suis arrivé en m’exposant à d’innombrables expériences de vie et en n’hésitant jamais à faire l’apprentissage de nombreux métiers dans plusieurs régions du Québec. J’ai également naturellement profité d’une immersion active dans plusieurs milieux de travail, tout en consultant passionnément un grand nombre d’ouvrages écrits par des intelligences beaucoup plus éclairées que je ne le serai jamais.

Cette quête consciente de sens me permet d’affirmer que la psychologie humaine et son nécessaire égocentrisme étant ce qu’ils sont, cela prend un infirme pour comprendre l’infirmité, un dominé, la domination, un malade, la maladie, un exclu, l’exclusion, comme l’a abondamment expliqué à sa manière Gustav Eckstein, dans son ouvrage intitulé The Body Has a Head, publié en 1969.

Pour Eckstein, qui le connaissait bien, le cerveau est un organe à vivre comme un autre, au même titre que le foie ou le cœur.

Lorsque nous croyons que notre cerveau pense, il pense en fait à des stratégies, des manières, des recettes pour rester en vie, que ce soit apprendre à lire ou manger avec une fourchette, penser en mandarin s’il naît en Chine ou français s’il naît dans le quartier Hochelaga. Lorsque cela le fait vivre, pour un cerveau, c’est du pareil au même.

Nous ne devrions plus chercher de midi à quatorze heures en entretenant toute sorte d’explications fantaisistes nous venant d’un passé d’ignorance. Tout est affaire d’apprentissage et de la permanence de ces apprentissages. Les Jésuites ne disaient-ils pas, il y a plusieurs siècles de cela, que si on leur confiait un enfant de cinq ans qu’ils en feraient ce qu’ils voulaient?

Par conséquent, le monde dystopique comme il se fait actuellement pourrait être très différent. L’humain se reconnaissant à sa culture, il suffirait de le penser autrement.

Un récit de vie singulier comme le sont tous les récits de vie est un bon début. C’est ce que j’ai de mieux à offrir et c’est ce que je vous donnerai à lire au cours des textes que je présenterai en 2018 par l’entremise de notre cher média collaboratif QuartierHochelaga.  ;-))

A propos Léopol Bourjoi

Pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, Bourjoi est l’ouvrier artiste. Il a depuis 1968, à 18 ans, présenté ses œuvres dans plus de 80 expositions solos et de groupe à Montréal, Laval, Québec, Labrador City et Washington. Durant un quart de siècle, il a parcouru usines et chantiers pour y apprendre les métiers et les valeurs des ouvriers qui construisent le monde matériel pour tous. À la fin de cette exploration, afin de valider son parcours d’artiste autodidacte, Bourjoi a à 46 ans obtenu une maîtrise en arts plastiques de l’UQAM. Depuis 2001 il produit ses oeuvres dans le bel atelier qu’il a construit de ses mains dans le quartier Hochelaga (son quartier) en 2000. Depuis il exprime par ses œuvres de plasticien et son écriture, la culture et les valeurs qu’il a adoptées.

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