Accueil / Vivre dans Hochelaga / Victoire Du Sault, cordonnière

Victoire Du Sault, cordonnière

Peut-être ignorez-vous qu’en lieu et place du CLSC Hochelaga-Maisonneuve se trouvait la Dufresne & Locke, importante manufacture de chaussures du quartier. Le cœur et l’âme de cette entreprise était Victoire Du Sault, une des premières cordonnières au Québec. Précisons que le mot « cordonnière » n’a pas aujourd’hui la même signification qu’autrefois. Il s’agissait d’une personne qui dessinait et fabriquait des chaussures à petite échelle.

Marie Victoire Du Sault est née à Yamachiche le 23 décembre 1845. Très tôt elle s’intéresse au design et à la fabrication des chaussures. Le 14 octobre 1873, elle épouse à Yamachiche Thomas Rivard Dufresne, âgé d’à peine 18 ans. Thomas Dufresne fera carrière comme marchand et deviendra maire de Yamachiche pendant une certaine période.

En avance sur son temps, Victoire dépose une action en séparation de biens en juin 1886. Victoire Du Sault a de plus grands rêves que de produire des chaussures en petit nombre. Le couple décide donc de déménager à Montréal où les occasions d’affaires sont meilleures. On croit que la famille Dufresne s’installe dans la métropole vers 1890. Les trois premières années, Thomas Dufresne continue ses activités de marchand. Ce sera l’occasion pour Victoire d’étudier le marché montréalais de la chaussure. Fin 1892, début 1893, elle forme une société avec Georges Pellerin, fabricant de chaussures.

La société est appelée «Pellerin & Dufresne». Pourquoi pas Pellerin & Du Sault? Tout simplement parce la femme mariée est considérée comme mineure au sens de la loi et dépendante légalement de son mari. Dans tous les contrats et actes impliquant Victoire Du Sault, Thomas Dufresne doit apposer sa signature. La première société ayant été dissoute le 9 mars 1893, une nouvelle société est formée en novembre, cette fois-ci avec Victoire Du Sault comme seule actionnaire.

Victoire et sa famille. Crédit: AHMHM, Collection Charles Dufresne

Victoire Du Sault veut étendre ses activités et s’intéresse au développement de la ville de Maisonneuve. Elle fait une demande de subvention au Conseil, demande qui est acceptée le 1 février 1900 pour une somme de 10 000$. En avril, elle fait l’achat de terrains appartenant à Alphonse Desjardins à l’angle d’Ontario et Desjardins. La construction de la nouvelle usine débute et elle entre en opération le 22 août 1900. Georges Pellerin n’étant pas intéressé par l’aventure de Maisonneuve, Victoire Du Sault cherche alors un nouveau partenaire, qu’elle trouvera en la personne de Ralph Locke, marchand de cuir.

La nouvelle société est officiellement mise sur pied le 11 février 1901 par contrat devant notaire. Thomas Dufresne en sera le président et Oscar, le fils de Victoire, le gérant. Les débuts sont modestes, mais la croissance est extrêmement rapide. La valeur de la production en 1913 dépasse le million de dollars. L’année 1904 est une année déterminante pour Dufresne & Locke : à la suite d’essais concluants, on décide d’exporter des chaussures en Égypte. Pour ce faire, on érige un nouveau bâtiment pour lequel on obtient une exemption de taxes de 20 ans. La compagnie fait également l’acquisition d’un concurrent, Royal Shoe Co.

En 1907, la santé de Victoire commence à décliner et elle meurt le 15 septembre 1908, probablement à la suite d’un cancer du sein. Elle est inhumée à Yamachiche, son village natal.

La compagnie ferme ses portes en 1937, ne survivant qu’un an à la mort d’Oscar, devenu président après la mort de son père.

L’arrondissement a décidé d’honorer sa mémoire en nommant la seconde partie du lien vert, la Promenade Victoire Du Sault

A propos André Cousineau

André Cousineau
André Cousineau a participé à la rédaction de plusieurs brochures sur l'histoire du quartier. Il est maintenant responsable du site de l'Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (https://ahmhm.wordpress.com). Cet organisme, qui existe depuis 1979, s'est donné comme mandat de protéger le patrimoine de l'arrondissement et de diffuser, par tous les moyens possibles, l'histoire urbaine de ce quartier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *