Accueil / Citoyenneté / Square Viger: Les itinérants sont repoussés vers l’est

Square Viger: Les itinérants sont repoussés vers l’est

Loin de régler le problème des marginaux qui s’abritaient sous les îlots du terrain public, le projet de rénovation du square Viger semble plutôt pelleter ceux-ci vers des lieux moins voyants, surtout dans l’est de Montréal, croient les intervenants travaillant sur le terrain.

La place Vauquelin, près du métro Champ-de-Mars, est devenue un endroit investi par des anciens de Viger. Près de l’hôtel de ville, au-dessus de la sortie du métro, on peut remarquer une petite jungle chaque soir formée de tentes et de sacs de couchage. Une telle situation d’éparpillement est désormais plus difficile à gérer pour les intervenants.

«On aime mieux les avoir tous regroupés quelque part que de retrouver des gars isolés dans les fonds de ruelle qui vont mourir d’une overdose comme des chiens», déclare le travailleur communautaire Michel Calhouette.

L’intervenant de proximité de l’organisme le Sac à Dos, qui a aussi vécu dans la rue dans les années 1990, souligne que les consommateurs de drogue dure aiment être regroupés pour se sentir plus en sécurité. Ceux-ci savent que l’aide est près s’ils tombent en overdose.

Le problème se déplace vers l’est

Outre la place Vauquelin, les marginaux qui fréquentaient auparavant le quartier Ville-Marie semblent surtout se déplacer vers l’est de la ville dans Hochelaga-Maisonneuve et Mercier. Le Groupe d’entraide Mercier-Ouest a noté une augmentation de 30 % de sa fréquentation entre 2014 et 2015. Les itinérants du quartier se retrouvent principalement à proximité des différentes stations de métro de la rue Sherbrooke et de la rue Hochelaga.

«On va les voir devant les commerces ou encore dans les petits parcs du Centre-Sud. Chose certaine, il y a une dispersion des gens, ce qui rend la sécurité des lieux plus difficiles à gérer», énonce Pierre Gaudreau du RAPSIM.

Selon le coordonnateur de l’organisme, cette initiative de la Ville au square Viger à pour impact, volontaire ou non, de déplacer le problème de l’itinérance vers l’est. Par conséquent, cela fait en sorte d’éloigner les sans-abris des ressources en matière de toxicomanie, par exemple. «Les déplacer n’est pas une solution, s’il y a certains irritants liés à la vente de drogue, les envoyer ailleurs ne règlera rien», soutient-il. Ce dernier estime aussi qu’il existe un risque qu’en bougeant le problème, les revendeurs, une petite partie des gens qui étaient présents au square se rapprochent des milieux plus résidentiels.

Maintenant que les travaux sont déjà en branle et que les derniers sans-abris habitant le square ont été expulsés, Élise Solomon, également du RAPSIM, espère que le nouveau carré Viger puisse commémorer ce qu’il a représenté pendant de nombreuses années aux personnes dans le besoin.

«Il faut faire attention, dans les réaménagements d’espaces publics, à l’architecture, prévient l’organisatrice communautaire. Parfois, on ne sait pas si c’est intentionnel ou non que l’architecture exclue de facto les itinérants.» Celle-ci donne en exemple les appuie-bras installés sur les bancs pour empêcher les gens de s’y coucher.

Un ensemble très obscur

Pour répondre à la nouvelle affluence de marginaux dans l’est de Montréal, le Centre local de services communautaires (CLSC) d’Hochelaga-Maisonneuve a été ciblé pour accueillir un service d’injection supervisée (SIS) dès le printemps 2017. Douze millions de dollars ont été débloqués par le gouvernement du Québec pour l’inauguration de centre d’injection de ce genre à Montréal.

Pour Pierre Gaudreau, l’implantation d’un SIS est l’un des rares signes de préoccupation offerts par les autorités pour la question itinérante. «C’est une lueur dans un ensemble qui reste très obscur. On a perdu la trace de certains consommateurs qui ont été expulsés vers l’est. C’est à la population locale de rester à l’affût et surtout ouverte d’esprit pour accueillir ces nouveaux flâneurs», énonce-t-il.

Lors de l’adoption du règlement qui interdisait les chiens dans le parc Émilie-Gamelin en juin 2007, le commandant du poste de quartier 21, Marc Riopel, a fait la déclaration suivante: «On déplace un problème où il y avait une trentaine de personnes pour créer un problème dans une trentaine d’endroits.» La même déclaration pourrait s’appliquer aujourd’hui concernant la fermeture du square Viger.

Photos Samuel Lamoureux

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux

Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l’a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l’avenir du quartier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *