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Éducation: lettre ouverte à François Blais

QuartierHochelaga relaie le texte d’opinion qui suit. Le contenu n’engage que l’auteure de ces lignes, Michèle Henrichon, enseignante de 4-5e années à l’école Baril.

Nous avons tous entendu les propos que vous, M. François Blais, ministre de l’Éducation, avez tenus cette semaine à l’égard des parents sur l’instrumentalisation des enfants pour leur participation aux 240 chaînes humaines tenues dans le but de protéger l’école publique.

J’aurais cru qu’à titre de ministre de l’Éducation, vous auriez été le premier à dire « Je protège l’école publique » plutôt que de dénoncer ceux qui l’ont fait à votre place. Si les familles se sont mobilisées contre les coupes annoncées, c’est parce qu’elles sont préjudiciables pour l’avenir de leurs enfants ; les citoyens s’attendaient à une écoute de votre part, mais certainement pas à du mépris ou à de la culpabilisation paternaliste.

Au Québec, rares furent les levées de boucliers pour défendre l’éducation. Mais depuis le 1er mai dernier, les citoyens et citoyennes se mobilisent, en espérant se faire entendre. Or, non seulement le ministre de l’Éducation fait-il la sourde oreille, mais il utilise en plus des propos archaïques en prétendant qu’ils sont incapables de réflexion.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’ils sont eux et elles aussi des citoyens à part entière et les premiers bénéficiaires des services éducatifs : ils peuvent donc avoir une opinion et l’exprimer. À ce sujet, je vous suggère de faire quelques visites dans les classes. Vous pourrez constater que plusieurs d’entre eux et elles tiennent un conseil d’élèves : c’est là un précieux apprentissage de la démocratie ; ensemble, les jeunes discutent et prennent des décisions sur des problématiques qui les concernent ou sur des projets qu’ils souhaitent entreprendre. Je suis attristée que vous ne sachiez pas à quel point les enfants du Québec sont capables de raisonner. Ils peuvent agir aussi. Monsieur Couillard pourra vous en témoigner, mes élèves ont déjà eu la chance de rencontrer le premier ministre à son bureau ainsi que votre prédécesseur (dans le contexte de la reconstruction de leur école Baril).

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«Si les familles se sont mobilisées contre les coupes annoncées, c’est parce qu’elles sont préjudiciables pour l’avenir de leurs enfants ; les citoyens s’attendaient à une écoute de votre part, mais certainement pas à du mépris ou à de la culpabilisation paternaliste.» — Crédit Cédric Chabuel/QuartierHochelaga

Vos collègues se sont fait plaisir en se faisant photographier auprès des enfants tout en mentionnant ceci dans le communiqué de presse qui accompagnait la photo en juin 2014: « Lorsque les élèves eux-mêmes prennent le temps d’exprimer leur souhait d’avoir une nouvelle école, on ne peut faire la sourde oreille. Ils méritent d’avoir accès à une école qui répond aux exigences et aux normes en vigueur ». Ce fut une belle éducation à la citoyenneté pour mes élèves et une occasion pour le premier ministre et le Ministre de l’Éducation de montrer le respect qu’ils ont pour des citoyens de 8-9 ans. Aujourd’hui, les enfants, tout comme les parents, vous lancent un cri d’alarme face aux conditions d’apprentissage que votre gouvernement compte imposer à l’avenir.

Vous avez manifesté, en juin dernier, un intérêt à vouloir donner aux parents une voix plus forte. Ces intentions devraient se traduire en actions par l’écoute de ce qu’ils ont à réclamer. À titre d’enseignante qui est à pied d’œuvre auprès de nos enfants chaque jour, au nom des élèves et de leurs parents, j’aimerais vous expliquer combien il est impossible d’espérer ou même de viser la réussite en proposant une hausse du nombre d’élèves par classe sans tenir compte a priori des handicaps ou des difficultés des élèves pour former les groupes. Il est évident que toute proposition du Gouvernement qui l’oublierait aura un impact significatif sur les services qui seront offerts aux élèves, sur leur motivation, sur leur implication et, à terme, sur leur réussite scolaire. Votre gouvernement propose en plus des formules qui permettront de dépasser plus facilement le nombre maximum d’élèves par groupe.

Sur le terrain, voici comment cela se traduira : plus il y aura d’élèves dans les classes, plus nombreux seront les enfants en difficulté, car moins les enseignants et les enseignantes auront de temps pour soutenir adéquatement chacun d’eux. Moins il y aura d’attention portée aux jeunes individuellement, moins ils connaîtront de succès et, éventuellement, plus ils seront nombreux à décrocher.

M. Blais, les enseignants et enseignantes comptent déjà dans leur classe beaucoup d’élèves ayant des problématiques souvent très complexes. Malgré toute leur bonne volonté et leur engagement, ils et elles se trouveront impuissants devant autant de besoins à combler et ce sont les enfants et leurs parents qui en paieront le prix. Voilà pourquoi les parents et leurs enfants ont participé (et continueront de le faire) au mouvement « Je protège mon école publique ». Par ces chaînes humaines, les parents vous signifient que plusieurs sont dépassés devant le désarroi de leur enfant et face au peu de soutien qu’ils reçoivent pour eux. D’autres sont inquiets pour l’avenir de l’école publique, car sans une offre de services qui colle aux besoins de nos enfants, ce sont des jeunes lourdement hypothéqués qui sortiront de nos écoles… souvent sans diplôme en poche pour s’ouvrir les portes de l’avenir.

Une société responsable prend soin de tous ses enfants. Un gouvernement responsable écoute ses citoyens et répond à leur besoin en offrant à leurs élèves les services professionnels nécessaires pour assurer leur réussite scolaire. Il ne faut pas augmenter les ratios dans le but de transférer les sommes pour offrir plus de services ou éponger le déficit du Québec ; il faut continuer à avoir des classes avec moins d’élèves et offrir davantage de services à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage ou d’adaptation.

Votre gouvernement doit prendre en considération que la diminution du nombre d’élèves par classe favorise un environnement facilitant les apprentissages. Il en découle une plus grande motivation et une meilleure implication à l’école. Une telle ambiance amène une réduction notable des comportements perturbateurs. Dans une classe où les ratios sont réduits, tous les élèves en bénéficient, même les plus forts, car ce climat leur permet d’apprendre beaucoup plus.

Monsieur le Ministre, tous les élèves du Québec méritent de recevoir un enseignement et des services qui répondent à leurs besoins. Nous sommes fiers de l’école publique et voulons le rester. Saurez-vous, avec nous, la protéger ?

A propos Collaborateur spécial - Place publique

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La publication d’un texte ne signifie en aucun cas que QuartierHochelaga endosse les propos de son auteur. Soumettez vos textes à info@quartierhochelaga.com avec pour objet «Lettre d'opinion»

Un commentaire

  1. Il faudrait peut-être aller dans chaque direction d’école pour vérifier ce qu’elle fait avec les subventions accordées spécifiquement pour les cas spéciaux en difficulté. Vous pourriez avoir des surprises…

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