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Songe d’une nuit d’été : paillettes, champagne et rêve hollywoodien.

Frédéric Bélanger et Steve Gagnon campent leur adaptation moderne de la célèbre comédie de Shakespeare Le songe d’une nuit d’été dans l’univers mythique du Hollywood des années 1930-1950.

C’est au beau milieu du luxe des fêtes que se déroule ce conte cruel et sensuel sur les premiers ébats amoureux. Hermia, promise à Démétrius, s’enfuit avec Lysandre, celui qu’elle aime. Démétrius tente alors de la retrouver, suivi de près par Hélèna, qui est éperdument éprise du fiancé de son amie. Puck, « alchimiste » de l’amour, s’amuse à user de ses potions pour semer le désordre au sein du quatuor. Pendant ce temps, Obéron tente de récupérer son ex-femme, la star et reine d’Hollywood Titania, à l’aide de manigances malveillantes.

Quand Shakespeare rencontre Marilyn Monroe

Comme dans les films, les péripéties et passions des protagonistes sont accentuées de musique – ici jouée devant le spectateur. Titania et son amant mi-homme, mi-âne se chantent la sérénade dans une prestation inspirée des comédies musicales. Des mini-vidéos projetées sur un écran style ciné-parc nous présentent, en noir et blanc, les « stars » de la pièce hors-scène. Titania, avec ses robes somptueuses et ses boucles parfaites, est cette souveraine incontestable d’Hollywood, actrice glamour qui rappelle Marilyn Monroe ou Grace Kelly.

Au centre de la scène trône une structure en bois où on déchiffre un « Dream » imposant, mantra des personnages de la pièce qui rêvent d’amour en grand. La construction permet également aux comédiens de jouer sur plusieurs niveaux- technique merveilleusement utilisée lorsque Puck, se tenant au-dessus de la tête de ses victimes, tire les ficelles de leur destin. Plongée dans le noir, la scène s’illumine grâce à des néons colorés et à une boule disco.

Des comédiens qui « crèvent l’écran »

Les corps deviennent instruments et pas un millimètre de la scène reste inutilisé. Les mouvements sont minutieusement chorégraphiés, l’autre sert d’accessoire pour rouler quelque part ou pour se soulever. Un jeu de mime, surtout humoristique, s’installe. On assiste à une ribambelle de positions inusitées, de tirage et de lancers de corps ainsi qu’à des allusions sexuelles de toutes sortes. Moonwalk, mouvements guerriers, danse et festival de la claque sont au menu.

Si tous les comédiens livrent une bonne performance, se démarquent Maude Guérin avec sa Titania fière, sensuelle et arrogante; Dany Boudreault avec un Puck queer, machiavélique et joueur et Karine Gonthier-Hyndman avec une Hélèna pleine de la vitalité et de l’empressement de la jeunesse.

Vaut mieux en rire

Le texte de Shakespeare, adapté, se retrouve contaminé par un langage courant moderne. C’est surtout vrai lorsque les comédiens brisent le quatrième mur. L’ouverture et la fermeture, endossées par Adrien Bletton, Jean-Philippe Perras et Olivia Palacci, présentent entre autres cette caractéristique. Le trio brouille la frontière entre réalité et théâtre (rêve) en se réclamant employés du théâtre, mais pas comédiens. « Dépannant », ils se permettent alors de nombreux « ta gueule », entre autres familiarités.

Ce type d’humour permet également d’alléger les thématiques parfois difficiles abordées par la pièce. On écarte donc, à l’aide de quelques blagues, un instant de fat-shaming irritant. «Y’a un toto qui rit de moi depuis tantôt », s’exclame en effet la comédienne traitée de courge quelques minutes plus tôt en cherchant frénétiquement le coupable dans la salle. Sous l’hilarité générale pointent des éléments de violence faite aux femmes (étranglement mimé et nombreuses menaces de mort), de non-consentement, d’âgisme et de zoophilie. La pièce de Shakespeare n’est pas toujours rose et le spectateur averti laissera paraître une ou deux grimaces de malaise.

La pièce Le songe d’une nuit d’été, coproduction du Théâtre Denise-Pelletier et du Théâtre Advienne Que Pourra, sera présentée jusqu’au 18 avril 2018.

Crédit photo: Gunther Gamper

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Daphné Ouimet-Juteau

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