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Transport collectif: 50 ans d’exclusion

QuartierHochelaga relaie le texte d’opinion qui suit. Le contenu n’engage que l’auteur de ces lignes, Gilles Beaudry, résident de la rue Préfontaine et auteur du blogue Mes Quartiers.

Le 23 février dernier, on apprenait que la Ville de Montréal venait d’octroyer à la firme américaine AECOM le mandat de préparer les plans et devis pour réaliser la phase 1 du Service rapide par bus (SRB) sur le boulevard Pie-IX: une ligne de 11 km (17 stations) allant de Laval jusqu’au métro Pie-IX. Aucune station prévue au sud de Pierre-de-Coubertin. Ce n’est qu’une fois cette première phase réalisée, en 2022, qu’on commencera à étudier une possible phase 2 consistant à prolonger le SRB jusqu’à la rue Notre-Dame, pour ensuite rejoindre le centre-ville. Il faudra donc attendre minimalement jusqu’en 2028 avant que cette deuxième phase ne voie le jour…

Crédits Agence métropolitaine de transport

Le grand exclu sera donc Hochelaga. Car tous les quartiers que traverse le boulevard Pie-IX seront desservis, sauf le nôtre. Les résidents de Montréal-Nord, de Villeray, de Rosemont, et même de Laval pourront se déplacer à grande vitesse, mais pas nous. Ce qui signifie que pendant des années, les échanges entre tous ces quartiers seront favorisés alors que nos Promenades Hochelaga-Maisonneuve se trouveront isolées. Une belle occasion ratée de stimuler le développement économique d’Hochelaga. Pourtant, la rue Ontario est la plus importante rue commerciale qui croise Pie-IX: 1,7 km de commerces, soit autant que la Plaza Saint-Hubert, ou la rue Wellington à Verdun. Alors, comment expliquer qu’on fasse arrêter la phase 1 du SRB juste avant d’y arriver? Imaginez un seul instant qu’on ait conçu une ligne de SRB de 11 km qui prend soin de couvrir toute la rue Beaubien, mais qui arrête juste avant d’arriver à la Plaza Saint-Hubert: tout le monde aurait trouvé cela stupide. Eh bien, c’est exactement ce que l’on fait avec nos Promenades. On aurait pu se servir du SRB pour faire du développement économique, mais on préfère ne s’en servir que pour amener les Lavallois et les Montréalais du nord de la ville au métro de la ligne verte, afin de soulager la ligne orange. Aucune préoccupation pour notre quartier dans cette histoire!

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Crédits Agence métropolitaine de transport

Mais cette exclusion d’Hochelaga ne surprend pas: elle dure depuis des années. Quand on a construit la ligne verte, on l’a décalée vers le nord de telle sorte que les stations Préfontaine et Joliette ont été construites à 600 m de la Promenade Ontario, et les stations Pie-IX et Viau à 1 km. Pourtant, aucune autre artère commerciale ne s’est fait traiter de la sorte: on n’a jamais pensé faire passer la ligne verte à 600 m de la rue Sainte-Catherine au centre-ville ou de la rue Wellington à Verdun. On n’a jamais pensé non plus placer la ligne orange à 600 m de la rue Saint-Denis ou de la Plaza Saint-Hubert. Toutes ces rues ont eu droit à leurs stations de métro tout près, mais pas la Promenade Ontario! Puis, plus tard, on a projeté la fameuse ligne de métro blanche. Celle-ci ne se réalisa jamais, mais il est intéressant de voir que les derniers plans proposés au début des années 1990 la faisaient partir de Montréal-Nord pour longer le boulevard Pie-IX jusqu’au métro du même nom. Aucune station au sud de Pierre-de-Coubertin! On aurait pu placer le terminus de la ligne blanche en plein cœur d’Hochelaga-Maisonneuve et contribuer à sortir notre quartier de la misère… Mais non: ce dernier ne faisait pas partie des préoccupations des grands penseurs de la ville-centre de l’époque.

Cette absence d’intérêt pour Hochelaga se perpétua ensuite sans gêne. Quand le premier SRB Pie-IX a été implanté, celui qui roulait à contresens, aucun arrêt n’a été installé au sud du métro Pie-IX. Même chose lorsqu’on le remplaça par la ligne actuelle du bus express 439. Et si rien n’est fait, cette tradition d’exclusion se perpétuera avec le nouveau SRB aussi. C’est donc dire qu’en 50 ans de planification des transports, des premières stations de métro jusqu’à nos jours, personne ne se sera préoccupé de desservir Ontario ou Sainte-Catherine. Comme si notre quartier n’existait pas.

Eh bien, les Hochelagais ont ce message à transmettre aux décideurs: nous n’accepterons pas d’être encore exclus jusqu’en 2028! Nous voulons faire partie de la phase 1 du SRB tout de suite. Hochelaga est en effervescence depuis quelques années et a besoin de ce coup de pouce pour le soutenir: il n’a pas le luxe d’attendre encore 12 ans! Rien ne justifie de toute façon de le placer dans la phase 2 avec le centre-ville, qui est à 3 km d’ici: notre quartier est sur Pie-IX, comme le reste de la phase 1. Alors, notre place naturelle est avec cette dernière! Complétez donc le boulevard Pie-IX en entier, au lieu de le faire à moitié. Il ne manque que deux stations aux coins Pie-IX/Ontario et Pie-IX/Sainte-Catherine pour finir le travail. Et au pire, si vous n’êtes pas capables de modifier le mandat et le budget accordés à AECOM pour inclure deux stations de plus, installez ces deux arrêts sur le trottoir. Pas de station supplémentaire à construire, pas de voie réservée à prolonger, aucune étude requise: juste deux panneaux d’arrêt bien ordinaires à installer! Deux endroits où les bus du SRB s’arrêteront dans le sud d’Hochelaga, avant de repartir vers le nord après leur boucle sur la rue Notre-Dame… Un compromis qui ne coûterait pas un sou de plus aux contribuables. Mais qui mettrait fin à 50 ans d’exclusion.

A propos Collaborateur spécial - Place publique

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La publication d’un texte ne signifie en aucun cas que QuartierHochelaga endosse les propos de son auteur. Soumettez vos textes à info@quartierhochelaga.com avec pour objet «Lettre d'opinion»

3 Commentiares

  1. Irène Durand

    J’approuve totalement ce texte.

  2. André Sirois

    Excellent texte très riche en informations utiles. Il devrait être repris par les grands médias. M. Beaudry devrait donner des entrevues à ce sujet.

  3. François Gagnon

    Le seul problème étant que si on prolonge la ligne SRB sans refaire la chaussée, celle-ci sera démolie en deux mois grâce à des autobus aussi lourds et nombreux. Et que ce sera très inconfortable pour les piétons et cyclistes, et très bruyant pour les riverains. Petits détails.

    Vous me direz que de toute façon on va subir ces effets, car le plan actuel est de faire tourner les autobus sur Notre-Dame, si j’ai bien compris. C’est bien vrai. Mais bon ça montre juste l’absurdité de la chose encore plus. Est-ce qu’on doit accepter une autoroute à autobus sans les mesures de mitigation qui vont avec (une piste centrale, une chaussée refaite, des stations appropriées)?

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