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Les élèves de l’école Baril prennent la parole

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Crédit photos : Cédric Chabuel 

Il y a eu les moisissures, les problèmes de santé, les déménagements. Mais aujourd’hui, les élèves de l’école Baril de la classe de Michèle Henrichon ont le regard tourné vers l’avenir grâce à un projet mobilisateur de livre-école, qui les a amené à réfléchir à leur école de rêve et à écrire à la ministre de l’Éducation du Québec.

«Si j’avais à construire ma propre école, elle serait merveilleuse et tous les enfants viendraient à l’école apprendre facilement sans être malades», a écrit la petite Claudette Rivest Nakashook. Les textes des élèves de cette classe combinée de troisième et quatrième année sont touchants et permettent d’entendre une voix souvent ignorée : celle des enfants.

Michèle Henrichon, elle-même résidente d’Hochelaga-Maisonneuve, voulait réunir ses élèves autour d’un projet de persévérance scolaire qui allait non seulement leur permettre de s’exprimer, mais aussi amener les élus locaux à parler du sort de l’école Baril et informer la population sur le dossier. Si elle a orchestré le tout d’une main de maître, c’est sa classe entière qui a décidé d’agir.

Du négatif au positif

Quand Amilia Lamontagne Carrier déboule en classe un matin de septembre en se plaignant que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) soit plus rapide à enlever les photos des enfants collées sur l’ancienne école Baril qu’à leur construire une nouvelle école, Michèle Henrichon écoute sa colère. La petite est encore malade à cause des moisissures dans son ancienne école. Un conseil de classe est tenu sur-le-champ et tous décident d’amasser des sous pour aider à rebâtir leur école.

L’idée de faire une collecte de fonds en vendant des calendriers est vite abandonnée, puis survient l’annonce gouvernementale de la reconstruction de Baril. Qu’à cela ne tienne ; la classe de Michèle Henrichon décide d’aller de l’avant et demande aux élèves de l’école entière d’écrire des textes qui seront publiés dans un livre à paraître en mai.

Avec ce projet, l’enseignante -qui a travaillé auparavant pour l’école alternative Élan- ne veut surtout pas tourner le fer dans la plaie encore ouverte de l’épisode des moisissures. Elle-même a été malade et a dû s’arrêter pendant cinq mois pour tenter de soigner sa sinusite chronique.

Baril : un cas parmi tant d’autres?

Michèle Henrichon aborde donc le sujet des moisissures seulement quand les enfants ouvrent le bal. Lors du passage de QuartierHochelaga à l’école Baril, le jeune Gabriel Bédard prend les devants, en frappant dans ses poings : «Si la moisissure était plus grande et qu’elle pouvait marcher, je lui dirais de venir régler cela avec moi dans le ring».

«Le gouvernement a annoncé des sous pour reconstruire l’école Baril (…) mais ce qui est terrible, c’est que l’argent n’est pas sur la table pour toutes les autres écoles de la CSDM concernées par le problème», dit l’enseignante, convaincue que le dossier ne concerne pas uniquement le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Si rien n’est fait, elle craint que des générations d’enfants montréalais soient malades. Pour éveiller les consciences, Michèle Henrichon s’est efforcée de mobiliser les élus locaux en approchant la députée Carole Poirier et le maire Réal Ménard. Tous deux ont contribué financièrement au projet et signeront un texte dans le livre-école à venir.

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Des idées pour demain

En lisant les textes que les écoliers ont adressés à la ministre de l’Éducation Marie Malavoy (NDLR en poste jusqu’au déclenchement de l’élection générale en cours), on réalise rapidement que leur relocalisation temporaire à l’école secondaire Louis-Riel a des désagréments ; plusieurs d’entre eux se plaignent de se lever trop tôt le matin, d’avoir en classe des fenêtres qui ne s’ouvrent pas et des casiers trop petits.

«Je trouve que l’école est trop grande, on peut se perdre rapidement», dit la jeune Lara Banduenga. Son compagnon de classe Zachary Saint-Gelais renchérit : «Je préfère marcher que de prendre l’autobus. Avant, ma maison était proche de l’école Baril et je pouvais marcher sans que personne ne se mette dans ma route».

Dans le livre en préparation, en plus de raconter des histoires tout droit sorties de leur imagination, les élèves partagent leur vision de leur prochaine école. Écoutez un extrait de la lettre que Julian Sauvé a adressée à la ministre :

«C’était facile d’imaginer mon école de rêve. Ce qui a été difficile, c’est d’écrire le texte, car je n’aime pas vraiment cela», dit Zoé Giroux, qui a finalement pris goût à l’écriture au cours de ce projet hors de l’ordinaire.

J’aime mon école

À travers leurs textes, les élèves de l’école Baril ont surtout voulu dire qu’ils sont fiers de leur école. «Je veux faire rayonner mon école, ce qui veut dire en parler en bien. Si des parents disent que notre école n’est pas bonne, ça pourrait faire en sorte qu’ils changent d’avis», croit Julian Sauvé.

Comble du bonheur, leur professeur leur a appris à fabriquer eux-mêmes des savons, qui sont vendus 5 $ chacun dans des commerces du quartier dont La Papeterie de l’Est et la Coccinelle jaune pour propulser l’impression des 1 000 livres. Pour fabriquer ces savons, ils ont appliqué concrètement leurs apprentissages en mathématiques.

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«Les élèves ont aimé écrire des textes qui ne seront pas lus uniquement par leur prof et ils sont capables de nommer par eux-mêmes l’importance des apprentissages faits pendant ce projet. C’est ce qui me fait le plus plaisir», soutient Michèle Henrichon, qui les a motivés, accompagnés et soutenus tout au long de ce qui ressemble à une bien belle idée.

Le mois prochain, QuartierHochelaga publiera sur son site des textes des élèves de la classe de Michèle Henrichon.

Entrez dans la classe grâce à cette vidéo filmée par Michèle Henrichon :

A propos Alexandra Viau

Alexandra Viau
Alexandra est journaliste pigiste et hochelagaise d’adoption. Elle commence à s’intéresser au quartier en 2006, alors qu’elle réalise une biographie radiophonique sur la carrière de Louise Harel. Son attachement aux Expos et aux paysages industriels la convainc d’emménager quatre ans plus tard dans Hochelaga, petit coin de pays dont elle aime l’âme, les cordes à linge, l’architecture... et sa merveilleuse boulangerie. Elle se joint à QuartierHochelaga parce qu’elle croit en la pertinence de réaliser des choses collectivement.

2 Commentiares

  1. Richard Duranleau

    Faites-moi savoir quand ma petite école Baril sera reconstruite. J’habitais avec ma famille au 1668 rue Nicolet et toute la famille de mon grand-père Joseph Duranleau aussi sur la rue Chambly en face de la cour d’école et de la résidence des frères. Ce sont de très bons souvenirs. En 1955, ces religieux, des hommes et des femmes, avaient choisis une belle vocation à l’enseignement des religions mais aussi de tout ce qu’il nous faut pour vivre notre humanité. J’y ai vécu une très belle jeunesse.

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