Accueil / Culture / Saisir le présent / La société des poètes disparus au TDP

Saisir le présent / La société des poètes disparus au TDP

Le film La Société des poètes disparus, depuis sa sortie en 1989, nous a pour la plupart envoutés par son hymne à l’anticonformisme. L’adaptation théâtrale présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 16 avril ne fait pas que ressusciter ces émotions, elle en invoque de nouvelles pour ce texte qui prend toute sa puissance sur les planches.

La forme théâtrale de ce scénario écrit par Tom Schulman dans les années 1980 et traduit par Maryse Warda ne prend pas une ride. Au contraire, comme le rappelle le metteur en scène Sébastien David, le scénario des Poètes disparus transpire le théâtre. Un des personnages principaux, le jeune Neil (interprété avec aplomb par Émile Schneider), rêve de devenir acteur, le professeur Keating ne cesse de s’envoler au-devant de sa classe comme un leader énergise sa foule et les références à Shakespeare fusent de partout.

Mais avant d’aller trop vite, ne nous perdons pas. Résumons un peu les propos du film, bien que tous s’en souviennent vaguement. Six adolescents américains fréquentent un collège privé américain à la fin des années 1950. Ce collège, très sérieux, gravite autour de plusieurs valeurs comme la tradition et l’excellence. Ces jeunes hommes rongés par leurs désirs d’adolescents refoulés sont frappés par l’approche pédagogique de leur nouveau professeur de littérature M. Keating.

Celui-ci les invite à oublier l’académisme en poésie et à renouer avec les auteurs romantiques et transcendantalistes comme Whitman et Thoreau. Derrière ses envolées lyriques, le professeur incite ses étudiants à penser par eux-mêmes et vivre le moment présent — carpe diem. Motivés et unis par la ferveur de leur professeur anticonformisme, les étudiants recréent la société des poètes disparus qui se réunissent pour lire des vieux poèmes mais surtout pour être libres. Jusqu’à ce que les dispositifs disciplinaires les rattrapent et imposent la tragédie.

Crédit Gunther Gamper

Le corps électrique

La mise en scène de Sébastien David rend hommage à ce scénario dramatique en mêlant tradition et modernité dans un style épuré. Tradition d’abord parce que la scène est uniquement formée d’un escalier beige où se déploie l’action de la classe, des dortoirs mais aussi de la grotte des poètes disparus. Modernité ensuite puisque les escaliers sont surplombés d’un énorme écran qui varie en couleurs en fonction de l’intensité de l’événement.

Du côté des interprètes, nous n’avons sciemment pas mentionné l’acteur qui incarne M. Keating pour une raison bien particulière : se garder le meilleur pour la fin. En effet, l’acteur Patrice Dubois offre ici une de ses performances les plus inspirées. Le créateur hyperactif dans le milieu du théâtre québécois relève avec brio le défi d’incarner le personnage si marqué par Robin Williams, tout en l’adaptant à son propre style et surtout sa propre voix. Sa performance relève celle de tous les autres. Saluons-la.

C’est sans parler des autres acteurs incarnant les étudiants, tous inspirés, particulièrement Anglesh Major et Étienne Lou respectivement dans les rôles de Knox et de Meeks. Ceux-ci suscitent successivement le ravissement, le dégoût, l’espoir, la colère, la tristesse et bien sûr, la révolte. Ce dernier mot prend tout son sens dans la dernière scène où les personnages se dressent les points dans les airs en criant « oh capitaine ! » en hommage à leur ancien professeur. Moment cathartique par excellence où ceux-ci laissent véritablement parler « leur corps électrique ».

Que ce soit pour soi-même entrer dans le mythe de la caverne poétique pour mieux en sortir, ou pour vivre à nouveau ces émotions si dramatiques entourant les adolescents s’épanouissant dans une cage de fer, la pièce La société des poètes disparus est un événement incontournable. Le spectateur en sort plus que nostalgique, il est débordé par de multiples vibrations qui l’invite à lui-même se dépasser.

La pièce La Société des poètes disparus est présentée jusqu’au 16 avril au Théâtre Denise-Pelletier.

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux
Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l'a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l'avenir du quartier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.