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Le magicien d’Oz

Nous avons tous vu le film Le magicien d’Oz, basé sur le roman écrit par L. Frank Baum en 1900. Nous en avons tous retenu la phrase emblématique de Dorothy : « Toto, j’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas. »

Cette phrase  était pour l’auteur une manière de dire que, alors sous l’emprise de nombreuses et rapides mutations, la société américaine de la fin du XIXe siècle était devenue méconnaissable. Elle souffrait d’être aux mains de quelques fortunes familiales et des hommes politiques qui avaient la réputation d’être des bons à rien et des piliers de tavernes. C’est d’ailleurs pour faire le ménage que l’électron libre qu’était l’insupportable Théodore Roosevelt s’est lancé en politique. Indépendant de fortune et populiste comme Washington; il se qualifiait lui-même de Président de tous les Américains et proposait de faire le ménage pour protéger les citoyens américains des excès insoutenable des plus fortunés et des politiciens qui leur étaient acquis.

Le récit du magicien d’Oz n’est pas qu’un conte pour enfants. Il est une métaphore littéraire dont certains éléments liés à la réalité sont plus évidents que d’autres.

 

 

Dorothy y est le citoyen ordinaire désirant retourner à son monde de valeurs morales, de traditions historiques et de gros bon sens.

La route jaune est la route de l’or et de la richesse. La cité d’émeraude est inspirée du vert du dollar. Nous y voyons les fées d’un bord et de l’autre, se disputant le pouvoir. Qui peut manquer d’y voir le bonnet blanc ou blanc bonnet luttant pour le pouvoir, ou le conflit gauche-droite qui ne cesse d’alterner de l’un à l’autre selon le caractère et l’humeur du moment?

L’épouvantail sans cervelle représente le fermier remplacé avec le temps par l’ouvrier et le lion, l’État, devenu pleutre.

J’ai déjà mentionné dans ces lignes ma lecture de nombreux contes et légendes du monde. Je me souviens de l’histoire d’un garçon qui voyageait en tenant un géant en laisse. Au début du conte, le géant n’était pas encore très grand et pouvait être un compagnon serviable, mais le garçon, même en dormant, ne devait pas lâcher la corde. Lorsqu’il la lâchait, le géant, libéré de son lien au garçon, reprenait sa croissance et devenait menaçant.

Au cours des années 1970, le monde politique a lâché la corde qui retenait l’économie et le géant économique est depuis devenu un ogre insatiable. À l’époque, la monnaie avait un lien à l’or qui plombait ses pas. Depuis, le géant économique a fait de l’or une breloque qu’il porte au cou, tout en ne manquant pas de l’offrir comme une carotte insaisissable à la convoitise de tous.

Si l’État, démocratique ou non, est le lion, roi des animaux et maître régalien, il ne devrait pas se contenter de n’être qu’une effigie de marbre ou de béton à la porte de son palais, qu’il soit assujetti ou non aux intérêts de l’ogre.

L’autre élément majeur est représenté par la révolution industrielle qui avançait alors à toute vapeur.

Arthur C. Clark[1] disait que « toute technologie suffisamment avancée ne peut être distinguée de la magie. » À la fin du conte de L. Frank Baum, le magicien s’est avéré n’être qu’un habile illusionniste aux commandes de quelques appareils mécaniques.  Lorsqu’il s’agit de vivre, tout simplement, comme ce à quoi aspirait Dorothy, nous n’avons aucun besoin des illusions du magicien. Pourtant, promettant de détenir  le monopole de l’illusion dans un proche avenir, notre époque en est une de mirages technologiques prétendant orgueilleusement faire mieux que Gaïa ce que la nature fait depuis des centaines de millions d’années.

Il a durant des années été dit de nous, le peuple québécois, que nous étions sans histoire. C’est-à-dire sans ambitions impérialistes, sans rêves de conquête, sans pulsions pour détruire tout ce qui ne nous ressemble pas.

Effectivement, nous avons longtemps résisté aux pulsions délétères de l’histoire. Ce que le récit du magicien d’Oz a tenté de décrire à sa manière il y a un peu plus d’un siècle est une réalité qui se répète pour nos voisins du Sud et s’impose inexorablement au reste du monde.

Comme les historiens disent parfois, la nature humaine étant d’une génération à l’autre la même, l’histoire ne se répète pas, elle bégaie.

Il semble que nous n’échapperons plus à la fatalité de l’histoire qui ne cesse de nous reprocher de préférer vivre humainement plutôt qu’ambitieux et cupides.

[1]

Arthur C. Clark a participé à l’élaboration du système d’alerte, dit radar, au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Il a également en tant que scientifique proposé le concept de satellites géostationnaires dont on fait un grand usage de nos jours. Il est également l’auteur de science-fiction à l’origine de 2001: L’Odyssée de l’espace, dont Stanley Kubrick a fait un film en 1968.

 

A propos Léopol Bourjoi

Pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, Bourjoi est l’ouvrier artiste. Il a depuis 1968, à 18 ans, présenté ses œuvres dans plus de 80 expositions solos et de groupe à Montréal, Laval, Québec, Labrador City et Washington. Durant un quart de siècle, il a parcouru usines et chantiers pour y apprendre les métiers et les valeurs des ouvriers qui construisent le monde matériel pour tous. À la fin de cette exploration, afin de valider son parcours d’artiste autodidacte, Bourjoi a à 46 ans obtenu une maîtrise en arts plastiques de l’UQAM. Depuis 2001 il produit ses oeuvres dans le bel atelier qu’il a construit de ses mains dans le quartier Hochelaga (son quartier) en 2000. Depuis il exprime par ses œuvres de plasticien et son écriture, la culture et les valeurs qu’il a adoptées.

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