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Victor Hudon, capitaliste du coton

Les 24 juin 1946 et 1947, lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, les Montréalais ont pu admirer un char allégorique dont le thème était « Victor Hudon et l’industrie textile ». Qui est celui qui méritait un tel honneur?

Victor Hudon est le parfait exemple de capitaliste canadien-français du XIXe siècle évincé de son entreprise par de plus puissants capitalistes anglophones soutenus par des institutions financières comme la Bank of Montreal.

Victor Hudon est né à Rivière-Ouelle en 1812. En 1830, il débute sa carrière commerciale comme commis à Québec puis deux plus tard, à Montréal. En 1837, on le retrouve à Saint-Césaire où il s’associe au marchand William Chaffers.

Cinq ans plus tard, il revient à Montréal et s’associe à son cousin Éphrem Hudon pour fonder un commerce de tissus et d’articles de mercerie (dry goods) et d’épicerie. En 1857, les deux cousins mettent fin à leur association et Victor Hudon décide de faire cavalier seul.

Pour mieux faire circuler le capital financier, des marchands anglophones et francophones mettent sur pied la Bourse de Montréal en 1853. Victor Hudon est du nombre. Pour un francophone, il était difficile d’obtenir du crédit d’institutions bancaires, principalement anglophones. Il fut donc l’un des premiers directeurs de la Banque Jacques-Cartier mise sur pied par des marchands francophones en 1861.

Victor Hudon se présente comme candidat conservateur aux élections fédérales d’août 1872. Le thème principal de sa campagne est la nécessité pour des entrepreneurs francophones de mettre sur pied des manufactures pour ramener les canadiens-français partis travailler aux États-Unis. Défait aux élections, il passe de la théorie à la pratique. Victor Hudon forme une entreprise, la Compagnie des moulins à coton V. Hudon, dont le capital autorisé s’élève à 200 000 $. Sa filature sera construite dans le village d’Hochelaga. Le conseil municipal s’empresse de lui accorder une exemption de taxes de 20 ans. Les premiers directeurs élus sont majoritairement francophones. Lors de l’inauguration de la filature en février 1874, il est considéré comme un héros national par la presse francophone. Le bâtiment de cinq étages est installé à l’angle des rues Dézéry et Notre-Dame Est. Ce sera pendant plusieurs années la plus importante filature canadienne.

À la suite d’une faillite personnelle en 1877, sa position dans l’entreprise est fragilisée. Andrew Frederick Gault, marchand et également président de la Montreal Cottons Co de Valleyfield, et David Morrice, agent manufacturier, prennent progressivement le contrôle de la filature. Ces entrepreneurs jouissent du soutien financier de la Bank of Montreal. Gault devient le président de la filature en 1882 et Victor Hudon est évincé du conseil. Entêté, Victor Hudon met sur pied une autre filature, la Compagnie de la Filature Ste-Anne, également établie à Hochelaga. Elle bénéficiera également d’une exemption de taxes. À la suite d’un problème de santé, Hudon doit céder rapidement le contrôle de cette nouvelle compagnie à Gault et Morrice. En 1885, ces deux filatures deviennent la Hochelaga Cottons Co et plus tard deviendront deux éléments importants de la Dominion Textile, fondée en 1905.

Détail peu connu, Victor Hudon pilotera deux nouveaux projets de filatures en 1883, l’un à Hochelaga et l’autre à Beauharnois. Il ne pourra mener ces projets à terme : il ne s’entend pas avec la famille Rolland pour l’achat de terrains jouxtant la Filature Hudon à Hochelaga. Quant à celle de Beauharnois, les mentions du projet disparaissent des journaux d’époque à l’été 1883. Jusqu’à sa mort en 1897, Victor Hudon délaisse désormais le secteur du coton.

 

A propos Samuel Lamoureux

Samuel Lamoureux

Journaliste, improvisateur à la retraite, Samuel est un passionné de musique électronique, de littérature et de sociologie. Hochelaga-Maisonneuve l’a toujours fasciné par son pôle contre-culturel à Montréal. Rendez-vous au Pizza Piroz pour une discussion sur l’avenir du quartier.

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