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Un an après les assises, de premières mesures pour contrer la gentrification

Exactement un an après les assises sur la gentrification organisées dans le quartier le 7 mai 2017, les élus de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve adoptent de premières mesures pour contrer les effets négatifs de la gentrification. Ceux-ci font passer le ratio d’inclusion de logements abordables dans les nouveaux projets immobiliers de 15 % à 20 %, une promesse électorale.

Le maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), Pierre Lessard-Blais, était présent en tant que citoyen lors des assises sur la gentrification l’an dernier. « Je trouvais ça important que tout le monde dans le quartier soit sensibilisé à l’importance de la mixité sociale et s’engage à combattre les effets négatifs de la gentrification », explique-t-il. Le jeune père précise bien ici les effets négatifs de la gentrification, car ce phénomène social n’apporte pas que des effets négatifs selon lui. L’arrivée de nouveaux commerces dans des locaux vacants peut être par exemple une bonne chose. « L’arrivée d’une certaine densification dans quelques quartiers, c’est des impacts positifs. Par contre, ça peut faire augmenter la valeur immobilière de chaque propriété. C’est pour ça qu’il faut constamment travailler sur la mixité sociale », souligne-t-il.

Les assises sur la gentrification, qui ont été perturbées par des manifestations, s’étaient conclues avec 25 pistes de réflexion concernant autant le logement communautaire, les programmes, les locataires et les commerces et services de proximité. Sans nécessairement en préférer quelques-unes, Pierre Lessard-Blais estime que l’important est d’être proactif en proposant un cocktail de solutions qui obtiennent du financement de tous les paliers gouvernementaux.

« Quand on vit dans Hochelaga-Maisonneuve on voit que ça se transforme très rapidement, moi je suis vraiment focus sur l’action. C’était un beau moment de discussion, mais on a surtout besoin d’action », dit-il.

Une manifestation du Comité BAILS en 2016. Crédit photo: Simon Mauvieux.

Ratio d’inclusion

La nouvelle mesure annoncée lors du conseil d’arrondissement du 1er mai se nomme la « Stratégie locale d’inclusion de logements sociaux et abordables dans les nouveaux projets résidentiels » et actualise une mesure similaire qui avait été adoptée en 2015 par l’administration précédente.

La stratégie d’inclusion oblige tout promoteur qui compte construire un projet de plus de cinq portes à construire 20 % de logements sociaux sur son site ou à donner ce montant en contribution financière au fonds de contribution. Le fonds de contribution à la Stratégie d’inclusion de logements abordables reçoit les contributions de promoteurs de projets immobiliers où il n’est pas possible d’inclure sur le site des logements sociaux ou abordables. Auparavant, seuls les projets de cent unités ou plus étaient visés par cette stratégie et le ratio d’inclusion n’était que de 15 %.

Selon le maire de l’arrondissement MHM, cette nouvelle stratégie va permettre à l’arrondissement d’éviter de se retrouver avec des projets d’habitation comme Le Botanik sur le site de l’ancien restaurant Moe’s qui ne contribue que pour 2 % au fonds de contribution. « On a vu trop souvent dans le quartier des projets faire des passe-passe administratifs pour ne pas accueillir du logement social et communautaire. Cette nouvelle stratégie va nous permettre de ne pas échapper de nouvelles constructions », explique-t-il.

Toutefois, la stratégie est bien une position de négociation de la part de l’arrondissement et non un mécanisme de coercition obligatoire. « Si quelqu’un construit de plein droit, stratégie d’inclusion ou pas, on n’a pas de pogne », précise l’ancien président de la Société de développement commercial (SDC) d’Hochelaga-Maisonneuve. Celui-ci souligne par contre que les travaux de la ville-centre et de Magda Popeanu notamment, pourraient créer un règlement qui s’imposerait à toutes les nouvelles constructions en plein droit ou pas. Un tel projet de loi n’est pas déposé pour l’instant. Des études ont lieu en ce moment pour préciser ce projet qui serait la pièce majeure pour contrer les effets négatifs de la gentrification à Montréal.

Contestation

Certains groupes communautaires ont reproché dans les derniers mois la lenteur de l’administration municipale à prendre des mesures pour contrer le gentrification. Le Comité BAILS avait pris la parole dans nos pages au début de l’année pour critiquer cette inactivité. Selon eux, la stratégie d’inclusion n’est pas suffisante, si celle-ci n’est pas accompagnée d’autres actions concrètes pour protéger les populations les plus vulnérables du quartier.

« Mis à part une promesse électorale sur la stratégie d’inclusion qui, selon nous, n’est qu’une manière détournée de faire accepter socialement la gentrification, aucun engagement concret n’a été proposé en matière de logement social. Le dernier budget de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve ne contient aucune mention sur le logement social et celui de la Ville ne donne que des miettes. Pour un parti qui affirmait, lors de la campagne électorale, vouloir lutter contre la gentrification, difficile de continuer à croire que l’on verra une différence avec l’ancienne administration Coderre », écrit le Comité BAILS Hochelaga-Maisonneuve.

Précisons toutefois que la stratégie d’inclusion n’est pas une fin pour l’arrondissement MHM. Pierre-Lessard Blais s’est dit favorable à d’autres mesures pour contrer les effets négatifs de la gentrification, par exemple la mise en place d’un registre des baux.

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux
Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l'a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l'avenir du quartier.

Un commentaire

  1. Pierre Langlois

    Que c’est beau de lire nos édiles municipaux, une supposée élite, massacrer la langue française: « moi je suis focus sur l’action» ou bien «…on n’a pas de pogne ». Langue molle, pensée molle disait-on autrefois, mais ça cadre tout à fait avec le discours du nivellement par le bas d’une certaine gauche qui monopolise la parole dans ce quartier.

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