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Sarah Maxwell, une héroïne méconnue

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L’Arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve voudrait changer le nom du parc Dézéry-Lafontaine pour le parc Sarah-Maxwell. Cet article veut rappeler la mémoire de cette enseignante qui donna sa vie pour sauver de jeunes élèves.

Sarah Maxwell naît le 6 mars 1875 à Montréal de James Walter Maxwell et Sarah Margaret Stanley. Elle est la dernière d’une famille de cinq enfants. Comme sa sœur Winnie, elle désire être enseignante. Étudiante à l’École normale McGill, elle obtient son diplôme d’enseignement à l’école élémentaire en 1892, puis celui d’école modèle l’année suivante. Elle travaille à la Hochelaga Protestant School, alors située sur la rue Préfontaine, près d’Adam. Elle en devient la directrice en 1901, tout en continuant d’enseigner. L’école, inaugurée en 1890, est un bâtiment de trois étages qui accueille 170 élèves en 1907. Elle dessert une population ouvrière anglophone qui travaille dans les usines environnantes. Elle n’est pas dotée d’issues de secours et chauffe au charbon. Certains journaux d’époque qualifient l’école de « trappe à feu ». En novembre 1906, Sarah Maxwell avait averti la Commission scolaire que la chaufferie était inadéquate.

Assez curieusement, les plus petits sont à l’étage supérieur, pour ne pas, dit-on, que les plus grands les écrasent en cas d’incendie. Lorsque la fumée envahit l’école dans l’après-midi du 26 février 1907, Sarah Maxwell fait évacuer les élèves plus âgés et remonte pour faire sortir les plus jeunes. Une trentaine d’élèves du niveau maternelle sont regroupés autour de Mlle Keys, leur enseignante. Celle-ci attire vers elle quelques élèves et réussit à traverser le rideau de fumée et à les sortir indemnes. À ce moment, la fumée et les flammes sont de plus en plus denses. Le capitaine Carson et le chef Benoit réussissent à atteindre l’étage supérieur avec une échelle et Mlle Maxwell  leur remet un certain nombre d’élèves. On entend ensuite une explosion. Les deux pompiers tentent alors d’agripper la directrice, mais celle-ci retourne dans les flammes. Elle finit par tomber d’épuisement, asphyxiée. Une fois l’incendie maîtrisé, on la retrouva morte, son corps recouvrant un des enfants. Seize enfants périrent dans le sinistre.

Source: Archives de la English Montreal School Board (EMSB)

Les funérailles de Sarah Maxwell eurent lieu le 28 février à la cathédrale Christ Church de Montréal en présence d’une foule nombreuse composée de tous les enseignants des écoles protestantes et de beaucoup d’élèves de l’école Hochelaga. Une plaque de bronze fut ensuite posée dans la partie ouest de la cathédrale pour honorer la mémoire de l’héroïne. Le Montreal Star lança une souscription populaire pour acheter un terrain au cimetière Mont-Royal et faire ériger une pierre tombale.

Le 1er mars, un service funèbre fut célébré à l’église anglicane adjacente à l’école pour une grande partie des petites victimes. Des milliers de personnes se massèrent devant l’église pour assister au cortège funèbre. Cette cérémonie donna lieu à des scènes déchirantes pour les parents accompagnant leurs enfants à leur dernier repos.

L’école fut reconstruite l’année suivante et rebaptisée « Sarah Maxwell Memorial School ». Puisque Sarah Maxwell était le seul soutien financier de sa mère, l’Assemblée législative vota quelques semaines plus tard pour lui verser une pension annuelle de 300 $. Dans le quartier, le seul témoignage de cet acte de bravoure est une murale en décrépitude sur une maison de la rue Adam dont les passants ne connaissent pas vraiment la signification.

Notes

Un excellent dossier de Robert N. Wilkins sur l’incendie se trouve au lien suivant : https://rnwilkins.wordpress.com/2009/09/10/hochelaga-school-fire-of-1907/

Le prochain article portera sur les buanderies chinoises, très présentes dans le quartier dans la première moitié du XXe siècle.

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1979, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

Un commentaire

  1. Joan Maxwell

    Je suis la fille de Donald winfield Maxwell, le fils de James Hubert Maxwell et je suis entièrement d’accord avec l’idee d’avoir un endroit nommé après Sarah Maxwell

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